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PHILOSOPHIES

PHILOSOPHIES

Aliments pour une réflexion philosophique


Court traité leibnizien de littéromancie.

Publié par medomai sur 16 Novembre 2013, 20:02pm

Catégories : #LITTERATURE, #PHILOSOPHIE, #ANTICIPATION, #LEIBNIZ, #LITTEROMANCIE, #ENA-RUIZ, #BORGES

Court traité leibnizien de littéromancie.

Par littéromancie il faut entendre l'étude du futur à l'aide de la littérature.

La littérature est en effet cette éclosion de boutons multiples qui se produit dans l'esprit lorsqu'on écrit ou lorsqu'on lit. Certaines plantes donnent aussitôt en terre le plus resplendissant bouquet, mais se fanent définitivement dès l'hiver suivant. C'est que leur vérité est dans le présent. Tandis qu'il faut à d'autres une lumière, une saison, un milieu riche et rare pour y enfouir profondément leurs racines ; et c'est seulement après des années de croissance dans l'obscurité qu'elles consentent à nous livrer, comme au compte-goutte, avec parcimonie, l'indescriptible parfum du monde à venir.

Fleurs de givre. Aussi complexes que l'arbre phylogénétique de la vie.
Fleurs de givre. Aussi complexes que l'arbre phylogénétique de la vie.Fleurs de givre. Aussi complexes que l'arbre phylogénétique de la vie.

Fleurs de givre. Aussi complexes que l'arbre phylogénétique de la vie.

Quels rapports l'écriture et l'anticipation peuvent-elles donc entretenir ? Nous partirons d'abord de l'idée que certaines œuvres ont cette qualité que la psychanalyse accorde aux rêves obsédants ou angoissants, ou qui possèdent à l'insu du rêveur une richesse inaperçue de significations : elles prêtent à penser. Pas nécessairement à l'avenir cependant, ni même uniquement à lui ; mais elles prêtent à penser à la condition humaine et conduisent la rêverie sur le terrain de la méditation philosophique. C'est dans cette catégorie de plantes littéraires qu'il faut chercher notre armoise prophétique, et c'est sur elle que nous devons exercer notre sagacité jusqu'à parvenir à en extraire de manière aussi méthodique que possible tout ce quelle renferme de vertus mantiques.

L’armoise commune (Artemisia vulgaris) est une plante herbacée vivace de la famille des Astéracées, commune dans les régions tempérées. Cette plante est aussi appelée herbe aux cent goûts, herbe de la Saint-Jean anique, armoise citronnelle, artémise, herbe royale, remise (en anglais, elle se nomme mugwort ou cronewort). Connue depuis l’antiquité, les Gaulois la nommaient "ponema", mais son nom actuel vient du nom latin de la déesse Artémis, qui avait aussi pour rôle de protéger les femmes malades. Un oreiller d’armoise est supposé produire des rêves prophétiques.L’armoise commune (Artemisia vulgaris) est une plante herbacée vivace de la famille des Astéracées, commune dans les régions tempérées. Cette plante est aussi appelée herbe aux cent goûts, herbe de la Saint-Jean anique, armoise citronnelle, artémise, herbe royale, remise (en anglais, elle se nomme mugwort ou cronewort). Connue depuis l’antiquité, les Gaulois la nommaient "ponema", mais son nom actuel vient du nom latin de la déesse Artémis, qui avait aussi pour rôle de protéger les femmes malades. Un oreiller d’armoise est supposé produire des rêves prophétiques.

L’armoise commune (Artemisia vulgaris) est une plante herbacée vivace de la famille des Astéracées, commune dans les régions tempérées. Cette plante est aussi appelée herbe aux cent goûts, herbe de la Saint-Jean anique, armoise citronnelle, artémise, herbe royale, remise (en anglais, elle se nomme mugwort ou cronewort). Connue depuis l’antiquité, les Gaulois la nommaient "ponema", mais son nom actuel vient du nom latin de la déesse Artémis, qui avait aussi pour rôle de protéger les femmes malades. Un oreiller d’armoise est supposé produire des rêves prophétiques.

Comment procéderons-nous pour trouver notre armoise littéraire, et quelle méthode d'interprétation suivrons-nous ? C'est la lecture du Roman du monde (Flammarion, Paris, 2001) d'Henri Pena-Ruiz qui éclairera pour commencer nos recherches. Pena-Ruiz place en effet au début de sa préface une courte citation de Leibniz : " Il y avait un grand volume d'écriture... C'est l'histoire de ce monde où nous sommes maintenant en visite : c'est le livre des destinées. " (Leibniz, Essais de Théodicée, IIIè partie, §415, GF p.361).

Cette référence mérite qu'on s'y arrête.

Gottfried Wilhelm LEIBNIZ (1646-1716), portrait vers la cinquantaine, par J. F. Wentzel, Archives de l'Académie des Sciences de Berlin-Brandenburg.

Gottfried Wilhelm LEIBNIZ (1646-1716), portrait vers la cinquantaine, par J. F. Wentzel, Archives de l'Académie des Sciences de Berlin-Brandenburg.

