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PHILOSOPHIES

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Aliments pour une réflexion philosophique


LIBERTÉ, LIBÉRALISME ET SURVEILLANCE : UN APERÇU HISTORIQUE

Publié par medomai sur 14 Janvier 2014, 20:24pm

Catégories : #LIBERALISME, #POLITIQUE, #POUVOIR, #SURVEILLANCE, #SQUINNER, #LIBERTE, #HOBBES, #MACHIAVEL, #AUTOCENSURE

LIBERTÉ, LIBÉRALISME ET SURVEILLANCE : UN APERÇU HISTORIQUE

(Animographe : ADMIRALPOTATO sur Tumblr)

 

 

LIBERTÉ, LIBÉRALISME ET SURVEILLANCE :

UN APERÇU HISTORIQUE

 

 

Par Quentin SKINNER

 

Article paru le 26 juillet 2013 sur le site de openDemocracy à l'adresse :

http://www.opendemocracy.net/ourkingdom/quentin-skinner-richard-marshall/liberty-liberalism-and-surveillance-historic-overview

 

 

 

Quentin Robert Duthie SKINNER est l'un des plus éminent théoricien et historien de la pensée politique en Grande-Bretagne, et un ardent promoteur d'un « républicanisme » contemporain. Il a beaucoup écrit sur différents sujets allant du républicanisme à la Réforme, Machiavel, Hobbes, Shakespeare, Milton, ainsi que sur la liberté : la société moderne a-t-elle perdu le contact avec les conceptions romaines de la liberté, et à quel prix ? Telles semblent être les interrogations fondamentales guidant aujourd’hui sa réflexion. Skinner est actuellement professeur de sciences humaines à la chaire Barber Beaumont de l'Université Queen Mary de Londres (sa page personnelle : http://www.history.qmul.ac.uk/staff/profile/4565-professor-quentin-skinner). (photo publiée sur le site : http://iphilo.fr/2013/11/26/la-verite-et-lhistorien-quentin-skinner/)

Quentin Robert Duthie SKINNER est l'un des plus éminent théoricien et historien de la pensée politique en Grande-Bretagne, et un ardent promoteur d'un « républicanisme » contemporain. Il a beaucoup écrit sur différents sujets allant du républicanisme à la Réforme, Machiavel, Hobbes, Shakespeare, Milton, ainsi que sur la liberté : la société moderne a-t-elle perdu le contact avec les conceptions romaines de la liberté, et à quel prix ? Telles semblent être les interrogations fondamentales guidant aujourd’hui sa réflexion. Skinner est actuellement professeur de sciences humaines à la chaire Barber Beaumont de l'Université Queen Mary de Londres (sa page personnelle : http://www.history.qmul.ac.uk/staff/profile/4565-professor-quentin-skinner). (photo publiée sur le site : http://iphilo.fr/2013/11/26/la-verite-et-lhistorien-quentin-skinner/)

Richard MARSHALL est éditeur et contributeur de la revue 3 :AM Magazine, au nom de laquelle il mène l’entretien. (articles de Marshall sur le site de 3:AM à l'adresse : http://www.3ammagazine.com/3am/?s=%22richard+marshall%22).

Richard MARSHALL est éditeur et contributeur de la revue 3 :AM Magazine, au nom de laquelle il mène l’entretien. (articles de Marshall sur le site de 3:AM à l'adresse : http://www.3ammagazine.com/3am/?s=%22richard+marshall%22).

 

 

Nous publions cet entretien pour les aperçus remarquables qu'il offre sur la notion de liberté, sur les limites de sa compréhension moderne influencée par le courant dit "libéral", et sur les implications qu'offre la prise en compte d'une conception de la liberté plus complète, plus juste, mais aussi plus difficile à mettre en oeuvre et à garantir, pour chacun d'entre nous comme pour les sociétés où nous vivons. Force est de constater qu'une vision limitée de la liberté s'accomode fort bien de certaines soumissions : c'est ce que veut ici souligner M. Quentin Skinner.

 

La fin de l'entretien porte sur l'omni-surveillance dénoncée par Edward Snowden, ancien collaborateur de l'agence d'espionnage américaine NSA. Elle montre comment se met en place, non pas une dictature nouvelle et inconnue à ce jour, mais le dispositif propice à l'installation d'un tel régime. Or dans le contexte de fusion des Etats et des systèmes bancaires totalement gangrénés, des économies hyper-financiarisées et des Etats totalement endettés, de la soustraction des flux, des firmes multinationales, et des comptabilités économiques au contrôle juridique et politique comme à l'impôt, de la guerre économique totale déclarée entre les Etats sur fond de déflation sans fin, d'effondrement démographique, de prolifération du chômage structurel et du travail pauvre voire misérable, de destruction du salariat classique et de dumping, de manipulations monétaires, etc, les "autorités" politiques (dont le rôle devient la simple gestion d'un bétail travailleur ou exclu du travail, destiné à l'enrichissement de classes possédantes gavées de capitaux et fondées sur la cooptation), le devenir de ce système de surveillance n'est que trop clair : il s'agit d'un outil parmi d'autres pour mener la guerre interne (contre toute résistance à l'embrigadement servile dans la soumission à l'idéologie néolibérale) et externe (contre les groupes possédants ennemis des féodalités adverses).

