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PHILOSOPHIES

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Aliments pour une réflexion philosophique


[DOCUMENT : partie 2] LA CRISE SYSTÉMIQUE DE L'EURO - VRAIES CAUSES ET THÉRAPIES EFFICACES par HEINER FLASSBECK et COSTAS LAPAVITSAS.

Publié par medomai sur 3 Mai 2014, 15:57pm

Catégories : #POLITIQUE, #EUROPE, #EURO, #CRISE, #LAPAVITSAS, #FLASSBECK, #ALLEMAGNE, #ECONOMIE

LA CRISE SYSTÉMIQUE DE L'EURO - VRAIES CAUSES ET THÉRAPIES EFFICACES

 

CHAPITRE II


 

(Traduction de THE SYSTEMIC CRISIS OF THE EURO - TRUE CAUSES AND EFFECTIVE THERAPIES, Rosa-Luxemburg-Stiftung, Berlin, mai 2013)

 

Par HEINER FLASSBECK et COSTAS LAPAVITSAS.

 

 

DOCUMENT PDF ORIGINAL DISPONIBLE EN ALLEMAND ET ANGLAIS ICI :

http://www.sahra-wagenknecht.de/de/article/1679.eurostudie-in-berlin-vorgestellt.html?sstr=flassbeck

 

 

 

VOIR CHAPITRE I

VOIR CHAPITRE III

VOIR CHAPITRE IV

VOIR CHAPITRE V

VOIR CHAPITRE VI

 

**********

 

 

SOMMAIRE

 

CHAPITRE II : Qu'est-ce qui a mal tourné avec l'union économique et monétaire ?

 

1. L'inflation comme phénomène monétaire et l'obsession des objectifs budgétaires

2. Un énorme différentiel de compétitivité émerge

3. Une concurrence entre nations ?

4. L'Allemagne n'a-t-elle pas réussi ?

5. L’ajustement asymétrique est un must

 

 

**********

 

 

CHAPITRE II : QU'EST-CE QUI A MAL TOURNÉ AVEC L'UNION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE (UEM) ?


1. L'inflation comme phénomène monétaire et l'obsession des objectifs budgétaires (fiscal targets)


Au lieu de discuter des implications de l'union monétaire en détail et de créer les institutions nécessaires pour exécuter une telle union avec succès, le processus politique avant 1997, année pour laquelle les critères devaient être remplis, se focalisa sur la politique budgétaire. Un accent particulier a été mis sur la limitation des déficits publics à 3% du PIB, alors que la nécessité d'éviter les écarts d'inflation et la capacité des Etats membres à s'en tenir à la cible commune d'inflation sur une longue période ont été considérés comme beaucoup moins important pour le bon fonctionnement de l'UEM (ie la zone euro). De toute évidence, l'obsession des objectifs budgétaires a été la conséquence directe de la grande lutte entre les gouvernements et les marchés qui ont dominé une grande partie du débat idéologique au cours des 30 années suivant la fin du système de Bretton Woods.

 

Cependant, il n'existe pas de relation directe entre les objectifs budgétaires et l'objectif d'inflation, et les liens indirects qu'on peut imaginer sont très faibles. Ni le déficit budgétaire courant ni la taille de la dette publique n'ont un impact sur la performance inflationniste d'une économie. S'il faut songer à un lien quelconque, c'est plutôt - conformément à un vieux préjugé - la façon dont un gouvernement très endetté peut utiliser l'inflation comme un outil pour réduire la valeur réelle de sa dette. Le Japon au cours des vingt dernières années est un bon exemple. Avec un équivalent de la dette publique de plus de 200% du PIB, le Japon a le plus haut niveau de dette publique de tous les pays industrialisés. Pourtant, le pays n'a pas été capable de sortir de son piège déflationniste (deflationary trap). Les responsables politiques japonais rêvent d'atteindre un niveau d'inflation durable, leur cauchemar est la déflation.

