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PHILOSOPHIES

PHILOSOPHIES

Aliments pour une réflexion philosophique


RÉPARER L'ÉCONOMIE NUMÉRIQUE par Jaron Lanier

Publié par medomai sur 13 Décembre 2013, 09:41am

Catégories : #INTERNET, #AUTOMATISATION, #ECONOMIE, #LANIER, #MEDIAS, #SERVEURS-SIRENES, #METADATAS, #WEB, #RESEAUX, #OMNIVOYEURISME

RÉPARER L'ÉCONOMIE NUMÉRIQUE par Jaron Lanier

Crédit GIF : DVDP sur TUMBLR.

Jaron Zepel LANIER, né le 3 mai 1960 à New York, est un compositeur, producteur de film, et essayiste américain.

Jaron Zepel LANIER, né le 3 mai 1960 à New York, est un compositeur, producteur de film, et essayiste américain.

 

Réparer l'Économie Numérique

 

par Jaron LANIER

 

 

Il est toujours plus facile d'anticiper le futur, que de prédire le futur de ce futur...

Je publie ici les réflexions anticipatrices d'une personnalité attachante, celle d'un "techie", terme familier américain désignant un technicien-inventeur-bricoleur, un ouvrier-concepteur du Net  : Jaron LANIER est l'héritier du philosophe Ted NELSON cité en fin de cet article.

Lanier voit les choses, le système, du point de vue de la soute des machines. Il sait que la toupie ne tient pas debout toute seule : quelque chose la fait tourner... Il est surpris, inquiet, de la tournure que prennent les choses. Il se rend compte que la "destruction créatrice" de la technique, pour parler comme Schumpeter, est de plus en plus destructrice et de moins en moins créatrice. Cette vérité, il la perçoit parce qu'il est honnête, lucide : il s'aime moins lui-même qu'il n'aime la vérité, la beauté de la vérité.

Jaron Lanier est quelqu'un d'honnête, un esprit estimable et précieux : un ouvrier instruit, un homme qui aime son art, l'art en général, la musique et ses instruments, et la beauté. Il possède une des plus belles collections privées d'instruments de musique rares.

 

Cet article suggère qu'une petite musique mécanique est en train de couvrir toutes les autres...

 

L'article est paru dans la rubrique Opinions de l'édition papier du dimanche du New York Times le 9 juin 2013, et accessible en version électronique à l'adresse suivante :

http://www.nytimes.com/2013/06/09/opinion/sunday/fixing-the-digital-economy.html

 

 

***

RÉPARER L'ÉCONOMIE NUMÉRIQUE par Jaron Lanier

 

 

 

***

 

 

 

 

Deux grandes tendances dans le monde semblent se contredire l'une l'autre.

 

D'une part, les réseaux informatiques sont considérés comme perturbant le pouvoir centralisé, quelle qu'en soit la nature, pour confier ce pouvoir à l'individu. Des clients peuvent mettre des entreprises à genoux en publiant sur twitter leurs doléances. Une petite organisation comme WikiLeaks est capable de mettre en alarme les grandes puissances, à l'aide de rien d'autre que l'encryptage des données et l'accès au réseau. Les jeunes Égyptiens peuvent organiser une révolution quasi instantanée avec leurs téléphones mobiles et Internet.

 

Et puis, il y a l'autre tendance : l'inégalité est en plein essor dans tous les pays riches, pas seulement aux États-Unis. L'argent des un pour-cent les plus riches a inondé notre espace politique. Le marché du travail en Amérique s'est vidé (has been hollowed out) ; les stages non rémunérés sont devenus monnaie courante, et les emplois d' " entrée de gamme " semblent durer toute une vie, tandis que les postes techniques et de gestion (management) deviennent de plus en plus lucratifs. L'individu semble impuissant face à des perspectives difficiles (tough prospects).

 

Ces deux tendances sont réelles, et elles sont liées. La perturbation et la décentralisation du pouvoir coïncident avec une concentration intense et apparemment sans limite du même pouvoir. Ce qui, à première vue, ressemble à une contradiction devient tout à fait logique lorsqu'on comprend la nature du pouvoir moderne.

 

On ne sait pas quand la révolution égyptienne conduira à un meilleur gouvernement en Égypte, mais on peut d'ores et déjà être certain que le Printemps arabe a augmenté la puissance et la richesse des sociétés de réseaux (the networking companies) utilisées par les activistes arabes .

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Une classe moyenne en bonne santé (healthy) est essentielle à l'économie comme à la politique. Les marchés ne peuvent fonctionner sans clients, et le gouvernement ne peut pas rester démocratique si la richesse est trop concentrée (overly concentrated).