 

Soulignons aussi que cette logique n'épargne aucun Etat embarqué dans la guerre économique mondiale qu'on affuble du nom bien vague de "mondialisation" ; et rappelons que les firmes qui ont les moyens de le faire se servent bien évidemment de ces capacités techniques (espionnage économique, collecte des données, etc), quand elles n'utilisent pas les services des Etats pour y parvenir.

 

La surveillance généralisée a cet effet étrange de produire de l'auto-censure, c'est-à-dire de l'hypocrisie et de la langue de bois, avant de passer à l'auto-intoxication idéologique à très grande échelle : elle appauvrit la pensée en lui ôtant la possibilité de s'exprimer sans crainte et de se confronter à des conceptions différentes ou susceptibles de remettre en cause l'ordre des choses admises et de la doxa. Elle opère comme cet oeil dont parle Hugo, qui suit Caïn jusque dans la tombe : mais elle en inverse les significations et en détourne monstrueusement l'objet. Alors que la conscience est remords d'avoir mal agi ou mal dit, l'auto-censure est crainte d'avoir bien pensé ou bien fait : on se reproche d'être honnête ou de souhaiter ouvertement la justice, on s'inquiète d'exprimer une révolte ou un sens critique, on se condamne pour avoir fait preuve de lucidité ou de liberté, car, peut-être cet élan utopique hors d'une situation détestée nous sera-t-il reproché. C'est "l'oeil rouge" et diabolique de "Sauron", personnage inventé par le romancier J. R. R. Tolkien, qui vous scrute et perçoit immédiatement la "bonne volonté" en vous comme un ennemi à éradiquer. La conscience a le sentiment glaçant d'être nue, ouverte à tous les vents comme un "open space". Alors l'examen d'une conscience assujetie devient auto-contrôle pervers qui ruine l'épanouissement du sens moral par renversement de ses finalités : on ne se permet plus que la bêtise ou l'insignifiance, et on s'empresse d'étouffer tout élan d'intelligence, de courage et de bonté, toute autonomie intellectuelle en soi-même, comme autant de signes de "faiblesses" exploitable par le pouvoir scrutateur. Une sorte de "direction perverse de conscience", mais intériorisée !

 

Sources : Victor HUGO, La légende des siècles, "la conscience" :

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/la_conscience.html

 

J.R.R. TOLKIEN pour les références :

http://www.tolkienfrance.net/forum/archive/index.php?t-1099.html) 

 

Bonne lecture !

 

(source : YIMBO sur Tumblr)

(source : YIMBO sur Tumblr)

(source : YIMBO sur Tumblr)

(source : YIMBO sur Tumblr)

 

 

3:AM : « Vous êtes un spécialiste réputé de l'histoire politique, et en particulier de lélaboration des idées [politiques] autour du [concept de] la liberté humaine (the formation of ideas around human liberty). Une des notions-clés, dans vos livres, est ce que vous nommez la « liberté néo-romaine » (neo-Romanliberty). Cela a débuté dans la Rome antique : dans cette Rome la liberté fut comparée à l'esclavage, n'est-ce pas ? Pouvez-vous nous expliquer ce qui caractérise cette idée ?

 

SKINNER : Cest dans le Digeste (Digest of Roman Law) que se trouve articulée le plus clairement la conception de la liberté personnelle (the vision of personal freedom) qui m'intéresse ; cest pour cette raison que, plus tard, jai choisi de qualifier ses manifestations ultérieures dexemples de la liberté « néo-romaine ». La distinction fondamentale au début du Digeste est celle qui sépare le liber homo, la personne libre, du servus, lesclave. La loi devait commencer par cette opposition (contrast), parce quelle ne s'applique qu'aux personnes libres, non aux esclaves. Donc, une question cruciale était : quest-ce qui fait [de quelquun] un esclave ? La réponse donnée par les textes juridiques est que l'esclave est une personne qui est in potestate, au pouvoir d'un maître (in the power of a master). Cela le différencie davec quelqu'un qui est sui iuris, capable d'agir dans son propre droit (able to act in their own right). Longtemps avant de se trouver résumés dans les textes juridiques, ces arguments avaient été élaborés par un certain nombre de moralistes et dhistoriens romains, tout particulièrement par Salluste, Tite-Live et Tacite. Ces auteurs se sont intéressés à la question plus large de savoir ce que cela signifie de dire à propos dindividus - ou même de groupes entiers de personnesquils ont été faits pour vivre comme des esclaves (made to live in the manner of slaves). La réponse qu'ils donnent à ce problème est que, lorsque vous êtes assujetti à la volonté arbitraire dautres personnes, de telle sorte que vous dépendez de leur seule bonne volonté, alors on peut dire que vous vivez dans la servitude, aussi élevée soit votre condition (position) dans la société. Ainsi, Tacite par exemple, parle de la servitude de l'ensemble de la classe sénatoriale sous l'empereur Tibère, tant leur soumission à ses caprices assassins était complète (so wholly subject were they to is lethal caprice).