Leibniz raconte en effet à la fin de ses Essais le songe d'un certain Théodore. Au cours d'un voyage à Athènes, celui-ci reçoit l'ordre " de coucher dans le temple de la déesse". Au cours de la nuit, il la rencontre dans un rêve. Elle lui sert de guide dans le "palais des destinées" où vit Jupiter, et dont elle a la garde. Le palais des destinées, naturellement, est en fin de compte une synthèse métaphorique de tous les mondes possibles dont un seul, le meilleur de tous, est sélectionné pour venir à l'existence par le Dieu-Jupiter leibnizien.

Mais chaque chambre du palais, chaque appartement dès qu'on y pénètre, contient sa propre vision prophétique possible : " Là-dessus, la déesse mena Théodore dans un des appartements : quand il y fut, ce n'était plus un appartement, c'était un monde... solemque suum, sua sidera norat (...). Il y avait un grand volume d'écriture dans cet appartement ; Théodore ne put s'empêcher de demander ce que cela voulait dire. C'est l'histoire de ce monde où nous sommes maintenant en visite, lui dit la déesse : c'est le livre de ses destinées. (...) On passa dans un autre appartement, et voilà un autre monde, un autre livre (...). On allait en d'autres chambres, on voyait toujours de nouvelles scènes. (§416) Les appartements allaient en pyramide ; ils devenaient toujours plus beaux à mesure qu'on montait vers la pointe, et ils représentaient de plus beaux mondes. On vint enfin dans le suprême qui terminait la pyramide et qui était le plus beau de tous ; car la pyramide avait un commencement, mais on n'en voyait point la fin ; elle avait une pointe, mais point de base : elle allait croissant à l'infini. C'est comme la déesse l'expliqua, parce qu'entre une infinité de mondes possibles, il y a le meilleur de tous, autrement Dieu ne serait point déterminé à en créer aucun ; mais il n'y en a aucun qui n'en ait encore de moins parfaits au-dessous de lui : c'est pourquoi la pyramide descend à l'infini. Théodore entra dans cet appartement suprême, se trouva ravi en extase ; il lui fallut le secours de la déesse ; une goutte d'une liqueur divine mise sur la langue le remit. Il ne se sentait pas de joie. Nous sommes dans le vrai monde actuel, dit la déesse, et vous y êtes la source du bonheur."

Court traité leibnizien de littéromancie.

Maintenant, il n'est pas difficile de transposer dans l'univers de nos propres préoccupations les délires prophétiques leibniziens : il suffit de substituer au critère de "perfection" des mondes possibles, qui détermine l'échelonnement vertical des appartements dans la grande pyramide leibnizienne, un critère de "lucidité intuitive" en fonction de l'aptitude de chaque oeuvre littéraire à prédire correctement certaines évolutions du monde contemporain...

Dans ces conditions, la grande pyramide prend l'allure de la bibliothèque infinie de Borgès ; c'est un dédale d'escaliers, de portes, de murs recouverts jusqu'au plafond d'étagères et de livres.

Or, plus on descend dans cette bibliothèque vers les appartements nombreux et sombres du rez-de-chaussée (qui comporte d'ailleurs toujours des degrés inférieurs et des caves multiples...), plus on rencontre d’œuvres médiocres du point de vue de la littéromancie (mais pas nécessairement d'un autre point de vue, par exemple la capacité à divertir), parce qu'obscures, sans clairvoyance, sans "intuition".

Plus on s'élève dans la pyramide leibnizienne, plus chaque appartement est lumineux, offrant une vue "imprenable" sur le monde. On y rencontre des œuvres fortes, productrice de mythes et d'archétypes (au sens jungien). On approche du monde réel, et il devient de plus en plus envisageable de visionner le futur grâce au "livre des destinées" posé sur la table. Car les mythes, les rêves littéraires, sont sans doute des légendes philosophiques et prophétiques. Mais c'est un point qu'il nous faudra encore éclaircir...

Une précision tout de même : les oeuvres que nous qualifions de "médiocres" ne sont pas pour autant "vulgaire". Et réciproquement d'ailleurs, il faut absolument le souligner.

Ce que d'aucuns considéreraient comme de la "sous-littérature" est en réalité parfois (mais pas toujours) plus riche en mondes que l'inévitable lauréat du prix littéraire annuel - et d'ailleurs le manuscrit de la Phénoménologie de l'esprit ne serait-il pas aujourd'hui refusé dans toute maison d'édition qui se respecte ?

Ajoutons un dernier point : il est toujours utile et bienvenu de distinguer la clairvoyance prophétique de l'auteur, la richesse de son rêve littéraire, de la clairvoyance interprétative du lecteur, qui peut parfois tirer des merveilles d'éléments secondaires à partir d'un récit en lui-même peu suggestif. Confiez le Grand Livre à un myope et vous n'en tirerez pas grand chose... En somme, les meilleurs essais de littéromancie naissent toujours d'une étroite collaboration de l'artiste et du lecteur.

A suivre : Pena-Ruiz, Bergson, Jung à nouveau, etc...

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