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PHILOSOPHIES

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Aliments pour une réflexion philosophique


[DOCUMENT : partie 1] LA CRISE SYSTÉMIQUE DE L'EURO - VRAIES CAUSES ET THÉRAPIES EFFICACES par HEINER FLASSBECK et COSTAS LAPAVITSAS.

Publié par medomai sur 3 Mai 2014, 15:21pm

Catégories : #POLITIQUE, #EUROPE, #EURO, #CRISE, #ECONOMIE, #FLASSBECK, #LAPAVITSAS, #ALLEMAGNE

[DOCUMENT : partie 1] LA CRISE SYSTÉMIQUE DE L'EURO - VRAIES CAUSES ET THÉRAPIES EFFICACES  par HEINER FLASSBECK et COSTAS LAPAVITSAS.

 

LA CRISE SYSTÉMIQUE DE L'EURO - VRAIES CAUSES ET THÉRAPIES EFFICACES

 

CHAPITRE I

 

Par HEINER FLASSBECK et COSTAS LAPAVITSAS.
 

(Traduction de THE SYSTEMIC CRISIS OF THE EURO - TRUE CAUSES AND EFFECTIVE THERAPIES, Rosa-Luxemburg-Stiftung, Berlin, mai 2013)

 

 

 

DOCUMENT PDF ORIGINAL DISPONIBLE EN ALLEMAND ET ANGLAIS ICI :

http://www.sahra-wagenknecht.de/de/article/1679.eurostudie-in-berlin-vorgestellt.html?sstr=flassbeck

 

 

 

VOIR CHAPITRE II

VOIR CHAPITRE III

VOIR CHAPITRE IV

VOIR CHAPITRE V

VOIR CHAPITRE VI

 

 

 

Commentaire : n'étant pas économiste, je ne suis pas en mesure de porter un jugement suffisamment solide sur les conclusions de ce texte. Mais l'attitude des Sociaux-démocrates et de la CDU aujourd'hui au gouvernement à Berlin laisse à penser que ce document - quoi qu'on en dise - a donné aux responsables politiques et économiques allemands à réfléchir. 

Tous ceux qui prétendent défendre le maintien d'une monnaie unique doivent répondre à ce texte non pas par des propositions... mais par des actes immédiats de solidarité européenne réels et consistants. Dans le cas contraire, celle-ci est probablement à moyen terme politiquement condamnée. Car en dehors des actes, le reste n'est qu'illusion et se verra répondre dans les urnes par les peuples européens ce que la bergère répondit au berger : paroles, paroles... fariboles !

 

***

Par HEINER FLASSBECK et COSTAS LAPAVITSAS.
M. Heiner FLASSBECK (né en 1950) est diplômé en économie de l'Université de Sarre, en Allemagne, Ph.D. de l'Université libre de Berlin (1987), professeur honoraire à l'Université de Hambourg, membre du Secrétariat de la CNUCED (Nations Unies) à Genève depuis 2000 ; depuis 2003 directeur de la division sur la mondialisation et les stratégies de développement ; chef de l'équipe qui prépare le Rapport sur le commerce et le développement. Ancien vice-ministre des Finances en Allemagne auprès d'Oskar Lafontaine (oct.1998-avr.1999) et économiste en chef de l'Institut allemand de recherche économique (DIW) de Berlin depuis 1990 (Source supplémentaire : Wikipédia, consulté le 24/05/2013).

M. Heiner FLASSBECK (né en 1950) est diplômé en économie de l'Université de Sarre, en Allemagne, Ph.D. de l'Université libre de Berlin (1987), professeur honoraire à l'Université de Hambourg, membre du Secrétariat de la CNUCED (Nations Unies) à Genève depuis 2000 ; depuis 2003 directeur de la division sur la mondialisation et les stratégies de développement ; chef de l'équipe qui prépare le Rapport sur le commerce et le développement. Ancien vice-ministre des Finances en Allemagne auprès d'Oskar Lafontaine (oct.1998-avr.1999) et économiste en chef de l'Institut allemand de recherche économique (DIW) de Berlin depuis 1990 (Source supplémentaire : Wikipédia, consulté le 24/05/2013).

M. Costas LAPAVITSAS est professeur d'économie à l'École des études orientales et africaines (SoAS), Université de Londres, Royaume-Uni ; il est aussi membre du National Advisory Panel of Class. Il a entrepris des recherches sur l'économie politique de la monnaie et de la finance, sur l'économie japonaise, sur l'histoire de la pensée économique, sur l'histoire économique, et sur l'économie mondiale contemporaine. Récemment, son travail s'est focalisé sur la crise de la zone euro. En 2012 il a publié Crisis in the Eurozone (Verso), réalisé conjointement avec plusieurs chercheurs associés à la recherche sur l'argent et la finance à la SoAS. Son prochain livre est Profiting without Producing (Verso, 2013), une étude de la financiarisation du capitalisme contemporain.