 

 

TACITE (en latin Publius Cornelius Tacitus) est un historien et sénateur romain originaire de Gaule, né en 58 et mort vers 120 ap. J.-C.

TACITE (en latin Publius Cornelius Tacitus) est un historien et sénateur romain originaire de Gaule, né en 58 et mort vers 120 ap. J.-C.

 

 

3:AM : Cette pensée s'est développée, puis est devenue une formidable idée politique pendant la Renaissance italienne, n'est-ce pas ? Machiavel a-t-il été influencé, positivement ou négativement, par cette conception ?

 

SKINNER : Oui , cette vision de la liberté est celle qui sous-tend les discussions de la Renaissance italienne sur le vivere libero, autrement dit, sur le genre de constitution nécessaire à la préservation dun mode de vie libre. Machiavel fut sans aucun doute profondément influencé par ces idées. Vous me demandez si cette influence a été positive : si vous entendez par la question de savoir s'il approuvait l'analyse néo-romaine, je dirais qu'il y adhérait catégoriquement (he emphatically endorsed it).

 

 

LIBERTÉ, LIBÉRALISME ET SURVEILLANCE : UN APERÇU HISTORIQUE

 

 

Le principal accord (engagement) de Machiavel avec la vision néo-romaine de la liberté se trouve dans ses Discorsi, achevés vers 1520. Ces « discours » prennent la forme d'un commentaire sur les dix premiers livres de l'Histoire romaine de Tite-Live. Au début de son livre deux, Tite-Live oppose le manque de liberté subi par Rome sous ses premiers rois, à la civitas libera, l'État libre que les gens furent capables dédifier, avec des consuls élus à la place des rois héréditaires, après l'expulsion des Tarquins. Machiavel approuve pleinement l'hypothèse de Tite-Live, selon qui la question fondamentale à poser, lorsquon réfléchit à la liberté politique, est : « comment distinguer la liberté et la servitude ? » ; et il reconnaît également que le pouvoir arbitraire exercé par les premiers rois de Rome a conduit les citoyens du corps social (the citizen body) à vivre comme des esclaves. Le terme servitù est toujours celui qu'il utilise pour décrire la manière dont un individu ou un peuple, vivant dans la sujétion au pouvoir discrétionnaire de quelqu'un d'autre, subiront une perte de liberté, que le pouvoir soit interne à l'organisation politique (internal to the polity) (sous la forme d'un prince ou d'un pouvoir oligarchique exerçant un contrôle arbitraire) ou externe (sous la forme d' une puissance colonisatrice).

 

 

TITE-LIVE (en latin Titus Livius) hitorien romain originaire de Padoue, né en 59 avant notre ère, mort en 17.

TITE-LIVE (en latin Titus Livius) hitorien romain originaire de Padoue, né en 59 avant notre ère, mort en 17.

 

 

3:AM : Cela a-t-il exercé une influence sur le développement, chez les luthériens et les calvinistes, et chez d'autres groupes religieux de l'époque, de l'idée de "droit de protester, de résister, et de se révolter" ?

 

SKINNER : Le droit de résistance (right of resistance) développé au cours des luttes de la Réforme, fut essentiellement fondé sur des notions classiques, mais [il trouve son origine] principalement dans ​​la maxime du droit romain affirmant que : « vim vi licet repellere », qu'il est toujours légitime (lawful) de résister à la force injuste par la force. Le contraste entre la liberté et la servitude est certainement important pour les grands penseurs de la Réforme, aussi bien pour Luther que pour Calvin. Mais c'est surtout parce qu'ils étaient prédestinationistes, et rejetaient l'idée même de liberté humaine, au nom de l'affirmation selon laquelle nous sommes tous esclaves du péché et nen serons libérés que par la grâce divine.

 

3:AM : Comment [la conception néo-romaine] sest-elle développée en Grande-Bretagne ? Shakespeare a-t-il eu connaissance de ce genre de [notions en provenance] de Rome, et les a-t-il illustrées (presented) ?

 

SKINNER : Shakespeare dit bien des choses (has much to say) dans ses pièces romaines, et en particulier dans Julius Caesar, à propos de l'affirmation selon laquelle, si une entité politique (polity) tombe sous la coupe (falls under the will) d'une seule personne, elle devient esclave (enslaved), tout comme les individus deviennent esclaves, lorsquils sont assujettis à un maître. Quand Brutus sadresse aux plébéiens dans l'acte III, sa justification pour lassassinat de César est que sa mort était nécessaire pour que Rome reste libre, et pour empêcher ses citoyens de devenir des esclaves.