 

Au cours du débat houleux en Allemagne concernant les dangers de l'accélération de l'inflation dans la marche vers la zone euro, les salaires ou les coûts salariaux unitaires n'ont pas même été mentionnés. Les coûts du travail étaient considérés comme reflétant le prix du marché de l'emploi. La "doctrine de la flexibilité" était largement acceptée (OCDE, 1994) en politique aussi bien qu'en économie. En conséquence, depuis le début de l'union monétaire en 1999, en Allemagne, le plus grand pays et la forteresse européenne de la stabilité extérieure pendant plusieurs décennies, décida d'essayer un nouveau moyen pour lutter contre le niveau élevé du chômage. Le gouvernement a commencé à mettre une pression politique sur les syndicats pour tenter de limiter la croissance des salaires nominaux et réels.

 

Bien sûr, le vigoureux effort de l'Allemagne pour s'attaquer à son taux de chômage élevé et persistant n'avait pas pour cible la zone euro, mais se fondait sur la conviction néoclassique que des salaires inférieurs se traduiraient par un mode de production plus intensif en main-d'œuvre (more labour intensive). Après que les programmes de réduction du temps de travail n'aient pas porté les fruits escomptés, les dirigeants des syndicats de travailleurs ont convenu dans un accord tripartite en 1999 d'abandonner la formule qui avait été utilisée jusqu'ici pour déterminer la croissance des salaires. Cette formule avait assuré une participation égale des travailleurs dans la croissance de la productivité ; mais à la place les syndicats convinrent, dorénavant, de "réserver la croissance de la productivité pour l'emploi" (Flassbeck, 1997 ; Flassbeck et Spiecker, 2005).

 

Implicitement, cet accord signifiait aussi une rupture fondamentale avec la tradition allemande de cibler un taux d'inflation faible et stable. Historiquement, la situation allemande a été caractérisée par des hausses de salaires modérées. Mais ces augmentations assuraient normalement que les salaires réels (salaires nominaux corrigés de l'inflation) devraient augmenter en ligne avec la productivité (PIB divisé par le nombre d'heures travaillées). En d'autres termes les coûts salariaux unitaires (salaires nominaux divisé par le PIB), de manière générale, ont augmenté en ligne avec une inflation cible d'environ 2%. Cependant, comme le monétarisme était devenu la doctrine largement acceptée pour expliquer l'inflation, l'aspect déflationniste du nouveau dispositif n'était pas interrogé (unquestioned).

 

 

Figure 3 : Ajustement des taux de croissance des ULC (¹) sur trente ans

 

Note : (¹) ULC = "Coûts salariaux unitaires" (Unit labor costs cf. glossaire de l'OCDE) définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro (gross income per capita in ECU/euro of dependent employees), divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi (divided by real GDP per total number of people in employment). Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

Note : (¹) ULC = "Coûts salariaux unitaires" (Unit labor costs cf. glossaire de l'OCDE) définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro (gross income per capita in ECU/euro of dependent employees), divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi (divided by real GDP per total number of people in employment). Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

 

2. Un énorme différentiel (huge gap) de compétitivité émerge

 

La nouvelle approche du marché du travail allemand a coïncidé avec le début de l'union monétaire et a contribué à l'émergence d'une énorme divergence dans les mouvements des coûts salariaux unitaires entre les membres de la nouvelle union monétaire. Depuis le début de la zone euro, les coûts unitaires du travail en Allemagne, le déterminant le plus important des prix et de la compétitivité, ont stagné (Figure 4).

 

 

Figure 4 : Coûts salariaux unitaires (ULC) (¹) en Allemagne, France, et Europe du sud (²) (1999 = 100)

Notes : (¹) ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. (²) Espagne, Italie, Grèce et Portugal. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

Notes : (¹) ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. (²) Espagne, Italie, Grèce et Portugal. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

 En revanche, dans la plupart des pays du sud de l'Europe la croissance des salaires nominaux a dépassé la croissance de la productivité nationale et la cible d'inflation communément admise de 2% d'une marge petite, mais plutôt stable. La France a été le seul pays à exactement suivre la voie convenue pour la croissance des salaires nominaux : elle est en ligne avec la performance de la productivité nationale et avec l'objectif de taux d'inflation de la BCE à 2%.