M. Costas LAPAVITSAS est professeur d'économie à l'École des études orientales et africaines (SoAS), Université de Londres, Royaume-Uni ; il est aussi membre du National Advisory Panel of Class. Il a entrepris des recherches sur l'économie politique de la monnaie et de la finance, sur l'économie japonaise, sur l'histoire de la pensée économique, sur l'histoire économique, et sur l'économie mondiale contemporaine. Récemment, son travail s'est focalisé sur la crise de la zone euro. En 2012 il a publié Crisis in the Eurozone (Verso), réalisé conjointement avec plusieurs chercheurs associés à la recherche sur l'argent et la finance à la SoAS. Son prochain livre est Profiting without Producing (Verso, 2013), une étude de la financiarisation du capitalisme contemporain.

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SOMMAIRE

 

CHAPITRE I : Les raisons d'une union monétaire et les déterminants de l'inflation

 

1. Pourquoi l'union monétaire ?

2. Ce qu'exige une union monétaire

3. Les coûts unitaires du travail déterminent l'inflation

4. La croissance des salaires détermine la trajectoire de croissance de la demande intérieure

5. Le niveau des salaires est-il un problème ?

 

 

 


 

 

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CHAPITRE I : LES RAISONS D'UNE UNION MONÉTAIRE ET LES DÉTERMINANTS DE L'INFLATION


1. Pourquoi l'union monétaire ?


L'Union Économique et Monétaire Européenne ("UEM" ou "zone euro" dans la suite du texte) est dans une crise profonde, et un nombre croissant d'observateurs s'interrogent sur sa capacité à survivre à cette crise. Que s'est-il passé ? Les diagnostics généralement proposés sont-ils pertinents ? Pourquoi les remèdes prescrits ne fonctionnent-ils pas? Serait-il réellement possible que les politiques européens au plus haut niveau ne parviennent pas à comprendre la cause de la crise ni à la traiter avec un plan cohérent ?

 

Afin de trouver des réponses convaincantes à ces questions, il est nécessaire de revenir aux origines de l'union monétaire et d'identifier les défauts de construction qui ont pesé sur son existence depuis le début jusqu'au moment critique de la grande crise financière et de la grande récession de 2008 et 2009.

 

L'union monétaire était-elle une mauvaise idée dès le départ, et sa possible défaillance reflète-t-elle un manque de bon raisonnement économique derrière la décision politiquement motivée d'accélérer l'intégration européenne, comme le prétendent la majeure partie de ses détracteurs ? D'un autre côté, le lancement de l'UEM ne peut-il pas être considéré comme la dernière étape sur la voie d'une stabilisation durable du taux de change après de nombreuses années au cours desquelles les membres du Système monétaire européen (SME) avaient pratiqué le contrôle de ces taux ? Et que dire des aléas des marchés financiers qui motivèrent le rejet par les autorités, dans les années 1970, d'un système de taux entièrement flexibles, pour des relations entre monnaies au sein de la région ? En outre, après 30 ans de flottement libre entre les principales monnaies, y a-t-il une preuve convaincante de l'efficience des marchés dans la recherche de la juste valeur d'une monnaie sans friction?

 

La coopération monétaire en Europe - décrite dans les annexes du présent document - a commencé au début des années 1970, lorsque le système monétaire mondial de Bretton Woods s'est rompu. Pour la plupart des pays européens, en particulier les plus petits, il n'existait aucune alternative à la coopération monétaire. Ces pays ont refusé, bien plus énergiquement que l'Allemagne, d'opter pour un système de taux de change flottants, parce qu'ils n'ont pas cru que l'indépendance monétaire serait un avantage. Ils ont compris que pour les petites économies ouvertes, se lier les mains peut être la meilleure solution dans les affaires monétaires.

 

Toutes les tentatives académiques depuis les années 1960 pour définir les critères pour les zones monétaires optimales (ZMO ; "OCA" dans le texte anglais, ie. "optimal currency areas") sont vaines. La théorie des ZMO n'est en fait valable que s'il existe une alternative viable pour les petites économies ouvertes sous forme de flottement libre. Mais en réalité, il n'existe pas de solution de rechange. L'autonomie monétaire, la promesse de flottement libre, est une fiction théorique et ce fait a été bien compris par de nombreux pays en Europe. Les taux de change déterminés par le marché ont tendance à sous-évaluer ou surévaluer les justes valeurs, ou valeurs d'équilibre (equilibrium values), telles qu'elles sont déterminées par la Parité de Pouvoir d'Achat (PPA) ou la Parité des Taux d'Intérêt Non Couverte (PTINC, le texte anglais donne "UIP" : Uncovered Interest rate Parity). Pire encore, les taux de change déterminés par le marché évoluent souvent dans le mauvais sens sur de longues périodes de temps (CNUCED TDR 2010) à cause de la spéculation monétaire, le soi-disant « carry trade » (opération spéculative sur écart de rendement). Les pays où le taux d'inflation est relativement élevé et où, de manière concomitante, les taux d'intérêt sont relativement élevés ont tendance à être submergés par l'afflux de fonds à court terme qui font grimper le taux de change de leur monnaie en termes réels. Cela détruit les avantages absolus et comparatifs dans le commerce international et fausse la structure de production entre les biens échangeables et non échangeables. Si cela se produit, l'autonomie monétaire formelle devient une coquille vide.