 

Le changement technologique peut parfois ressembler à une menace automatique (automatic threat) pour la classe moyenne. Conduire un véhicule à moteur est plus facile que de monter des chevaux ; et les gens aiment conduire. Dans ce cas, pourquoi devrait-on payer un chauffeur de camion ou un chauffeur de taxi ? [Actuellement] les gens sont indispensables pour faire ce travail de conduite, même si ils souffrent moins que leurs ancêtres à cheval. [Dans le passé], les syndicats se sont battus pour la rémunération et les conditions de travail qui ont fait de ces jobs de conducteurs des emplois pour la classes moyenne. Mais au cours de ce nouveau siècle nous avons oublié cette sagesse, et nous avons décidé que concernant les réseaux numériques, de plus en plus de gens ne seraient pas payés pour ce qu'ils font, même si ce qu'ils font est nécessaire. Les emplois impliquant la communication et l'expression (musique, journalisme, etc) sont soudain beaucoup plus difficiles à trouver, parce que l'information est aujourd'hui considérée comme libre. Naturellement, un lieu commun du 19e siècle (a 19th-century trope), le mythe d'Horatio Alger1, a fait aujourd'hui sa réapparition. Le mythe raconte qu'en travaillant dur, tout est possible et le succès est au coin de la rue pour les jeunes journalistes et musiciens.

 

 

 

Planche d'une des premières édition d'un roman d'ALGER, Ragged Dick (1867)

Planche d'une des premières édition d'un roman d'ALGER, Ragged Dick (1867)

 

 

 

Malheureusement, les réussites authentiques ne sont pas nombreuses. Les autres, qui participent aussi à ce jeu, vivent presque tous sur de faux espoirs, en acceptant les avantages d'une économie informelle - la réputation et le troc - tout en aidant une petite élite lointaine à accumuler la vraie richesse . Au lieu d'une courbe en cloche, la distribution [de la richesse] ressemble à un gratte-ciel épais comme une lame de rasoir, suivi par une " longue queue " toute maigre.

 

Le sort du journalisme et de la musique est celui qui attend toutes les autres industries et toutes les catégories de travail, à moins que ce modèle ne soit supprimé (unless this pattern is undone). À l'aube de ce siècle, la technologie continuera d'évoluer. De plus en plus d'activités seront effectuées par des logiciels (operated by software). À la place des routiers rouleront des camions robotisés. Là où se trouvaient autrefois des mineurs, on verra œuvrer des robots-mineurs. Les imprimantes 3D remplaceront les usines dans chaque foyer. Des robots expérimentaux ont déjà dépassé en efficacité (outperformed) plus d'une catégorie de cols blanc, parmi lesquels les juristes (legal researcher), les pharmaciens et les chercheurs scientifiques.

 

 

 

« De plus en plus d'activités seront effectuées par des logiciels... » (crédit GIF : senna-johannsen sur Tumblr)

« De plus en plus d'activités seront effectuées par des logiciels... » (crédit GIF : senna-johannsen sur Tumblr)

Service de chirurgie robotisé

Service de chirurgie robotisé

Service de surveillance automatisé

Service de surveillance automatisé

 

 

Pourtant, toutes les formes d'automatisation dépendent en fin de compte des données issues des individus. Il n' y a pas d' « intelligence artificielle » magique. Lorsqu'un gros ordinateur lointain traduit un document de l'anglais vers l'espagnol, par exemple, il ne comprend pas ce qu'il fait. Il se contente de brasser des traductions antérieures effectuées par des personnes bien réelles, mais qui ont été oubliées, à cause du "cinéma" du Net (because of the theater of the Internet).

 

 

 

La complexité du "cinéma" (movie theater) ou du "théâtre" (theater) du Net : un écran qui renvoie l'image projetée dans notre dos, un rideau qui cache une scène, et derrière cette scène, les coulisses, les innombrables contributeurs au film, sans lesquelles le spectacle ne saurait avoir lieu... (Crédit : dvdp sur Tumblr)

La complexité du "cinéma" (movie theater) ou du "théâtre" (theater) du Net : un écran qui renvoie l'image projetée dans notre dos, un rideau qui cache une scène, et derrière cette scène, les coulisses, les innombrables contributeurs au film, sans lesquelles le spectacle ne saurait avoir lieu... (Crédit : dvdp sur Tumblr)

 

 

[Mais] il y a toujours des humains en chair et en os derrière le rideau. La montée des inégalités ne vient pas du fait que les gens ne sont pas nécessaires - la vraie cause, c'est l'illusion qu'ils ne sont pas présents.

 

Disséquez à peu près n'importe quel centre émergent du pouvoir, et vous trouverez un ordinateur géant en son cœur. Dans le passé, la puissance et l'influence s'acquéraient en contrôlant quelque chose dont les gens avaient besoin, comme le pétrole ou les réseaux de transport. Maintenant, être puissant peut signifier posséder l'ordinateur le plus efficace sur un réseau. Dans la plupart des cas, cela veut dire posséder l'ordinateur le plus grand et le plus connecté, bien que très occasionnellement, un petit ordinateur bien utilisé (well-operated) peut être de la partie, comme c'est le cas avec WikiLeaks. Mais ces cas sont si rares qu'il vaut mieux ne pas tomber dans l'illusion consistant à croire que les ordinateurs sont de grands égaliseurs, comme les armes dans le Far West.