 

 

Le fantôme de César continue de hanter Brutus à la veille de sa défaite (gravue sur plaque de cuivre par Edward Scriven, d'après une peinture de Richard Westall, Londres, 1802)

Le fantôme de César continue de hanter Brutus à la veille de sa défaite (gravue sur plaque de cuivre par Edward Scriven, d'après une peinture de Richard Westall, Londres, 1802)

 

 

3:AM : Cest devenu important au cours de la guerre civile anglaise des années 1640, n'est-ce pas ? Milton n'a-t-il pas élaboré sa pensée en partant des concepts d'une politique contre l'esclavage (around the ideas of a politics against slavery) ?

 

SKINNER : Oui , John Milton offre une vue purement néo-romaine de la liberté et des États libres dans ses deux principaux manifestes politiques (political tracts) publiés après l'exécution de Charles Ier1. Dans son Tenure of kings and magistrate («  Le mandat des Rois et des magistrats », 1649), il affirme quaussi longtemps que les gens seront incapables de se gouverner, ils vivront comme des esclaves, car ils vivront sous la volonté de quelqu'un d'autre. A la veille de la Restauration, Milton publia The Ready and Easy Way to Establish a Free Commonwealth (« Le moyen disponible et facile pour établir un Commonwealth libre », 1660), dans lequel il présente la monarchie comme une forme asservissante de gouvernement. Son argument est que les rois jouissent toujours de pouvoirs prérogatifs (prerogative powers), et que de tels pouvoirs sont, par définition discrétionnaires. Mais vivre soumis à la seule discrétion d'une autre personne signifie justement vivre comme un esclave. Donc il exhorte les gens, dans ces deux textes, à conserver le pouvoir politique dans leurs propres mains, car cest le seul moyen de préserver (uphold) leur liberté politique.

 

1Traduits en français : Ecrits politiques de John MILTON, traduits par Marie-Madeleine Martinet, Paris, Belin, 1993.

 

 

Portrait de John MILTON (1608-1674) à la National Portrait Gallery de Londres. Secrétaire d'Etat aux langues étrangères, il s'occupe de la réprésentation auprès de l'étranger, dans l'éphémère République britannique. Emprisonné à la tour de Londres après la chute du Commonwealth, il sera assez rapidement libéré.

Portrait de John MILTON (1608-1674) à la National Portrait Gallery de Londres. Secrétaire d'Etat aux langues étrangères, il s'occupe de la réprésentation auprès de l'étranger, dans l'éphémère République britannique. Emprisonné à la tour de Londres après la chute du Commonwealth, il sera assez rapidement libéré.

 

 

3:AM : Hobbes s'opposa à la conception de la liberté du républicanisme romain, n'est-ce pas ? Quelle conception différente proposa-t-il ? Sinspira-t-il dune tradition distincte, ou développa-t-il ses idées à travers ses polémiques, construisant sa théorie en quelque sorte à partir des débats du jour ?

 

SKINNER : Hobbes a changé d'avis au sujet de la nature de la liberté politique. Lorsqu'il fait circuler son premier traité politique, les Elements of Law1, en 1640, il accepte encore la vision classique selon laquelle les individus ne sont pas libres, s'ils sont dépendants de la volonté de quelqu'un d'autre. Il fait valoir, néanmoins, que pour assurer la paix et empêcher un retour à l'état de nature - qu'il assimile à un état ​​de guerre - il est essentiel de mettre en place une forme absolue (an absolute form) d'autorité souveraine, à laquelle nous nous soumettons. Mais il admet que, si vous vous soumettez à la volonté d'un tel souverain, vous perdez de ce fait votre liberté, qui consiste en l'absence de toute soumission et de toute dépendance de ce genre. Sa réponse à ce stade est [donc] : si ce que vous voulez, c'est la paix, vous devrez renoncer à la liberté.

 

[Mais] lorsqu'il publie l'ouvrage politique suivant, son De Cive2 de 1642, il change d'avis. Il affirme maintenant que, dans l'établissement de la puissance souveraine, nous n'avons pas à renoncer à notre liberté ; et il établit cela en montrant que personne n'a correctement compris la véritable nature de la liberté personnelle (the true character of personal liberty). La liberté individuelle, affirme-t-il maintenant, ne consiste pas à rester indépendant de la volonté d'autrui, mais simplement à ne pas être empêché d'agir comme nous allons le faire (not being obstructed from acting as we will). La liberté n'est pas l'absence de dépendance ; elle est tout simplement l'absence d'obstacles extérieurs au mouvement. Ce point de vue est fondé sur la croyance fondamentale hobbesienne selon laquelle rien d'autre n'existe réellement dans le monde, si ce n'est de la matière en mouvement. Compte tenu de cette ontologie, il est conduit à penser (commited to the view) que le seul sens que nous pouvons accorder à l'idée (the only sense we can make of the idea) de liberté humaine, est de la considérer comme la liberté que possède un objet de se mouvoir. À ce titre, vous êtes non-libre (unfree) si vos mouvements sont entravés par des obstacles extérieurs, et au contraire libre si vous êtes en mesure de vous déplacer sans en être empêché.