 

Même si l'écart annuel de la croissance des coûts salariaux unitaires était relativement faible, la dynamique d'une "petite" divergence annuelle de ce genre produit d'énormes différentiels avec le temps. A la fin de la première décennie de la zone euro, l'écart de coût et de prix entre l'Allemagne et le sud de l'Europe s'élève à environ 25%, et 15% entre l'Allemagne et la France. En d'autres termes, alors que les monnaies nationales n'existaient plus, le taux de change réel de l'Allemagne avait baissé très sensiblement. La croissance divergente des coûts salariaux unitaires s'est reflétée dans des divergences de prix similaires. Considérant que l'Union dans son ensemble avait atteint son objectif d'inflation de 2% presque parfaitement, les différences nationales ont été remarquables. Encore une fois, la France avait de loin la meilleure performance en alignant son taux d'inflation parfaitement sur l'objectif européen. Allemagne était au-dessous et les pays du sud de l'Europe ont dépassé la cible d'une marge assez grande pour entraîner une énorme écart de compétitivité.

 

En raison des différentiels cumulés, l'Allemagne a obtenu un avantage absolu dans le commerce international, alors que les autres pays ont connu un désavantage absolu. Pour illustrer cet effet : un produit comparable, qui en 1999 était vendu au même prix dans tous les pays membres de la zone euro, pouvait être vendu par l'Allemagne en 2010 à un prix qui était de 25% inférieur, en moyenne, aux autres pays de cette zone, sans aucun changement dans la marge de profit des producteurs allemands.

 

Compte tenu de cette échelle, la réponse à la question de savoir qui sont les malfaiteurs (wrongdoers) et qui a le mauvais comportement (misbehaviour) est évidente : étant donné la relation solide et stable des coûts salariaux unitaires, une cible d'inflation de 2% n'est compatible qu'avec une augmentation de 2% dans les coûts salariaux unitaires ; à ce titre, une augmentation de 2,7% comme c'est le cas pour la Grèce implique que cette économie a vécu "au-dessus de ses moyens". Cependant, la Grèce a violé la règle à un degré bien moindre quantitativement que l'Allemagne, qui, avec un taux de croissance des coûts salariaux unitaires de seulement 0,4%, a vécu "en-dessous de ses moyens". Paradoxalement, l'Allemagne avait expressément accepté la cible de 2%, car cela avait été sa propre cible d'inflation avant l'UEM. Compte tenu de cet objectif et l'importance primordiale des coûts salariaux unitaires en matière d'inflation, l'Allemagne se dirigeait vers une claire violation de l'objectif commun, dès lors que son gouvernement avait commencé à mettre une énorme pression sur les négociations salariales pour améliorer la compétitivité internationale du pays, à l'intérieur et hors de la zone euro.

 

L'accumulation de l'écart énorme dans les coûts unitaires du travail et dans les prix ont eu un impact énorme sur les flux commerciaux. Avec des coûts salariaux unitaires allemands sous-évalués par rapport à ceux des autres pays selon une marge croissante, les exportations allemandes ont prospéré et les importations ralenti. Les pays du sud de l'Europe et la France ont enregistré des déséquilibres commerciaux et des déficits courants grandissants (Figure 5).

 

 

Figure 5 : Des déséquilibres commerciaux croissants marquent le début de l'UEM - Soldes des comptes courants en pourcentage du PIB

Note: Les valeurs négatives représentent un déficit du compte courant. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

Note: Les valeurs négatives représentent un déficit du compte courant. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

 Alors que le commerce avait été plutôt équilibré au début de l'union monétaire et pendant les nombreuses années avant elle, le lancement de la zone euro a marqué le début d'une période de hausse des déséquilibres. Même après le choc de la crise financière et ses effets dévastateurs sur le commerce mondial, qui sont clairement visibles sur la balance allemande, la tendance s'est perpétuée, inchangée. Le compte courant de l'Allemagne a continué d'augmenter après 2010 et a de nouveau atteint un niveau record en 2012.

 

D'un autre côté, la profonde récession et l'austérité budgétaire dans les pays en déficit tendent à réduire les déficits visibles. Toutefois, sans une amélioration fondamentale de leur compétitivité une reprise rapide est tout à fait improbable, et une reprise éventuelle de la demande intérieure ramènerait rapidement au premier plan les déficits du compte courant.