 

En présence de taux de change extrêmement volatils, les petites économies ouvertes n'ont pas d'autonomie monétaire, parce que leurs autorités monétaires doivent réagir aux aléas du marché des devises. Dans un système de taux de change flottants, la liberté formelle d'une banque centrale (aucune obligation d'intervenir) n'a aucun fondement matériel (material basis) (pourtant, d'une manière ou d'une autre, la littérature la plus académique s'appuie sur la théorie de la ZMO). De toute évidence, les pays qui refusent d'abandonner la détermination du taux de change au marché ont besoin de coopérer avec d'autres pays pour lui conférer une plus grande stabilité. La valeur des monnaies est trop importante dans les relations commerciales internationales pour être laissée aux décisions d'une banque centrale unique d'intervenir ou pas sur le marché des devises. Qui plus est, sans coopération le conflit est inévitable, puisqu'un changement de taux de change dans un pays affecte toujours un autre pays. Pour n pays dans le monde entier il y a n-1 taux de change. Par conséquent, la question essentielle n'est pas tant de savoir s'il y a besoin d'une coopération monétaire internationale, ce qui est évident, mais quelle forme elle devrait prendre. Comme indiqué dans notre annexe, la coopération monétaire européenne a plutôt évolué par petites étapes sur une période de 30 ans, avant de culminer dans l'union monétaire intégrale en 1999. Certains observateurs ont avancé que le processus d'évolution vers des formes de plus en plus contraignantes de coopération monétaire aurait pu être arrêté avant l'étape de l'union, mais cet argument n'est pas convaincant.

 

Toutes les formes traditionnelles de la coopération monétaire internationale - autres que l'union monétaire complète - exigent que la monnaie de l'un des pays serve d'ancrage au système, de telle sorte que les autres pays deviennent dépendants du pays possédant la monnaie d'ancrage. Une coopération monétaire visant à élargir la marge de manœuvre (l '« espace politique ») pour la politique économique de la région dans son ensemble doit contenir au moins un pays susceptible d' agir comme prêteur en dernier ressort dans les temps de crise. Ceci s'explique par l'asymétrie dans les relations entre les pays dont les monnaies sont menacées de dévaluation et ceux dont les monnaies sont poussées à s'apprécier. Les pays qui tentent d'éviter la dépréciation de leur monnaie (ou essaient de la stopper à un certain point) doivent intervenir sur le marché des devises. Cela signifie que leurs banques centrales doivent augmenter la demande pour leur propre argent en vendant des réserves internationales. Puisque de telles réserves sont toujours limitées, les pays sont toujours vulnérables aux attaques spéculatives contre leur monnaie. La seule façon de repousser l'attaque est de coopérer avec l'autre partie, en d'autres termes le pays dont la monnaie s'apprécie, capable d'intervenir en vendant sa propre monnaie, qui est disponible dans des montants illimités.

 

En Europe, l'Allemagne était la candidate évidente pour devenir le point d'ancrage dans la coopération monétaire régionale. Pendant plusieurs décennies l'Allemagne était le champion de la stabilité des prix, comme le prouve en particulier l'absorption en douceur des conséquences inflationnistes des deux chocs pétroliers. En raison d'une inflation plus basse, la monnaie allemande n'a jamais été menacée de dépréciation, mais a toujours eu tendance à s'apprécier. Par suite, l'Allemagne a assumé le rôle d'ancre pour le système monétaire européen pour une bonne raison. Certains pays plus petits furent capables de copier les performances allemandes en matière d'inflation, et de maintenir un taux de change stable sans perte de compétitivité globale. L'Autriche est le cas le plus impressionnant à cet égard. La plupart des grandes économies européennes, cependant, ont dû maintes et maintes fois accepter la dépréciation par rapport à la monnaie allemande pour compenser leurs épisodes inflationnistes. C'est surtout vrai pour la France et l'Italie, au moins jusqu'au milieu des années 1980. L'ancrage a donné de bons résultats, en termes de pression efficace sur l'inflation intérieure, aussi longtemps que les ajustements de taux de change étaient une option pour restaurer les positions compétitives.

 

Durant les aléas du SME qui a précédé l'union monétaire, un autre argument politique, plus simple, a gagné du terrain. Cet argument soutenait que des taux de change fixes en Europe et, en définitive, une monnaie unique étaient indispensable pour la création d'un marché unique européen. Il y avait encore un autre argument de poids dans le débat politique, qui, cependant, n'a jamais été adopté par les courants académiques orthodoxes. L'Allemagne, avec le temps, grâce à sa bonne performance économique et à sa position dogmatique forte sur l'inflation, a convaincu ses voisins que la stabilité interne de la valeur de la monnaie, en d'autres termes la stabilité domestique du niveau des prix, avait été partie intégrante, et même un élément central, du succès allemand. En effet, après le choc de la grande crise de 1992, l'argument allemand que la stabilité du niveau des prix dans tous les pays membres du marché commun était cruciale pour ce même marché commun, élément de base de l'intégration européenne, cet argument ne pouvait plus être rejeté. La volonté politique d'adhérer aux politiques économiques et au modèle monétaire semblables à ceux que suivait l'Allemagne, cette volonté a façonné le débat européen dans une très large mesure.