 

 

 

 

« L'ordinateur le plus grand et le plus connecté... » (crédit GIF : gnumblr sur Tumblr)

« L'ordinateur le plus grand et le plus connecté... » (crédit GIF : gnumblr sur Tumblr)

 

 

Les ordinateurs ultra-influents de nouvelle catégorie prennent des formes très diverses. Certains gèrent des programmes financiers, comme le trading haute-fréquence ; d'autres gèrent des compagnies d'assurance. Certains s'occupent d'élections ; d'autres font marcher des magasins en ligne géants. Certains font fonctionner des réseaux sociaux ou des services de recherche ; d'autres gèrent des services de renseignement nationaux. Les différences sont très minces. J'appelle ce genre d'opérateur un " Serveur-Sirène " (a Siren Server).

 

 

 

 

Une autoroute de câbles internet relie les routeurs et les serveurs chez Equinix, une société américaine qui propose des centres de données (data-centers) et des services d'interconnexion (source : wikipedia 11/12/2013). Ce genre d'installation géante illustre ce que Jaron Lanier nomme un 'Serveur-Sirène" (Siren Servers). On notera au plafond les gigantesques tuyauteries pour l'évacuation de la chaleur et le refroidissement des appareils électroniques.

Une autoroute de câbles internet relie les routeurs et les serveurs chez Equinix, une société américaine qui propose des centres de données (data-centers) et des services d'interconnexion (source : wikipedia 11/12/2013). Ce genre d'installation géante illustre ce que Jaron Lanier nomme un 'Serveur-Sirène" (Siren Servers). On notera au plafond les gigantesques tuyauteries pour l'évacuation de la chaleur et le refroidissement des appareils électroniques.

Un technicien circule à l'intérieur d'un super-ordinateur.

Un technicien circule à l'intérieur d'un super-ordinateur.

 

 

 

Les Serveurs-Sirène sont généralement des installations gigantesques, situées dans des endroits obscurs, où ils possèdent leurs propres centrales électriques (power plant) et certains raccordement spéciaux à la nature, comme un fleuve éloigné (remote river), qui leur permet de refroidir la fantastique quantité de chaleur qu'ils dégagent (waste heat).

 

Les Serveurs-Sirènes calculent pour leurs propriétaires les actions qui réduisent les risques et qui accroissent richesse et influence. Par exemple, avant les gros ordinateurs et les réseaux pas chers, il était difficile pour les compagnies d'assurance-santé de recueillir et analyser suffisamment de données pour pouvoir créer un business d'assurance "parfaite", dans lequel seuls ceux qui ont le moins besoin d'assurance sont assurés. Dorénavant, avec un grand ordinateur, ça devient non seulement possible, mais c'est une tentation irrésistible.

 

 

 

 

La sirène, George Méliès, 1904.

La sirène, George Méliès, 1904.

John William WATERHOUSE (1849-1917), Ulysse et les sirènes, 1891.

John William WATERHOUSE (1849-1917), Ulysse et les sirènes, 1891.

 

 

Et les systèmes financiers géants suscitent les mêmes tentations. On admet en général que la déréglementation est ce qui a motivé l'aventurisme financier, mais on peut aussi bien faire valoir que la loi de Moore, qui veut que l'informatique s'améliore et devient moins chère à un rythme accéléré, nous a garanti que la tentation d'utiliser le calcul informatique (computation) pour déplacer le risque (to displace risk) deviendrait tôt ou tard irrésistible.

 

Les financiers ont reniflé l'odeur séduisante de la perfection numérique dans les années 1970. Le premier grand krach au moins partiellement attribuable au trading automatisé s'est produit en 1987. Les grands systèmes centrés sur des ordinateurs, comme ceux développés par Long Term Capital Management2 et Enron3, ont fondé un modèle qui s'est étendu avec la Grande Récession de 2007-9 .

 

Depuis que le coût de la mise en réseau est devenu faible, depuis que les ordinateurs sont devenus énormes, le secteur financier a connu une croissance fantastique proportionnellement au reste de l'économie, même si il l'a fait en soumettant ce reste de l'économie à un risque accru. C'est précisément ce qui se passe, tout naturellement et sans aucun plan diabolique, lorsque quelqu'un possède un ordinateur plus efficace que n'importe qui d'autre dans un réseau ouvert (open network). Votre capacité de calcul supérieure vous permet de choisir les options les moins risquées pour vous-même, en laissant les choix risqués à tous les autres. Si l'économie était infinie, elle serait en mesure d'absorber le rayonnement du risque (to absorb radiated risk). Les inévitables renflouements publics massifs étaient nécessaires, non pas parce que les programmes étaient absurdes, mais parce qu'ils posaient des exigences impossibles au reste du monde situé en dehors du programme.