 

Les avantages absolus et cumulatifs d'un pays ou d'un groupe de pays contre un pays ou un groupe de pays similaires sont clairement insoutenables (unsustainable). L'énorme écart de compétitivité et le déficit de compte courant qui en résulte doivent être effacés à un moment donné, parce qu'autrement, le pays ou la région seront confrontés à une situation où ils n'ont plus la crédibilité pour convaincre leurs bailleurs de fonds qu'ils seront en mesure de rembourser leur dette dans une échéance donnée. Comme le remboursement final d'une dette internationale doit être un paiement en nature (a payment in kind), il nécessite un excédent du compte courant dans le pays débiteur et un déficit du côté du créancier (Keynes, 1929). Un pays endetté ne peut servir et rembourser (service and repay) sa dette que si le pays excédentaire permet au pays déficitaire de devenir un pays excédentaire tôt ou tard, par le biais de modifications de la compétitivité grâce aux ajustements de prix résultant d'ajustements des salaires et / ou par des changements dans le taux de change.

 

Contrairement aux entreprises, les pays ne font pas faillite ni ne disparaîssent. Ils doivent trouver des moyens de faire face à une situation dans laquelle la quasi-totalité de leurs entreprises ont des désavantages absolus par rapport à leurs concurrents étrangers. La façon la plus simple de traiter avec des coûts salariaux unitaires trop élevés (en monnaie internationale) est de réduire les salaires. S'il est possible de réduire les salaires nominaux exclusivement dans les secteurs de l'économie qui sont exposés à la concurrence internationale, de nombreux effets secondaires négatifs peuvent être évités. La dépréciation de la monnaie produit exactement cela : elle réduit les salaires nominaux exprimés en monnaie internationale, mais pas dans tous les domaines ni tous les secteurs de l'économie. De cette façon, les salaires réels baissent, mais les importations deviennent plus chères et tendent à être remplacées par des produits fabriqués localement, tandis que les exportations deviennent moins chères pour les clients internationaux et tendent à croître.


3. Une concurrence entre nations ?


L'une des discussions les plus fascinantes au cours de dernières décennies a été le débat sur la concurrence entre nations, ou le conflit des Nations (battle of Nations) sur le champ de bataille du commerce. L'ère de la mondialisation, plus que tout autre auparavant, a été interprété comme obligeant les nations à entrer en concurrence de la même façon que les entreprises. La richesse des nations a été considérée comme dépendante de leur capacité à s'ajuster efficacement aux défis créés par les marchés ouverts de biens et de capitaux. Les nations avec des standards élevés pour leur dotation en capital étaient censées subir la pression concurrentielle de partenaires commerciaux à bas salaires et à bas standards du travail. En particulier, on présupposait que l'émergence d'un énorme réservoir de main-d'œuvre inactive dans des économies en grand développement comme la Chine et l'Inde changerait fondamentalement le ratio capital / travail mondial dans son ensemble, en faveur du capital, et que cela aboutirait à un nouvel équilibre du salaire global.

 

La réalité semble avoir confirmé cette attente : les salaires dans de nombreux pays à salaires élevés dans le Nord ont été sous pression, et le travail n'est plus en mesure de s'approprier la même part de la croissance de la productivité que le capital - même s'il avait pu le faire pendant plusieurs décennies auparavant. La part des salaires a diminué et la confiance dans les capacités de l'économie de marché à assurer la pleine participation de tous au progrès social a commencé à s'éroder. Cependant, le fait que la part des salaires s'est orienté à la baisse n'implique pas nécessairement que les forces qui conduisent ce mouvement sont celles visées dans le modèle néoclassique du marché du travail - fondant l'idée que la pression des marchés émergents entraîne inévitablement à la baisse les salaires dans de nombreux pays industrialisés.