 

En revanche, l'argument économique crucial en faveur du couronnement de la coopération régionale par la création d'une union monétaire ne traversa pas le débat politique ni ses processus décisionnels. Dans un système multi-devises avec une monnaie d'ancrage, un accord de principe sur la politique générale n'est pas équivalent à une solution optimale pour tous les Etats membres. La politique du pays d'ancrage, même si elle est parfaite compte tenu de sa situation, n'est pas nécessairement parfaite pour l'ensemble du groupe participant à l'effort de coopération, même en présupposant un consensus général parmi ses membres sur l'objectif d'inflation. Ce fut le principal problème avec les institutions de Bretton Woods dans les années 1950 et 1960, quand le dollar des Etats-Unis a servi de monnaie d'ancrage au système mondial des taux de change, avec des taux fixes mais ajustables. Les prises de décision dans le système de la Réserve Fédérale américaine (alors de facto la banque centrale mondiale) prenaient uniquement en compte l'environnement économique aux États-Unis, plutôt que les exigences du système dans son ensemble. De même, l'Allemagne a accepté son rôle de point d'ancrage dans le Système Monétaire Européen, mais la prise de décision sur la politique monétaire, y compris la fixation des taux d'intérêt, n'a jamais été conduite en prenant en compte les exigences du système monétaire dans son ensemble. Une telle approche politique est inadéquate.

 

Par conséquent, la seule option politique rigoureuse à long terme pour la stabilité monétaire régionale est l'union monétaire. Seul un système monétaire véritablement multilatéral permet à tous les pays de participer pleinement au processus de prise de décision d'une politique monétaire qui tient compte des situations économiques de toute la région. Seule une union monétaire, et pas moins que cela, peut aider à éviter la mauvaise gestion systémique de la politique monétaire dans une région où les pays ont établi un consensus, sur le fait que la stabilité tant interne qu'externe de la valeur de la monnaie est cruciale pour leur prospérité commune. Ainsi, en Europe, la création de la zone euro était beaucoup plus que juste le résultat d'une tentative du gouvernement français d'empêcher la domination politique allemande, comme beaucoup l'ont fait valoir. Cette étape était pleinement justifiée du point de vue économique, étant donné que l'Allemagne seule, en tant qu'ancre du SME, ne pouvait pas créer les conditions d'un véritable environnement européen non inflationniste.

 

Pour de très petites économies extrêment ouvertes, la solution d'ancrage peut fonctionner pendant un certain temps, même si la politique économique du pays d'ancrage néglige gentiment l'existence des satellites dans le système, tant que celui-ci suit des principes raisonnables. Pour n'importe quel groupe plus étendu, et pour les pays de taille similaire et de puissance économique semblable, la solution d'ancrage devrait être considérée simplement comme une étape transitoire sur le chemin de l'union monétaire complète. La seule manière d'assurer une conduite cohérente de la politique monétaire pour le groupe dans son ensemble passe par une banque centrale commune Toutefois, la phase de transition peut durer très longtemps : il a fallu 30 années à l'Europe, après ses premiers pas vers la coopération monétaire, pour accomplir les suites logiques de cette idée.

 

Dans une perspective globale, les mesures qui s'en sont suivi, en direction de l'union monétaire, soutenues par une forte volonté politique, offrirent à l'Europe un très haut degré d'indépendance vis-à-vis du reste du monde, des marchés financiers internationaux, et des organisations financières internationales. Avec une ancre suffisamment forte et stable pour essuyer mêmes de grosses tempêtes internationales, le groupe était capable de se prémunir contre de puissants chocs externes ; aucun pays n'a eu à faire appel au FMI pour résoudre des problèmes de mauvais alignement des taux de change et/ou de manque de liquidités internationales.

 

2. Ce qu'exige une union monétaire

 

Un certain nombre de critères sont prévus dans le Traité de Maastricht pour permettre à des Etats d'entrer dans la zone euro en tant que membres à part entière. Le Pacte de stabilité et de croissance complète le Traité et affine les conditions d'adhésion au club. Ce pacte fut conçu dans le cadre intellectuel et les points de vue de l'époque (shaped by the views) sur l'inflation et la stabilité économique en général. Mais pour procéder à un examen critique de l'évolution qui a conduit à la crise actuelle, il serait inutile de se référer à ces vues et à ces conditions, qui ont été façonnés dans une perspective politique (from a political perspective). Nous devons nous pencher sur les mécanismes économiques sous-jacents avec une approche non-partisane. En effet, qu'au début des années 90 de nombreux décideurs aient considéré l'harmonisation et de faibles déficits budgétaires commes cruciaux pour le succès de l'UEM n'est pas pertinent pour les événements qui menacent l'existence de cette zone aujourd'hui.