 

C'est un lieu commun à la mode (a hip trope) de considérer que la vie privée, c'est du passé ; mais la perte de sa vie privée au profit d'un Serveur-Sirène a plus d'importance que la perte de votre carte de crédit ou de votre numéro de sécurité sociale, subtilisés par un médiocre voleur en ligne. Les choix d'une personne ordinaire en ce qui concerne la musique, les amitiés, les achats, les types de lecture (reading materials) et les voyages au cours d'une journée, ne représentent qu'une partie des flux de données alimentant les algorithmes qui comparent et mettent en corrélation les activités de chaque personne espionnée.

 

La motivation de l' omnivoyeurisme (omni-ogling) est de mener à des modèles prédictifs efficaces du comportement individuel. Ces modèles sont loin d'être parfaits, mais sont suffisamment bons pour prévoir et pour manipuler les gens progressivement, au fil du temps, en formant les goûts et la consommation de manière plus efficace et plus insidieuse que les publicités subliminales.

 

La manipulation pourrait prendre la forme de liens payants apparaissant dans les services gratuits en ligne ; ou de slogans automatiquement personnalisés pour un candidat à une élection ; ou encore d'offres de crédit parfaitement ciblées. Bien que les gens pris individuellement soient rarement contraints d'accepter l'influence des Serveurs-Sirènes, sur une base statistique large, il devient impossible pour une population de faire autre chose que de consentir au fil du temps. C'est pourquoi des sociétés comme Google ont tant de poids et de valeur. Même si aucune annonce publicitaire sur Google n'est sûre de fonctionner, le schéma publicitaire global de Google, par définition, doit fonctionner, à cause des lois de la statistique. Sa supériorité en calcul (superior computation) permet à un Serveur-Sirène de bénéficier des profits magiques de la manipulation fiable d'autrui, alors même que l'on ne force la main à personne (no hand is forced).

 

Même amicaux, les Serveurs-Sirènes orientés vers les consommateurs ont besoin en fin de compte de reporter les coûts sur la société (depend on spreading costs to the larger society). Les Serveurs-Sirènes ne peuvent fonctionner de façon rentable qu'à condition de ne pas payer les gens pour les données utilisées dans le calcul de leurs systèmes statistiques.

 

Les Serveurs-Sirène provoquent la séparation (drive apart) de nos identités de consommateurs et de travailleurs. Dans certains cas, la causalité est évidente : on trouve super de télécharger gratuitement de la musique, mais cela met au chômage des musiciens. Les cours universitaires gratuits sont à la mode, mais les professeurs titulaires sont en train de disparaître. Les journaux gratuit (free news) prolifèrent, mais l'argent pour financer le journalisme d'investigation et les reportages à l'étranger s'assèche. Et on peut facilement observer la même tendance se propager dans les industries de l'avenir, comme l'impression 3D et les énergies renouvelables.

 

Un Serveur-Sirène accumule de l'influence par l'effacement de soi (through self-effacement). Il y a un côté Zen là-dedans. C'est lorsque ses propriétaires n'ont aucune idée de ce qu'ils financent qu'un grand programme d'informatique financière réussit le mieux. Le tout est de faire prendre des risques à d'autres personnes, or connaissance signifie risque (knowledge means risk). L'idée neuve ici, consiste à n'avoir aucune idée sur la question de savoir si la sécurité que vous avez empaquetée [pour la vendre] est une escroquerie ou non. YouTube n'est pas responsable de vérifier si une vidéo, avant qu'elle ne soit enregistrée, viole un droit d'auteur. Facebook n'est pas coupable si un adolescent tourmenté est poussé au suicide.

 

Ce qui importe est d'être un acteur du calcul informatique (a computational actor) - un méta-acteur le plus "méta" possible - mais sans en avoir l'air et sans se comporter en acteur. La quête numérique de la récompense sans risque (the digital pursuit of reward without risk) se produit automatiquement, au terme du processus (at arm's length). Les documents sont contresignés par des "robots-signataires" (robosigners), et les prix sont fixés par des "robots-priseurs" (price bots).

Couverture de l'édition américaine du dernier livre de LANIER : Who owns the future ? (2013, non traduit)

Couverture de l'édition américaine du dernier livre de LANIER : Who owns the future ? (2013, non traduit)

 

Une fois ce principe compris, la contradiction apparente - selon laquelle le pouvoir est de moins en moins, et en même temps de plus en plus concentré - se dissout. Une mesure que prendrait un pouvoir selon l'ancienne mode, comme la censure des réseaux sociaux, réduirait le nouveau type de pouvoir, qui consiste à exercer un service d'espionnage privé sur les personnes qui utilisent les réseaux sociaux.