 

Un examen plus attentif révèle les limites et les faiblesses de ce modèle. Il suppose que la concurrence entre toutes les économies fonctionne de la même manière que la concurrence entre les entreprises. Mais cette analogie est déplacée : le modèle décrivant la concurrence entre les entreprises ne s'applique pas à des pays, et surtout pas à des pays dont les monnaies sont indépendantes. Dans le fonctionnement dynamique d'une économie de marché les entreprises entrent en concurrence par la différenciation de la productivité. Les conditions secondaires concernant les fournitures (supply side conditions), en particulier les prix des biens intermédiaires, du travail et du capital, sont normalement identiques et données pour toutes les entreprises d'un pays. Par conséquent, le succès ou l'échec d'une entreprise particulière est déterminée par la valeur spécifique qui est ajouté au niveau de l'entreprise dans les biens et les services généralement négociés. Les entreprises en tant que preneurs de prix (price-takers) doivent honorer les coûts du travail existants pour chaque qualification, de la même façon qu'elles doivent honorer le prix du capital. Les sociétés capable de générer une plus grande productivité grâce à l'innovation et de nouveaux produits fonctionnent avec des coûts salariaux unitaires inférieurs à ceux de leurs concurrents, ce qui leur permet d'offrir des marchandises à des prix inférieurs ou de faire des profits plus élevés aux prix existants. Le premier signifie gagner des parts de marché, le second peut signifier des avantages stratégiques à long terme, grâce à des taux d'investissement élevés. Tant que les prix du travail et des produits intermédiaires sont donnés, les concurrents s'ajustent en mettant en œuvre la même technologie, ou une technologie similaire, ou en quittant le marché parce que leur production n'est plus économiquement viable.

 

Ce mécanisme ne s'applique pas au niveau des pays, parce que les taux de salaire sont normalement fixés au niveau national. Que ce soit à travers la mobilité des travailleurs dans le pays ou à travers les négociations salariales dans un contexte national, les pays, contrairement aux entreprises, sont des fixeurs de prix, et non des preneurs de prix. Si les salaires sont négociés centralement au niveau national, ou si le travail est géographiquement mobile, la loi du prix unique, "un salaire égal pour un travail égal", doit être appliquée, ce qui signifie que toutes les entreprises, peu importe leur rentabilité ou leur efficacité, doivent payer le même salaire. En conséquence, une croissance plus forte de la productivité au niveau de l'ensemble d'une économie nationale n'augmente pas la compétitivité de toutes les entreprises par rapport au reste du monde. Le progrès de la productivité à l'échelle d'une économie est normalement reflété par des salaires nominaux (et des salaires réels) plus élevés et par une croissance inchangée du coût unitaire du travail.

 

Mais même si ce mécanisme, pour une raison quelconque, ne fonctionne pas du tout, un pays ayant plutôt une productivité élevée mais d'extrêmement bas salaires, et des coût unitaires du travail très faibles n'augmenterait pas automatiquement sa compétitivité internationale, et par conséquent la compétitivité de toutes ses entreprises. Exprimés en monnaie internationale, les prix dans un pays utilisant systématiquement des politiques de dumping salarial pour améliorer sa compétitivité internationale ne seraient pas nécessairement inférieurs au reste du monde. Dans un monde de monnaies nationales et de politique monétaire nationale, un pays qui fournit ses produits à des prix beaucoup plus bas gagnerait des parts de marché et accumulerait d'énormes excédents commerciaux. Mais dans le même temps la pression politique pour régler les salaires et les prix en monnaie internationale monterait tôt ou tard, et le pays serait forcé d'ajuster ses salaires, mesurés en monnaie internationale, par une réévaluation de sa monnaie.

 

Les nations peuvent ouvrir leurs frontières pour le commerce et les flux de capitaux si leurs entreprises ont une chance équitable dans la division internationale du travail, et si elles ne sont pas en danger de perdre de façon permanente contre le reste du monde. Il s'agit de la proposition simple qui sous-tend tous les accords commerciaux comme ceux conclus à l'OMC ou ailleurs. Si, au niveau d'une économie nationale, la rémunération nominale du facteur immobile, la main-d'œuvre, dépasse l'efficacité de son utilisation (productivité du travail) par une marge toujours plus large que dans les pays concurrents, ce pays va avoir des ennuis parce que la plupart de ses entreprises sont en difficulté. Elles doivent demander des prix plus élevés et accepter la perte permanente de parts de marché ou accepter la baisse des bénéfices pour éviter la perte de parts de marché.