 

Une union monétaire est, d'abord et avant tout, une union de pays disposés à abandonner leur monnaie nationale propre pour la création d'une monnaie commune. Renoncer à une monnaie nationale signifie renoncer au droit des autorités nationales d'imprimer d'utiliser le papier-monnaie national (fiat money) et signifie que l'on délégue toute décision sur ce point à une institution supranationale indépendante. Dans les organes décisionnels de cette institution aucun pays n'a d'influence majoritaire. Les banques centrales nationales continuent d'exister au sein de la zone euro, mais la puissance de déterminer la politique monétaire et toutes les décisions liées appartient exclusivement à la Banque centrale européenne (BCE) et à son conseil d'administration.

 

Entrer dans une union monétaire signifie donc abandonner les objectifs nationaux d'inflation et s'entendre sur un taux d'inflation commun, cible pour l'Union dans son ensemble. Cela implique que tous les facteurs qui influencent le taux d'inflation sont directement touchés par la décision de rejoindre une union monétaire. Dans la théorie monétaire dominante (principalement le monétarisme, la théorie basée sur ce qu'on nomme (so-called) la "théorie quantitative de la monnaie" qui provient des écrits de Milton Friedman et d'autres), la capacité de la banque centrale commune à orienter (steer) les volumes monétaires est considérée comme suffisante pour déterminer le taux d'inflation. Appliquée à une union monétaire, cette théorie signifie que la banque centrale commune peut maîtriser l'inflation dans toute l'union, et qu'il n'y aura pas d'écarts d'inflation entre les États membres. Ces idées devinrent le fondement théorique de l'UEM, puisque la Bundesbank allemande, l'ancre (anchor) du SME (voir annexes), avait pris pour règle de conduite (leading doctrine) la doctrine monétariste dans les années précédant le début de l'UEM.

 

Il faut noter que même de ce point de vue théorique (in this views), les déficits du budget public, qui se sont avérés être le principal sujet du débat sur la politique économique, n'influencent pas la performance de l'union en matière d'inflation, car il n'y a pas de relation systématique entre la taille de ces déficits, et le taux d'inflation. Selon la théorie monétariste, peu importe la taille du déficit budgétaire, la politique monétaire peut toujours atteindre son objectif d'inflation en adhérant strictement aux règles «objectives» qui régissent l'expansion de la masse monétaire.

 

Toutefois, dès le départ, la théorie monétariste fut basée sur de faibles preuves empiriques. Depuis les années 1930, le dogme monétariste reposa essentiellement sur une sorte de raisonnement erroné (fallacy) de type post hoc ergo propter hoc. Les monétaristes insistaient habituellement sur le fait que sans un surplus d'argent, l'accélération de l'inflation n'était pas possible. S'il est vrai que sans accélération [?] de la masse monétaire (acceleration of money supply), l'accélération de l'inflation est impossible, ce qui signifie que la première est une condition nécessaire pour la deuxième, il ne s'ensuit pas que toute accélération monétaire ferait flamber (would ignite) l'accélération de l'inflation. En d'autres termes, alors que l'argent est nécessaire pour "inflater" (inflate) une économie, il n'est en aucun cas suffisant de développer la masse monétaire ou «d'imprimer plus d'argent» pour "inflater" une économie.

 

Au début des années 1990, il y a eu beaucoup de débats sur les critères que les pays devaient remplir pour se qualifier en vue de l'adhésion à la zone euro, et sur la façon de mesurer la performance des candidats, mais la question clé, la capacité de la banque centrale commune à contrôler l'inflation, n'a pas fait l'objet d'une analyse critique. Malgré une petite controverse sur le degré d'indépendance nécessaire pour la banque centrale commune, pratiquement tout le monde avait confiance en son aptitude, qu'on jugeait suffisante, à juguler l'inflation par le contrôle de la masse monétaire, et à reproduire ainsi ce qui était considéré comme la splendide performance de la Bundesbank au cours des vingt années précédentes.

 

Au fil du temps, cependant, la discussion académique, à bien des égards influencée par les réalisations du système américain de la Réserve Fédérale, a tourné le dos au monétarisme et a suivi une nouvelle approche concernant la banque centrale. Ce ne fut pas sans influence sur la BCE,un système bien plus ouvert et multiculturel que la Bundesbank. Suite à l'impossibilité de fournir des preuves convaincantes d'une forte corrélation entre les mesures traditionnelles de la masse monétaire - baptisée second pilier (second pillar) - peu à peu, la BCE a dévié de la doctrine héritée de la Bundesbank et s'est tourné vers un modèle d'union monétaire dans lequel la banque centrale agit en réglant le taux d'intérêt à court terme à la lumière de l'évolution macroéconomique. Dans cette approche, le mode opératoire (operating regime) de la banque centrale s'appuie sur plusieurs canaux par lesquels elle fournit les stimuli qui pénètrent dans le système de manière à parvenir, finalement, à l'objectif final recherché.

 

En principe, une telle approche est plus ouverte à la preuve, au-delà du canal traditionnel de la masse monétaire (money supply). En pratique, cependant, il a été bloqué par d'autres doctrines qui se sont avérées trop puissantes pour être contrées (overcome) rapidement. Toutes les deux, la BCE et la Commission Européenne, étaient dominées par la pensée néolibérale et néo-classique jusqu'en 2008. C'est principalement pour cette raison que la BCE, ainsi que les autres institutions fondées pour gouverner et protéger la zone euro, ont échoué (failed) lorsque la crise financière mondiale a donné aux investisseurs internationaux un avertissement concernant la capacité des membres de la périphérie de la zone à rembourser la dette accumulée lors des dix premières années de l'UEM.