1Traduit en français : Eléments de la loi naturelle et politique, Paris, Livre de poche, 2003.

2Traduit en français : Le citoyen ou les fondements de la politique, Paris, GF Flammarion.

 

 

Thomas HOBBES (1588-1679)

Thomas HOBBES (1588-1679)

 

 

3:AM : Donc Hobbes pensait que, même sous le régime de législation le plus coercitif, les gens restent libres. Comment Hobbes défend-il un tel argument, sachant que cela ne semble pas, à première vue, très convaincant ?

 

SKINNER : L'argument de Hobbes sur le droit et la liberté - développé de façon très détaillée au chapitre 21 du Léviathan1 intitulé : « De la liberté des sujets » -, repose sur la manière dont Hobbes envisage le fonctionnement des lois. Il maintient - et c'est parfaitement plausible - que la principale raison pour laquelle les gens obéissent à la loi, c'est qu'ils sont davantage effrayés par les conséquences de la désobéissance. Mais comme il le remarque alors, la peur ne [nous] enlève pas la liberté (fear does not take away freedom). La liberté, selon la nouvelle définition de Hobbes, n'est ôtée que par des obstacles extérieurs et physiques au mouvement. Mais la peur n'est pas un obstacle externe (external impediment). Au contraire, la peur est une force motivante (motivating force), et qui nous pousse généralement à obéir (drives us to obey). Par conséquent, il insiste sur le fait que, lorsque nous obéissons à la loi, nous le faisons toujours librement, et nous sommes toujours libres de désobéir. Je suis d'accord qu'à première vue, l'argument ne semble pas convaincant, mais si vous vous souvenez de la façon dont Hobbes définit la liberté humaine, alors vous pouvez constater qu'au moins, il est tout à fait cohérent.

 

3:AM : Pourquoi Hobbes était-il si opposé à la conception romaine ? Voulait-il la paix à tout prix, ou était-il personnellement hostile aux parlementaires ?

 

SKINNER : On est réduit aux conjectures ; mais j'ai l'impression que Hobbes s'inquiétait de l'ampleur des choses qui pourraient être exigées au nom de la liberté, si l'on ne remettait pas en question la théorie néo-romaine. C'est une conséquence évidente et cruciale de la théorie néo-romaine qu'il vous est possible de ne pas être libre, malgré l'absence de toute menace coercitive. Cela parce que, si vous vivez en dépendant de la bonne volonté de quelqu'un d'autre, il est certain que vous vous auto-censurerez (you will be sure to self-censor), dans l'espoir d'éviter les ennuis. Mais cela aura pour effet de limiter votre propre liberté. Cette limitation, toutefois, sera provoquée principalement par votre situation par rapport à une autre personne, et pas nécessairement par un acte de coercition de sa part. Pour garantir votre liberté (to secure your liberty), dans ce cas, ce qui doit être garanti est votre liberté (freedom) à l'égard d'une telle dépendance. Mais c'est beaucoup demander à l'État, et Hobbes semble avoir estimé que la demande était une demande excessive. Une autre raison de l'hostilité de Hobbes, liée à la précédente, était, je pense, son désir de défendre (vindicate), contre les républicains de sa génération, la validité de la monarchie absolue. Comme nous l'avons vu, dans les mains d'un écrivain comme Milton, la monarchie est stigmatisée comme une inévitable source d'esclavage. Hobbes veut défendre la monarchie comme forme légitime de gouvernement, il a donc besoin de rejeter le point de vue qu'il avait épousé précédemment, à savoir que la dépendance en elle-même enlève la liberté.

1Traduit en français : Léviathan, de Thomas HOBBES, Folio Essais, Paris, Gallimard, 2000.

 

 

Frontispice de l'édition de 1651 du Léviathan de Hobbes (suivi d'une vue de détail)
Frontispice de l'édition de 1651 du Léviathan de Hobbes (suivi d'une vue de détail)

Frontispice de l'édition de 1651 du Léviathan de Hobbes (suivi d'une vue de détail)

LIBERTÉ, LIBÉRALISME ET SURVEILLANCE : UN APERÇU HISTORIQUE

 

 

3 :AM : Et après cette période, qu'est-il arrivé aux deux espèces de liberté ? Locke fut probablement plus hobbesien, et Rousseau plus romain ?