 

Une telle situation, qui est le résultat d'une appréciation et d'une surévaluation du taux de change réel, n'est pas viable, et une fois que la surévaluation accumulée atteint 20% environ une crise est inévitable. Un déficit dans le solde du compte courant est l'indicateur le plus visible de cette constellation pathologique, mais pas son coeur-même. En Europe, l'Italie et le Royaume-Uni ont fait face à un tel problème en tant que membres du SME en 1992 ; l'Italie a opté pour rester dans le système, le Royaume-Uni a opté pour la sortie, mais l'un comme l'autre ont dévalué leur monnaie. Dans les systèmes de taux de change ajustables, le moyen de sortir de la crise de la balance des paiements est plutôt simple : la monnaie du pays en difficulté doit dévaluer, rétablissant ainsi un niveau compétitif de salaires nominaux et de coûts salariaux unitaires nominaux mesurés en monnaie internationale. Certes, la dévaluation conduit à une baisse relative des salaires réels, mais ce n'est pas un aspect important de l'analyse.

 

4. L'Allemagne n'a-t-elle pas réussi ?


Malgré les preuves présentées ci-dessus, de nombreux observateurs du scénario européen tendent à conclure que le seul pays à l'intérieur de la zone euro qui a eu raison est l'Allemagne. Elle est politiquement forte, sa performance économique est impressionnante et, comme principal pays créancier, elle détermine les conditions auxquelles les pays endettés reçoivent une aide financière. Du point de vue que nous adoptons dans cette étude, cependant, le jugement sur les malfaiteurs et les contrevenants au traité de Maastricht est différent. Nous avons déjà montré que la modération salariale allemande a violé la cible d'inflation acceptée par tous. Cette conclusion est inévitable, lorsqu'est reconnu le fait indéniable que les coûts unitaires du travail sont le principal déterminant de l'inflation, plutôt que les agrégats monétaires, à l'intérieur des pays et dans l'union monétaire dans son ensemble.

 

Mais au-delà de cela, pour déterminer si la démarche allemande a vraiment été un succès, il est également nécessaire de considérer que l'Allemagne a pu profiter d'une situation unique dans l'histoire et de la naïveté de ses pays partenaires pour les dix premières années de la zone euro. Pourquoi la modération salariale, avec des salaires réels à la traîne loin derrière la productivité, ont-ils pu devenir un instrument si puissant ? Est-ce la preuve définitive de la validité de la théorie néoclassique du marché du travail ?

 

Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de différencier entre l'effet de la modération salariale sur la performance exportatrice, d'une part, et d'autre part son effet sur l'économie domestique. Cette différenciation est nécessaire, car il ne fait aucun doute qu'un grand pays entretenant des relations commerciales intenses avec ses voisins peut obtenir des gains extraordinaires s'il "appauvrit" ces voisins ("beggar" these neighbours) pendant longtemps, en leur volant (robbing them off) des parts de marché significatives dans le commerce régional et mondial. En effet, la part des exportations dans le PIB l'Allemagne, qui avait été plutôt stable à 30% du PIB pendant plusieurs dizaines d'années avant la création de la zone euro, a explosé dans le laps de temps assez court de 1999 à 2012 et a culminé à plus de 50%.

 

La théorie keynésienne admet parfaitement (en particulier dans le célèbre chapitre 19 de Keynes, 1936) qu'appauvrir ses voisins (beggaring one's neighbours) peut être une stratégie payante, tant que les partenaires commerciaux acceptent cet impérialisme économique (economic imperialism) et n'entreprennent pas de représailles (retaliatory action). L'Union Économique et Monétaire, faisant implicitement partie de l'accord de libre-échange au sein de l'Union Européenne, a été incapable de faire face à ce problème pour deux raisons. D'abord, parce que ses implications macroéconomiques ont été ignorées pour les raisons doctrinales mentionnées ci-dessus et, deuxièmement, parce que les autres pays de l'Union ne pouvaient pas exercer de représailles (retaliate) contre l'approche allemande agressive par des politiques commerciales, en raison des accords stricts de libre-échange du Marché commun. C'est uniquement grâce à ces circonstances uniques que la stratégie allemande pouvait être - temporairement - un immense succès sur le plan extérieur.