 

3. Les coûts unitaires du travail déterminent l'inflation

 

Dans la théorie qui a dominé les années de préparation et les dix premières années de vie de la zone euro, la théorie néoclassique du marché du travail a été le deuxième pilier important du cadre doctrinal, que la Commission européenne et la BCE considéraient comme constitutive du fonctionnement du marché commun et de l'UE dans son ensemble. Dans le processus que l'on appelle de Lisbonne, ainsi que dans de nombreuses autres décisions prises par le Conseil européen, le respect évident de la pensée néolibérale (qui est régulièrement ​​basée sur la théorie néoclassique) guidé la plupart des décisions politiques. "La flexibilité du marché du travail" et "l'amélioration de la compétitivité" étaient (et sont encore) les mantras des institutions européennes, en particulier de la Commission, dans leur tentative de créer un marchée commun plus efficace que le reste du monde, et d'accélérer la croissance interne et la création d'emplois.

 

Cependant, il n'existe aucune preuve empirique pour justifier la croyance en l'importance de la monnaie (money) et d'une banque centrale indépendante pour la stabilité des prix. Il n'existe pas non plus de fondement à la croyance que le marché du travail flexible fournirait automatiquement un nombre suffisant d'emplois pour tous ceux qui souhaitent travailler. Ces croyances découlent de la doctrine libérale qui a conquis Bruxelles et Francfort, exactement comme "la Sainte-Inquisition a conquis l'Espagne", pour reprendre les mots de J. M. Keynes. Si l'on avait connu quelques éléments de preuve frappants, il aurait été facile d'éviter à la zone euro et à l'UE d'être victimes des marchés financiers et d'entrer dans la voie sans issue dans laquelle elles sont piégées aujourd'hui. La preuve la plus importante est la corrélation élevée et stable entre la croissance des coûts salariaux unitaires (ULC) et le taux d'inflation.

 

Les coûts unitaires de main-d'oeuvre sont cruciaux pour l'évolution globale des prix dans une économie nationale. Le coût du travail est clairement la composante la plus importante du coût total de production pour l'économie dans son ensemble, parce que dans un processus de production verticalement intégrée non seulement les biens de consommation finale, mais aussi les biens de consommation intermédiaire et les biens d'équipement sont produits en employant la main-d'œuvre (labour). Les coûts unitaires du travail peuvent être considérés comme un instrument parfait pour prévoir et de maîtriser l'inflation (Figure 1). Si l'augmentation des salaires nominaux (nominal wage growth) dépasse ou demeure en deçà de la croissance de la productivité nationale (national productivity growth) et s'écarte de l'objectif commun d'inflation (common inflation target), cela provoque normalement une déviation par rapport à ce taux-cible (target rate).


 

Figure 1 : Taux de croissance des ULC (¹) et taux d'inflation dans l'UEM (zone euro) (²)

(¹) Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" (Unit labor costs cf. glossaire de l'OCDE) définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro (gross income per capita in ECU/euro of dependent employees), divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi (divided by real GDP per total number of people in employment).  (²) 12 pays : Belgique, Allemagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Autriche, Portugal et Espagne. Source : base de données AMECO (Consultée : novembre 2012) ; calculs des auteurs.

(¹) Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" (Unit labor costs cf. glossaire de l'OCDE) définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro (gross income per capita in ECU/euro of dependent employees), divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi (divided by real GDP per total number of people in employment). (²) 12 pays : Belgique, Allemagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Autriche, Portugal et Espagne. Source : base de données AMECO (Consultée : novembre 2012) ; calculs des auteurs.

 

L'approche doctrinaire concernant la substance des politiques macroéconomiques dans l'UEM (zone euro) était due à un aveuglement idéologique (ideological blindness), qui a conduit à ce que trop de gens ignorent l'importance des salaires, et respectivement des coûts salariaux unitaires, comme le facteur déterminant de l'inflation dans la zone euro dans son ensemble et dans les entités nationales les plus importantes, en dépit de l'indéniable preuve de cette relation. Une fois que l'importance-clé des salaires sur l'inflation est reconnue, la décision de donner à la banque centrale un énorme degré d'indépendance et de limiter les déficits publics et la dette publique a une très faible influence sur la convergence de l'inflation chez les différents États membres, exigence principale pour le fonctionnement d'une union monétaire.

 

Un immense corpus de données et de littérature économique (a huge body of evidence and literature) a montré dans le passé qu'un système de taux de change fixe ne peut fonctionner correctement que si les coûts unitaires du travail convergent et éliminent la nécessité d'avoir une flexibilité du taux de change. Dans un système de taux de change fixes et d'union monétaire, les différences entre le niveau du coût domestique (domestic cost ; qui pour l'essentiel signifie le niveau de salaire) et le niveau du coût international ne peut pas être corrigé par une modification de la valeur la monnaie nationale (domestic currency) par rapport aux devises étrangères. Dans une union monétaire, l'ajustement approprié des salaires et des prix dans chaque pays membre est encore plus important, car il n'y a pas de sortie facile ou d'option en cas d'urgence, comme il en existe dans un système de taux fixes mais ajustables, comme le système de Bretton Woods ou le SME. Dans ces deux systèmes, les monnaies nationales ont été dévaluées maintes et maintes fois sans grande perturbation pour les économies nationales et le commerce international.