 

Effectivement, les programmes siréniques (Sirenic schemes) font souvent des offres d'appel (often offer an upfront treat). Des prêts bon marché et d'une accessibilité délirantes ; de la musique gratuite, des vidéos, de la recherche sur le Web et des réseaux sociaux : tous ces exemples ne sont que la même camelote qui brille pour séduire les initiés et les faire succomber à l'appel d'un Serveur-Sirène.

 

 

 

Les Serveur-Sirènes : des naufrageuses... (Crédit GIF : ma vie de fonctionnaire, sur Tumblr)

Les Serveur-Sirènes : des naufrageuses... (Crédit GIF : ma vie de fonctionnaire, sur Tumblr)

 

 

 

Et pourtant, je suis optimiste.

 

Le premier à décrire la manière dont les gens peuvent utiliser les réseaux numériques pour coopérer ou pour s'exprimer fut Ted Nelson, dans les années 1960. Son travail anticipait déjà, à la fois les problèmes auxquels nous sommes confrontés, et les solutions potentielles pour les résoudre4. Une solution Nelsonienne pourrait ressembler à ceci : instituer un système de micro-paiement universel. Gardez une trace de l'endroit d'où est venue l'information. Rétribuez les gens lorsque l'information - qui n'a d'existence que parce qu'eux existent - s'avère posséder de la valeur, peu importe quel type d'information il est question, et peu importe si la personne avait l'intention de la fournir ou non (intended to provide it or not). Que le prix soit déterminé par les marchés.

 

 

 

 

Ted NELSON  (source : http://legrenier.roumieux.com/post/2007/01/31/Xanadu-:-le-palais-mythique-du-facteur-Cheval-Ted-Nelson)

Ted NELSON (source : http://legrenier.roumieux.com/post/2007/01/31/Xanadu-:-le-palais-mythique-du-facteur-Cheval-Ted-Nelson)

 

 

Je me suis habitué aux regards ahuris. Comment un tel système pourrait-il seulement se mettre en place ? Serait-il trop compliqué ? Créerait-il des obstacles pour les pauvres, ou les défavorisés ? Pourrait-il vraiment fonctionner, ou bien créerait-il tout simplement un nouveau théâtre pour le spectacle de l'injustice (a new theater of unfairness) ?

 

Les opportunités pour tester de nouvelles idées économiques se succèdent aujourd'hui à un rythme rapide. Par exemple, l'impression 3D provoque déjà l'engouement des amateurs. Des gens impriment tout un tas de bibelots (tchotchkes) dans ces chambres magiques (magical chambers), plutôt que de les acheter en magasins. Actuellement, des dessins d'objets 3D sont partagés gratuitement, sur le même principe que la libre circulation des fichiers musicaux. En général, de petites communautés de programmeurs influents fixent le modèle de fonctionnement pour l'utilisation des nouveaux services d'information du consommateur, et la notion de gratuité de l'information est profondément enracinée dans la culture des programmeurs (software culture).

 

Pourquoi ne pas organiser une expérience ? Nous autres techniciens (techies), nous pourrions mettre en place un système expérimental dans lequel les gens se paieraient mutuellement pour leurs réalisations imprimables (printable designs)5. S'il est déjà trop tard pour l'impression 3D, d'autres opportunités suivront. Nous avons besoin d'expérimenter ; nous avons besoin de comprendre comment nourrir une classe moyenne qui puisse prospérer, même dans une société hautement automatisée.

 

Les marchés de l'information personne-à-personne (person-to-person information markets) pourraient conduire à un monde en ligne plus simple et plus clair. Comme nos systèmes d'information sont conçus pour oublier au départ qui a fourni des informations, des services tels que Google et Bing doivent constamment creuser le réseau mondial en vue de reconstituer le contexte des données (reconstitute the context of data). Les Serveurs-Sirènes eux, savent qui est relié à vos données, mais vous, vous l'ignorez.

 

Même les titanesques Serveurs-Sirènes d'aujourd'hui bénéficieraient d'une économie de l'information plus monétisée, parce que celle-ci connaîtrait alors une croissance plus saine. L'économie de l'information ne pourra pas connaître de croissance à long terme comme elle le devrait, tant qu'on refusera indéfiniment d'inscrire dans les livres [de compte] les informations provenant des gens ordinaires. (Bien que je fasse de la recherche pour Microsoft, ils ne contrôlent pas mes propos, et cet essai ne représente que mon point de vue.)

 

Parfois, les sceptiques laissent apparaître en eux-mêmes des sources cachées et injustifiées d'élitisme. Elles se manifestent dans des commentaires du genre : "la plupart des gens ne contribuerait pas beaucoup". Mais empiriquement, nous avons déjà des pistes pour lutter contre ce pessimisme.