 

SKINNER : Les vues de Hobbes n'ont pas été immédiatement reprises dans le discours politique anglophone. Au contraire, il y eut une sorte de réaction contre elles. Locke continue d'affirmer que le pouvoir arbitraire ôte la liberté. Cette assertion est en effet le principal argument à partir duquel se développe son point de vue sur le droit de résister à la tyrannie. La revendication hobbesienne rivale, selon laquelle la liberté ne consiste pas en l'absence de dépendance, mais seulement en l'absence d'obstacles, ne devint orthodoxe dans la théorie politique anglaise qu'avec la montée de l'utilitarisme classique au XVIIIe siècle. Hume, dans plusieurs de ses essais, tourne en ridicule l'idée que la dépendance en elle-même [vous] enlève la liberté ; et avec Bentham et Paley à la fin du siècle, vous trouverez une claire articulation de la thèse selon laquelle nous sommes libres, à condition que personne n'interfère avec l'exercice de nos pouvoirs. À l'opposé, Rousseau est certainement, comme vous le dites, l'écrivain de premier plan qui continue d'insister sur la conception romaine de la liberté. Pour Rousseau, vous ne pouvez en aucun cas prétendre être libre, si vous êtes soumis à la volonté de quelqu'un d'autre. Rousseau est obsédé par l'importance de maintenir son indépendance, et d'échapper à la servilité (servility) qu'il constatait partout autour de lui.

 

3 :AM : Marx avait-il connaissance de cette distinction ? Aurait-il, a-t-il pris parti pour Hobbes ? Ou plutôt pour l'idée romaine ?

 

SKINNER : C'est une question qui exigerait bien plus de recherches qu'elle n'en a fait l'objet jusqu'ici. Je suis très frappé (struck) par la fréquence avec laquelle Marx déploie, à sa manière, un vocabulaire politique néo-romain. Il parle des esclaves salariés (wage slaves), et il parle de la dictature du prolétariat. Il insiste sur le fait que, si vous n'êtes libre que de vendre votre travail, vous n'êtes pas libre du tout. Il accuse le capitalisme d'être une forme de servitude. Ce sont des choix moraux (moral commitments) caractéristiquement néo-romains.

 

3:AM : Cette distinction semble cruciale et pourrait expliquer pourquoi le républicanisme peut sembler disposé à accueillir un éventail si large d'opinions politiques, depuis l'autoritarisme extrême au nom de la liberté, jusqu'au collectivisme, non ? Notre aveuglement historique est-il un obstacle à notre capacité à comprendre un grand nombre de contre-courants de notre situation actuelle ? Je devine que le problème, ici, est le rôle de l'histoire, et [comment] avoir une perspective historique.

 

SKINNER : Je n'associe pas pour ma part les théories néo-romaines avec ce que vous nommez l'autoritarisme au nom de la liberté. En général cet autoritarisme (springs), il me semble, naît de l'hypothèse qu'il existe certaines vraies finalités de l'humanité (certain true ends for mankind), et que la liberté consiste à les suivre. Un exemple serait la croyance aristotélicienne selon laquelle notre liberté est le mieux réalisée [lorsqu'elle se consacre] au service de la communauté. Un autre exemple serait la croyance chrétienne rivale que nous n'atteignons la vraie liberté la liberté chrétienne ») qu'en servant Dieu. Ces arguments paradoxaux - dans laquelle la liberté est connectée avec le service - diffèrent de l'idéal fondamental néo-romain, selon lequel la liberté consiste dans l'indépendance à l'égard de la volonté arbitraire d'autrui. Le désir d'être affranchi de ce pouvoir discrétionnaire n'a pas à être soutenu (to be held), en vertu de la croyance selon laquelle nous devons faire en sorte d'utiliser notre indépendance pour agir de certaines façons particulières. La théorie néo-romaine n'a pas pour objet (is not interested in) de vous dire comment vous devez faire usage de votre liberté ; elle souhaite simplement que vous épousiez un point de vue particulier sur la façon dont la liberté doit être entendue. Je suis entièrement d'accord avec vous quand vous évoquez notre aveuglement historique actuel. Je pense que nous nous sommes fermés à la compréhension d'une part importante de notre histoire en ne percevant pas que, jusqu'à une époque relativement récente, le concept de liberté était généralement entendu d'une manière que l'on trouve maintenant étrange (unfamiliar) et même difficile à saisir. Nous avons tendance à penser à la liberté essentiellement comme un prédicat d'actions (a predicate of actions). Mais la tradition antérieure prenait la liberté essentiellement pour un statut (status), celui d'une personne libre, par opposition à un esclave. Permettez-moi de terminer en prolongeant le fil de vos dernières réflexions. Je crois qu'en un certain sens, nous ne parvenons pas à comprendre certaines caractéristiques de notre situation contemporaine, à cause de notre incapacité à saisir la manière néo-romaine de penser la liberté. Pour un penseur néo-romain, un grand nombre de situations qui dans une société de marché sont considérées comme libres - voire comme paradigmatiques de la liberté - apparaissent comme des exemples de servitude. La situation des travailleurs privés de syndicat (the predicament of de-unionized labour), de ceux qui vivent dans des conditions de dépendance économique (economic demendance), de ceux notamment qui vivent dans la dépendance à légard de conjoints [ou proches] violents (violent partners), et de groupes entiers de citoyens (entire citizen-bodies) dont les assemblées représentatives ont perdu le pouvoir au profit des dirigeants (lost power to executives)toutes ces situations constituent aux yeux dun théoricien néo-romain autant dillustrations de : « être fait pour vivre comme des esclaves ».