 

La BCE a défini la cible commune d'inflation pour la zone euro à un taux proche de 2%. Par conséquent, la règle pour la croissance des salaires dans chaque économie semble simple : les salaires nominaux ne devraient pas augmenter plus que le taux de croissance national de la productivité dans chaque pays membre plus cette cible commune d'inflation. À moyen et long terme, cette règle implique que les coûts salariaux unitaires (ULC) et le taux national d'inflation convergent vers la cible d'inflation, et que de grandes divergences parmi les pays membres en ce qui concerne l'augmentation des ULC sont exclues (cannot occur). Cela exclurait également d'importantes divergences en termes de compétitivité nationale. Les salaires réels, selon cette règle, se développeraient parallèlement à la productivité nationale (would expand along the line of national productivity), déniant aux économies membres de l'union l'utilisation de l'instrument néo-classique le plus important pour lutter contre le chômage, à savoir la réduction (cutting) des salaires réels ou le maintien (forcing ... to lag) de ces salaires réels en deçà des progrès de la productivité.

 

4. La croissance des salaires détermine la trajectoire de croissance (growth path) de la demande intérieure (domestic demand)

 

Une trajectoire des salaires (wage path) tellle que décrite ci-dessus comme une exigence pour stabiliser les niveaux de prix et réaliser la convergence des taux d'inflation a également le mérite de stabiliser la demande domestique de tous les Etats membres de l'UEM (zone euro). Comme la croissance du salaire réel est le déterminant le plus important de la croissance de la consommation intérieure, des ajustements systématiques des salaires nominaux à un taux équivalent à la croissance de la productivité nationale et à la cible d'inflation sont cruciaux pour que la demande intérieure se développe suffisamment dans chaque pays et dans l'Union dans son ensemble et pour compenser les effet négatif des nouvelles technologies sur le nombre d'emplois. Ainsi, dans un cadre théorique basé sur la théorie monétaire moderne (keynésienne), l'union monétaire peut fonctionner parfaitement. Dans un cadre théorique basé sur la théorie néoclassique et monétariste de l'emploi, elle ne le peut pas.

 

Afin de lisser l'impact des changements cycliques inattendus et imprévisibles de la productivité, il est préférable d'ajuster les salaires nominaux (pour un an ou deux) à la croissance tendancielle de la productivité. Tenir compte de la cible d'inflation (plutôt que du taux réel d'inflation) contribue également à la stabilisation des salaires et celle de la croissance de la demande, car elle permet d'empêcher les chocs de court terme concernant un prix unique (comme de fortes hausses du prix du pétrole ou d'autres produits de base essentiels) d'avoir un impact inflationniste durable. Si de tels chocs se reflétaient dans l'ajustement des salaires, comme dans le cas des mécanismes anciens (backward-looking) d'indexation (comme la scala mobile pratiquée en Italie dans les années 1970), l'augmentation des salaires nominaux provoquerait une hausse à la fois des ULC et du taux d'inflation, et éventuellement contraindrait à un resserrement monétaire, en d'autres termes à des taux d'intérêt plus élevés qui découragent l'investissement réel.

 

Avec des ajustements systématiques de salaire selon la régle précédemment décrite, aussi bien les économies nationales au sein de la zone euro que l'économie de l'Union dans son ensemble peuvent avancer le long d'une trajectoire stable, soutenues par un accroissement assez stable de la consommation privée, basée sur des anticipations de revenu stables et positives des ménages (en tout cas aussi longtemps que l'on peut s'attendre à une trajectoire de croissance pour l'augmentation de la productivité). Dans ces circonstances, le commerce extérieur sera lui aussi équilibré (will be balanced), parce que les ULC se déplaçant en tandem avec la cible d'inflation dans tous les pays indépendamment (irrespective of) de leur trajectoires nationales de productivité, cela implique également la stabilité du taux de change réel et de la compétitivité.

 

Là encore, il est important de noter que la stabilité de la croissance des salaires réels en ligne avec la croissance de la productivité contraste avec la proposition de salaires super-flexibles et rapidement ajustables, telle qu'elle est prévue dans la doctrine de type néoclassique. Selon cette doctrine, on ne peut remédier au chômage élevé et en hausse (chocs idiosyncrasiques), si les salaires ne sont pas assez souples pour rester en retard (lag behind) sur la productivité sur une période de temps prolongée. En revanche, il existe des preuves concluantes que la croissance stable du revenu intérieur (assurée par l'ajustement de la croissance des salaires aux gains de productivité), combinée avec l'absence de chocs externes dûs à une baisse de la compétitivité, signifie qu'il n'y a pas du tout besoin de couper les salaires réels.