 

Dans les réseaux avec un point de contrôle central, tels que YouTube ou l'Apple Store, on aperçoit une tendance à la Horatio Alger dans la distribution des résultats, dans laquelle il y a très peu de gagnants viables et un nombre illimité d'espoirs (unbounded number of hopefuls). Mais dans les réseaux connectés plus directement avec une forte densité, comme Facebook, on constate que généralement les gens sont exposés à un grand nombre d'autres personnes, plutôt qu'à quelques stars. Par conséquent, si les utilisateurs de Facebook se rétribuaient les uns les autres, ils bénéficieraient d'une distribution moins élitiste des avantages économiques.

 

 

 

 

Des réseaux connectés plus directement avec une forte densité... (Crédit GIF Tumblr)

Des réseaux connectés plus directement avec une forte densité... (Crédit GIF Tumblr)

 

 

Un autre avantage potentiel de l'information monétisée est de contre-balancer le pouvoir de l'État (to balance the power of government). Lorsque l'information est gratuite, cela ne coûte rien de recueillir des informations sur les citoyens. [Mais] j'aimerais bien que le gouvernement, ou n'importe qui d'autre, paye chaque personne, à chaque fois que celle-ci est suivie par une caméra. L'État devrait pouvoir utiliser des caméras à des fins de sécurité, mais de façon mesurée, et non pas illimitée. Dans le même ordre d'idées, il n'est pas souhaitable que des candidats aux élections puissent les gagner simplement parce qu'ils ont les Serveurs-Sirènes les plus performants : mais tout ceci n'est un problème qu'aussi longtemps que l'information reste gratuite. Le pouvoir du portefeuille devrait rester entre les mains des citoyens (Citizen should not lose the power of the purse).

 

Le Net a souvent été comparé au Far West, avec ses rêveurs et ses planificateurs, avec sa promesse miroitante d'une terre libre (qu'au départ les chemins de fer monopolisés avaient rendu accessible, bien entendu, par le rail). [Mais] nous avons déjà dans le passé abandonné ces schémas du "quelque-chose-pour-rien" (something-for-nothing schemes), et c'est, à nouveau, ce que nous pouvons faire aujourd'hui.

 

Jaron LANIER.

 

 

NOTES :

 

1 Horatio ALGER Jr (1832-1899) est un écrivain américain prolifique dont les romans (par exemple Ragged Dick, 1867) racontent presque toujours la même success story, celle d'un jeune homme qui travaille dur pour sortir de la pauvreté, et passe des haillons à la fortune ou, tout au moins, à l'aisance et à la respectabilité grâce à son intégrité, son honnêteté et ses efforts (source : wikipedia 12/2013).

 

2 Long Term Capital Management (LTCM) est un hedge fund, fond financier géant fondé en 1994 par John Meriwether, ancien trader puis responsable du trading chez Salomon Brothers. La quasi-faillite de LTCM fit courir un risque majeur au système financier mondial en 1998. Le fond prenait des positions secrètes dans les années 1990, équivalentes alors au PIB de la France. Son capital fut détruit en quelques jours par de mauvais paris (sur le retour rapide à la normale du marché obligataire après la crise asiatique de 1997), contredites par la faillite de la Fédération de Russie à la fin de l'été 1998. Presque toutes les banques d'investissement dont LTCM était client, exposées à un risque de contreparties, vont prendre la décision de le renflouer (bail out) le 23 septembre 1998. Pendant plusieurs mois le débouclage des positions catastrophiques de LTCM causera de sérieux remous sur différents marchés (monnaies, obligations, etc). Parmi les associés, on trouve Robert Merton et Myron S. Scholes, anciens consultants de Meriwether chez Salomon, deux prix Nobels d'économie (1997) et mathématiciens financiers ayant théorisé l'utilisation et la valorisation des produits dérivés (source wiki 13/12/2013). Rien que l'expression "long term" dans le nom, est en soi une méprisable farce.

3 Enron, société texane (Enr pour energy ; On pour Houston) de transport du gaz et grossiste en gaz naturel au départ, fondée par Kenneth Lay, fut l'une des plus grande capitalisation boursière américaine avant sa faillite le 2 décembre 2001, provoquée par la découverte de manipulations comptables visant à dissimuler ses pertes sur des paris spéculatifs concernant les marchés de l'électricité. Au début des années 1990, avec l'arrivée d'un nouveau CEO, Jeffrey Skilling, Enron créa une Gaz Bank interne, plus de 3000 sociétés offshore, se mit à offrir des produits dérivés et titrisés à ses clients, pratiqua un lobbying intensif pour convaincre les américains de l'intérêt de la dérégulation du marché, etc. Skilling, Lay, et d'autres complices des fraudes financières ont été condamnés par la justice américaine (source wiki 13/12/2013).