 

OpenDemocracy / 3 :AM : Vous citez la dépendance économique des travailleurs non-syndiqués, le rôle de la violence tyrannique dans la famille, et la façon dont les parlements sont asservis par (suborned by) un pouvoir exécutif non élu, mais vous ne mentionnez pas la croissance du pouvoir des firmes (the rise of corporate power) en tant que menace à la liberté. Considérez-vous le libre marché (free market) comme essentiel à la liberté au plein sens du terme, le sens que vous défendez ?

 

SKINNER : Le pouvoir des entreprises (corporations) me semble capable de poser une grave menace à la liberté, notamment par leur capacité à faire pression sur les Etats, notamment les Etats en développement. Supposons quune société veuille investir dans un pays, mais estime que ses lois sur l'environnement, ou sa réglementation du travail, sont excessivement exigeants. Elle peut aisément faire pression sur le gouvernement concerné, en particulier dans le cas des États en développement, pour quil lexempte de ces obligations. Nul besoin de menacer de refuser l'investissement si ces privilèges ne sont pas accordés. Il peut suffire que le gouvernement soit conscient quil risque de perdre l'investissement, si des privilèges spéciaux ne sont pas accordés, pour quil accepte de les accorder. Le gouvernement, en d'autres termes, est placé dans l'obligation de se comporter d'une manière servile qui peut également être antidémocratique, dans la mesure les lois adoptées par les représentants du peuple peuvent se trouver mises entre parenthèse. Et cela ne concerne pas seulement le problème de la puissance des sociétés multinationales dans leurs relations avec les États en développement. Pensez aux avantages fiscaux que les multinationales reçoivent dans [notre] pays, et à la récente révélation selon laquelle certaines sont autorisées à ne pratiquement payer aucun impôt sur les sociétés (no corporate tax at all).

 

OpenDemocracy / 3:AM : Des révélations récentes montrent clairement que les services de renseignement de l'État [US], alliés à des sociétés spécialisées, soit sont les « Maîtres dInternet », soit tentent de le devenir ; et quils cartographient et enregistrent toutes nos métadonnées, pistant (tracing) chaque relation électronique, chaque recherche sur le web, chaque conversation sur Skype et chaque message-texte que nous écrivons. Or la réaction globale des médias britanniques, de la BBC au Telegraph ou aux journaux de Rupert Murdoch1, est : « À quoi vous attendiez vous ? Tout le monde le fait ? Qu'avez-vous à cacher ? » ! Quel impact ont vos arguments sur la question de la surveillance ?

 

SKINNER : L'idée qu'il n'y a pas de problème avec la surveillance aussi longtemps que vous n'avez rien à cacher, souligne simplement la complaisance [envers elle] de la vision libérale de la liberté (liberal view), par opposition à la conception républicaine (republican one). Le libéral pense que vous êtes libre, aussi longtemps que vous n'êtes pas sous la contrainte (you are free so long as you are not coerced). Le républicain est bien entendu d'accord avec lidée que, si vous êtes sous la contrainte, alors vous n'êtes pas libre. En revanche, la liberté pour lui ne consiste pas à être affranchi de toute contrainte empêchant laction (free from coercion in respect of some action), mais plutôt à être affranchi de la possibilité dune coercition empêchant laction (free from the possibility of coercion in respect of it).

 

Lorsque William Hague déclare à la Chambre des communes que nul n'a rien à craindre, tant qu'il na rien à se reprocher, il passe à côté dun aspect absolument crucial de la liberté. Pour être libre, nous navons pas seulement besoin dêtre débarrassés de la peur de l'ingérence (to have no fear of interference), mais aussi de la crainte qu'il pourrait y avoir ingérence (no fear that there could be interference). Mais cest une garantie (assurance) que précisément on ne peut donner, si nos actions sont sous surveillance. Tant que la surveillance se poursuit, il est toujours possible de voir notre liberté d'action limitée, si [ceux qui nous surveillent] décident de la limiter. Le fait qu'ils puissent ne pas faire ce choix ne nous rend en aucune façon moins libre, parce que nous ne sommes pas libérés de la surveillance et des usages qui peuvent en être fait. Ce n'est que lorsque nous sommes libres de ces invasions possibles de nos droits (invasion of our rights) que nous sommes libres, et cette liberté ne peut être garantie que ne sexerce aucune surveillance.