 

5. Le niveau des salaires est-il un problème ?


Beaucoup de gens affirment que des pays de niveaux de richesse très différents ne doivent pas former une union monétaire. Les pays pauvres sont considérés par de nombreux observateurs comme incapables de rivaliser avec les nations les plus riches et comme devant s'abstenir d'entrer dans une course à la compétitivité avec eux. Outre le fait que de nos jours l'argument est très souvent inversé (les nations plus riches sont menacées par les plus pauvres et les pays plus compétitifs où les coûts salariaux sont beaucoup plus faibles), l'argument n'est pas convaincant. Dans tous les pays, tous les groupes d'agents doivent respecter des restrictions budgétaires dans leur exigences (in their claims against) sur une part du revenu global produit dans ce pays. Aucun pays ne peut consommer plus que ce qu'il produit dans le long terme. C'est pourquoi, dans une économie qui fonctionne normalement, les revendications des différents groupes, y compris des travailleurs, sont équilibrées (are balanced against) par les prétentions d'autres groupes à un niveau donné de revenu total.

 

Dans une économie où cet exercice d'équilibre (balancing exercise) ne fonctionnerait plus, le conflit sur la répartition des revenus se terminerait par des épisodes et des spirales inflationnistes. Si cela peut être évité, les niveaux des salaires et des profits reflètent exactement le niveau de richesse (wealth) ou de bien-être (welfare) dans cette économie, et le niveau des salaires reflète la productivité nationale : les bas salaires dans les pays les plus pauvres reflètent une faible productivité et vice-versa dans les pays riches. Le niveau des coûts salariaux unitaires serait le même dans un pauvre et dans un pays riche, à condition que dans les deux pays un conflit majeur sur la distribution du revenu et sur l'inflation puisse être évité. Par conséquent, il n'y a pas de risque de déséquilibres commerciaux importants produits par la différence des niveaux de richesse, tant que le minimum d'exigences relatives à la structure du commerce et à la structure des produits disponibles accessibles aux deux pays sont respectées, ce qui signifie une structure à chevauchement (an overlapping structure of the goods) des biens produits dans les deux pays. C'est clairement le cas du commerce entre les pays européens, qui ont eu des relations commerciales longues et ouvertes avant d'entrer dans l'union monétaire. Dans l'ensemble, il n'y a aucune raison pour qu'il ne soit pas possible - pour les nations pauvres comme pour les riches -de gérer la croissance des ULC dans un ensemble économique d'une manière qui soit respectueuse de la cible d'inflation correspondante. Bien que les données relatives à une telle comparaison ne sont pas disponibles pour de nombreux pays, le cas de la France et de l'Allemagne révèlent la logique sous-jacente (figure 2).

 

 

Figure 2 : Salaires nominaux (¹) et productivité nominale (²)

Notes : (¹) Définis comme la rémunération nominale totale des travailleurs salariés divisée par le nombre d'heures de travail des travailleurs salariés par le nombre des travailleurs salariés. (²) Définie comme le PIB nominal divisé par le nombre d'heures de travail du total des personnes au travail (total number of people in employment) par le nombre de personnes au travail (the number of employed people). (³) Valeurs de 2012 pour les heures de travail du nombre total de travailleurs et de salariés. Valeurs basées sur les données de Destatis et AMECO. Source : base de données AMECO (consultée en novembre 2012) ; Eurostat ; calculs des auteurs.

Notes : (¹) Définis comme la rémunération nominale totale des travailleurs salariés divisée par le nombre d'heures de travail des travailleurs salariés par le nombre des travailleurs salariés. (²) Définie comme le PIB nominal divisé par le nombre d'heures de travail du total des personnes au travail (total number of people in employment) par le nombre de personnes au travail (the number of employed people). (³) Valeurs de 2012 pour les heures de travail du nombre total de travailleurs et de salariés. Valeurs basées sur les données de Destatis et AMECO. Source : base de données AMECO (consultée en novembre 2012) ; Eurostat ; calculs des auteurs.

Les deux pays sont entrés dans la zone euro avec plus ou moins les mêmes niveaux de salaires et de productivité (par nécessité de rendre la productivité en termes absolus comparable aux salaires nominaux en termes absolus, elle est calculée ici en tant que productivité basée sur le PIB nominal). En outre, le mouvement des salaires par rapport à la productivité ne constituait pas un problème dans les deux pays. Cependant, comme les salaires nominaux et la productivité nominale ont progressé plus rapidement en France qu'en Allemagne, un écart de compétitivité a émergé.

 

Il ne fait aucun doute que la logique d'une union monétaire exige de la part des pays membres un strict respect de l'objectif commun d'inflation en termes nominaux afin de préserver l'équilibre externe (external equilibrium) en permanence. En termes réels, cela implique que chaque pays doit adapter sa propre trajectoire de productivité et son potentiel économique ; ce qui exclut à la fois la situation d'un pays qui "vivrait au dessus de ses moyens" comme celle d'un pays qui "vivrait au-dessous de ses moyens".

 

(fin du chapitre I)

 

 

VOIR CHAPITRE II

VOIR CHAPITRE III

VOIR CHAPITRE IV

VOIR CHAPITRE V

VOIR CHAPITRE VI

 

 

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