 

4 Theodor Holm NELSON (né le 17 juin 1937 à Chicago), est un philosophe (maîtrise en 1959) et sociologue d'origine américaine, pionnier des technologies de l'information et professeur à l'université d'Oxford (Royaume-Uni). Inventeur précurseur du concept d'hypertexte en 1965, et créateur du système visionnaire baptisé « Xanadu » (en réfrence à Citizen Kane d'Orson Welles) à partir de 1960, il décrit ce système comme respectant dix-sept règles qui seules sont susceptibles de générer une communauté de recherche, d'information, de communication économiquement et intellectuellement viable, produisant une littérature électronique (non séquentielle) sérieuse. On reconnaît dans ce système quelque chose d'assez proche du World Wide Web, avec des différences importantes (notamment pour le paiement de l'information) qui sont au centre de la réflexion de Jaron Lanier . Ces dix-sept règles sont les suivantes (nous soulignons celles qui nous paraissent problématiques) : «  1.Chaque serveur Xanadu est unique et sécurisé. 2.Chaque serveur Xanadu peut être mis en service séparément ou en réseau. 3.Chaque utilisateur est unique et identifié. 4.Chaque utilisateur peut rechercher, récupérer, créer et stocker des documents. 5.Chaque document peut consister en un nombre quelconque de parts donc chaque élément peut être constitué de quelque genre que ce soit. 6.Chaque document peut contenir des liens de tous types, voire de copies virtuelles ("transclusions") d'un autre document accessible par son propriétaire. 7.Les liens sont visibles et peuvent être suivis depuis les deux extrémités. 8.La permission de lier vers un document est explicitement garantie par l'acte de publication même. 9.Chaque document peut contenir un mécanisme de rétribution, à un degré quelconque de granularité, pour assurer le paiement de chaque portion accédée, en incluant les copies virtuelles (« transclusions ») de tout ou partie d'un document. 10.Chaque document est identifié, unique et sécurisé. 11.Chaque document peut avoir des règles d'accès sécurisés. 12.Chaque document peut rapidement être recherché, stocké et récupéré sans que l'utilisateur ne sache où il est physiquement situé. 13.Chaque document est automatiquement situé sur un moyen de stockage approprié vis-à-vis de sa fréquence d'accès depuis n'importe quel point de consultation. 14.Chaque document est automatiquement stocké de façon redondante, pour maintenir la disponibilité même en cas de désastre. 15.Chaque fournisseur de service Xanadu peut facturer à sa discrétion ses utilisateurs pour le stockage, la récupération, et la publication de documents. 16.Chaque transaction est sécurisée et reste perceptible seulement par les parties l'effectuant. 17.Le protocole de communication client-serveur Xanadu est un standard librement publié. Le développement et l'intégration de tierces parties sont encouragés ». Le projet de Jaron Lanier semble s'inscrire dans cette vision nelsonienne d'un new wanadu, d'un web rénové où l'information ne serait pas le pivot d'entreprises d'exploitation ou de domination, mais d'une rétribution équitable et d'un partage honnête du savoir. C'est ce que semblait déjà espérer Nelson dans une communication des années 2000 : "On interprète souvent, à tort, Xanadu, le projet original de l’hypertexte, comme une tentative pour créer le World Wide Web. Mais Xanadu a toujours eu une ambition beaucoup plus vaste : proposer une forme globale et complète de littérature; où les liens ne se brisent pas à chaque changement de version ; où les documents peuvent être mis côte à côte, comparés et annotés de près ; où il est possible de connaître le contexte d’origine de chaque citation ; et qui intègre un dispositif de droit d’auteur –une convention littéraire, juridique et commerciale- autorisant, sans conflit ni négociation, la pratique de citation, sans limite de temps ou de quantitéLe Web a vulgarisé le modèle original de Xanadu à une large échelle, mais en réduisant toutes ces questions à un monde de liens unidirectionnels, fragiles et toujours prêts à se briser, sans reconnaissance des modifications et du droit d’auteur, et sans support pour les versions successives ou la ré-utilisation systématique. On y met l’accent sur l’habillage et le tape-à-l’œil, au détriment d’une structuration en réseau du contenu. La littérature électronique sérieuse (à des fins de connaissance, de travail en coopération ou de débat approfondi) doit permettre des liens bidirectionnels, à profusion ; et une réutilisation systématisée, s’appuyant sur une recherche facile à travers les versions et citations. La structuration xanalogique du texte est un système unique de mise en réseau du texte (et des autres composantes médiatiques ). Elle comporte deux formes complémentaires de mise en réseau : une mise en réseau du texte solide et durable (méthode des liens de contenu), et une ré-utilisation du texte identifiable et visualisable (méthode de la transclusion). (…) Ce système de structuration du texte présente une méthode intégrée originale pour la gestion des versions, la comparaison côte-à-côte et la visualisation de la ré-utilisation, qui conduit à un système cohérent et bénéfique de gestion des droits d’auteur (approuvé en principe par l’ACM). Bien qu’éloignée à un point presque décourageant des normes qui l’ont emporté jusqu’à maintenant, cette conception est encore valable et peut toujours trouver une place dans l’univers en évolution de l’internet. Extrait de « Xanalogical Structure, Needed Now More than Ever... ». Communication au Congrès de l’ACM. 23 mai 2000. (source : wikipedia 13/12/2013 et http://legrenier.roumieux.com/post/2007/01/31/Xanadu-:-le-palais-mythique-du-facteur-Cheval-Ted-Nelson)