 

Il me semble de grande importance, que le simple fait de l'existence de la surveillance nous ôte la liberté. La réponse de ceux qui sont préoccupés par la surveillance a été jusqu'ici trop souvent formulée, je crois, en termes de violation du droit à la vie privée. Bien sûr, il est vrai que ma vie privée (privacy) est violée si quelqu'un lit mes courriels à mon insu. Mais mon argument est que ma liberté est également violée, non pas seulement du fait que quelqu'un est en train de lire mes courriels, mais aussi par le fait que quelqu'un a le pouvoir de le faire, s'ils le souhaite. Nous devons affirmer de façon insistante quen soi, ce genre de chose enlève la liberté, car il nous laisse à la merci de d'un pouvoir arbitraire. Que ceux qui possèdent ce pouvoir promettent qu'ils n'en feront pas nécessairement usage ne change rien, pas plus que la promesse d'en faire usage uniquement pour le bien commun. Ce qui est offensant pour la liberté est l'existence même de ce pouvoir arbitraire.

 

La situation est bien pire une fois que vous découvrez - comme nous le savons tous maintenant - que nous sommes en fait soumis à la surveillance. À partir de cet instant, il y a un risque que nous puissions commencer à nous auto-censurer (self-censor), face au fait reconnu que nous pouvons être épiés (being scrutinized) par des forces puissantes et potentiellement hostiles. Le problème n'est pas que nous savons que quelque chose va nous arriver si nous disons certaines choses. C'est plutôt que nous ne savons pas ce qui peut nous arriver. Peut-être ne se passera-t-il rien. Mais nous ne pouvons pas en être sûr, et nous avons donc bien trop tendance à garder le silence, à l'auto-censure. Or il s'agit d'atteintes (infringements) à la liberté, même selon le point de vue libéral. Donc le libéral et le républicain peuvent s'accorder pour dire que, si les structures du pouvoir sont telles que je me sens obligé de limiter ma liberté d'expression, alors ma liberté a, sur ce point, été ébranlée (undermined).

 

On peut bien sûr objecter que la liberté n'est qu'une valeur parmi d'autres, et que la liberté peut parfois être compromise (compromized), au nom d'autres valeurs supposément plus élevées, comme la sécurité. Une réponse possible est que nous sommes peut-être trop disposés, en ce moment, à autoriser des questions de sécurité l'emporter sur des questions de liberté. Mais même si ce n'est pas le cas, la situation actuelle me semble intenable dans une société démocratique. Admettons qu'une des obligations incontestables de l'État est de maintenir la sécurité. Admettons aussi que cela peut nécessiter un certain niveau de surveillance. Mais s'il faut que les pouvoirs qui en sont le résultat soient démocratiquement exercés, alors plusieurs limitations (constraints), qui ne sont pas actuellement en place, devront être imposées : les gens doivent savoir à l'avance exactement quelles activités sont soumises à la surveillance, et pourquoi ; et quelles sanctions seront potentiellement encourues ; enfin l'utilisation de la surveillance devra être entreprise par des organismes qui ont à rendre des comptes devant le Parlement (bodies that have to respond to Parliament), pas uniquement devant l' exécutif, à qui, bien souvent, nous n'avons aucune bonne raison de faire confiance. »

 

1 A propos de M. Murdoch, Wikipedia donne une petite idée des principaux titres de l'empire Murdoch intégrés dans News Corporation, Fox, Sky, etc, véhicules commodes pour les opinions de leur propriétaire :

(http://fr.wikipedia.org/wiki/News_Corporation). Dans la masse, on remarque Market Watch (important site internet US pour les boursicoteurs et qu'on imagine plein de "bons conseils"), le Wall Street Journal (Europe et USA), The Times (anglais), le New York Post, le tabloïd anglais The Sun qui lui vaut ses ennuis judiciaires au Royaume-Uni, un nombre incroyable de journaux australiens, le magazine Wired, un nombre incroyable de chaînes américaines autour de Fox television stations, des chaînes européennes avec Sky, d'autres en Asie, etc etc. Intéressant également, l'article suggestif de Mediapart sur les rapports de Murdoch avec l'industrie du tabac :

http://blogs.mediapart.fr/blog/victimes-du-tabac/250413/rupert-murdoch-son-empire-mediatique-et-philip-morris

 

 

QUELQUES OEUVRES DE QUENTIN SKINNER TRADUITES EN FRANCAIS :

LIBERTÉ, LIBÉRALISME ET SURVEILLANCE : UN APERÇU HISTORIQUE
LIBERTÉ, LIBÉRALISME ET SURVEILLANCE : UN APERÇU HISTORIQUE
LIBERTÉ, LIBÉRALISME ET SURVEILLANCE : UN APERÇU HISTORIQUE

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