 

5 Ce qui est décrit, je crois, ressemble au système du site Tumblr, où des membres présentent leurs œuvres graphiques, et sont rétribués une somme modique (une dizaine de centimes ou plus) chaque fois qu'un autre membre exprime son appréciation en cliquant un petit symbole en forme de cœur. Mais il ne s'agirait plus dans le système Lanier d'une rétribution par le site : ici chaque internaute devrait posséder son capital électronique, et pouvoir rétribuer lui-même ses pairs. A la limite, l'invention d'une monnaie purement électronique (du style "bitcoin") accomplirait parfaitement cette tâche : mais la question est de savoir qui détiendrait le pouvoir d'"imprimer" (ou de détruire) cette monnaie purement immatérielle ? Sur quoi sera-t-elle gagée ? L'or d'une banque centrale ? La question deviendra passionnante le jour où cette monnaie servira à acheter sur le net du hardware, des objets physiques, de la nourriture, des biens matériels... Et où apparaîtrons de faux monnayeurs qui rendrons nécessaire une institution de contrôle de la "qualité" certifiée des monnaies électroniques.

 

 

Jaron LANIER lors d'un concert en 2009.

Jaron LANIER lors d'un concert en 2009.

Couverture de l'édition anglaise du dernier livre de LANIER : Who owns the future ? (2013, non traduit)

Couverture de l'édition anglaise du dernier livre de LANIER : Who owns the future ? (2013, non traduit)

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Bruno Paul 14/12/2013 18:27

L'article de Lanier est interessant surtout pour les questions ou assertions qu'il pose :
- la gratuité de l'information sur internet est-elle un problème structurel ?
- la notion de risques ou de contrepartie à prendre en charge par la communauté
- modification de l'influence et modification des lois du réseau ; contrebalancer le pouvoir de l'Etat
- l'apprentissage social: "Nous avons besoin d'expérimenter ; nous avons besoin de comprendre comment nourrir une classe moyenne qui puisse prospérer, même dans une société hautement automatisée."
- élitisme et densité du réseau
- les serveurs connaissent tout le contexte d'une information, pas l'utilisateur ou le producteur

Sur les pistes, dans cet article l'auteur en dit bien peu (il faudrait lire intégralement son dernier livre, dont la perspective du titre particulièrement intéressante n'est hélas pas discutée dans l'article). Mais celui-ci rassemble déjà quelques thèmes à creuser pour les "digital studies".

Medomai 15/12/2013 10:54

Bonjour M. Paul,

Vous avez raison, cet article a le mérite de ses questions.Je compte acheter le livre et y fouiller un peu, et voir s'il y a d'autres articles plus denses de Lanier sur le sujet.

Pour les questions 1 et 4 : 1) à mon avis, il faudrait que les utilisateurs d'internet possèdent un "porte-monnaie électronique" facilement alimentable à partir de leur compte en banque électronique, fiable et sécurisé. Le contrôle et la garantie de l'Etat me paraissent ici incontournable pour les monnaies fiduciaires en version électronique. Que les clients n'aient pas pour la moindre mini-transaction à taper leurs codes secrets et valider par un message sur leur mobile...
2) Ensuite il faudrait que soient possibles des transactions très rapides sur de très faibles montants à partir de ce porte monnaie faible.
3) Enfin il faudrait que les sites comme over-blog ou autres, qui hébergent et proposent des solutions de "mise en forme" de l'information (graphique, musicale, scientifique, etc), intègrent une solution de paiement "clé en main" : vous placez à l'entrée de votre blog (ou bien plutôt à l'entrée de chacun de vos articles/textes) un petit symbole à côté du prix (comme le "coeur" de Tumblr, qui signifie que vous souhaitez voir l'article pour, mettons, 0.10 centimes d'euros). C'est l'intérêt des réseaux étendus que de mettre le travail de petits producteurs individuels à portée directe de nombreux utilisateurs potentiels.
4) Il faut que les sites d'hébergement investissent dans les techniques de copyright : qu'on ne puisse pas facilement copier tout le texte ni même une partie sans votre accord et sans vous donner une identité numérique, par exemple. (Bon, dans ce domaine, il suffit de lire et de recopier vous me direz... c'est une technique aussi vieille que le bon vieux plagiat...)

Il reste le problème des serveurs sirènes. Là, j'avoue être incapable de répondre.

Bon week end !

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