 

Sur le plan intérieur, cependant, ce fut un échec complet. La stratégie de modération salariale visait à stimuler la création d'un grand nombre de nouveaux emplois grâce à un changement dans les prix relatifs des différents facteurs (relative factor prices), et à la restructuration de l'appareil de production vers une méthode de production à plus forte intensité de main-d'œuvre. Cette stratégie, basée sur la théorie néo-classique du marché du travail, n'a jamais fonctionné, parce que ladite théorie a un talon d'Achille : elle exclut la dimension du temps, et le fait qu'une réduction de salaire, ou un ralentissement de la croissance des salaires, est suivie dans la réalité par une séquence d'effets et pas un retour à l'équilibre comme dans le modèle néoclassique (CNUCED TDR, 2012 et Flassbeck et al., 2013).

 

Les failles de la la relation (nexus) néoclassique deviennent évidentes, lorsque le temps réel et la séquence des événements dans le processus sont pris en compte. Diminuer les salaires réduit immédiatement la demande des ménages qui travaillent. Cette réduction peut se produire avant même la date exacte de la diminution de salaire, lorsque celle-ci peut être anticipée. Avec une chute synchronisée des salaires et de la demande chez les salariés, les entreprises hésitent à investir. Les nouveaux investissements, cependant, seraient nécessaires pour restructurer l'appareil de production en fonction des nouveaux prix relatifs du travail et du capital. Avec une demande en baisse et une chute de l'utilisation des capacités du capital existant, le stock d'investissement en capital fixe tombera également et affaiblira la demande domestique encore davantage.

 

La relation (nexus) néoclassique salaire-emploi, selon laquelle une réduction de salaire va induire un changement dans le processus de production, suppose que la demande globale ne change pas après la réduction des salaires. En d'autres termes, la théorie néoclassique suppose ce qui ne peut être supposé dans le monde réel : l'indépendance entre l'offre et la demande (independence of supply and demand) sur le marché du travail (Schumpeter, 1954 p. 991). Dans une économie fermée ou dans une économie avec un petit secteur extérieur, une baisse de la somme globale des salaires et, par conséquent, une réduction de la demande globale chez les ménages qui travaillent, pourraient être évités seulement si l'emploi devait augmenter exactement au même rythme que la chute des salaires. En outre, cela devrait s'accomplir immédiatement et instantanément, en l'espace d'une «seconde théorique». S'il y a la moindre friction dans le processus de restructuration de la production, ou le moindre retard dans l'ajustement de l'emploi, le lien salaire-emploi suggéré par la théorie néoclassique s'effondre.

 

Dans le cas allemand, cette chaîne d'événements peut être clairement observée. La modération salariale a donné lieu à des salaires réels par travailleur plus ou moins constants sur plus de 10 à 15 ans, tandis que la productivité a augmenté de façon constante. Partant, si le gouvernement n'avait pas incité les syndicats à accepter la modération salariale, la croissance normale des salaires réels aurait été d'environ 1,2%, se terminant en 2012 (avec 1999 égal à 100) à un niveau de 117 à la place de113 (figure 6). En supposant que le taux d'inflation aurait suivi la cible d'inflation pendant toute la période dans tous les pays de la zone euro, cela révèle un écart énorme entre les développements en Allemagne d'une part et en France sur l'autre, comme le montrent les courbes fictives de la figure 6.

 

 

Figure 6 : Les salaires réels par heure(¹) et la productivité(²) (1999 = 100)

Notes : (¹) Définis comme la rémunération réelle totale des travailleurs salariés divisée par le nombre d'heures de travail des travailleurs salariés multiplié par le nombre de personnes salariées. (²) Définie comme le PIB réel divisé par les heures de travail du nombre total de personnes au travail multipliées par le nombre de personnes ayant un emploi. (³) Les valeurs de 2012 sont pour les heures de travail du nombre total de travailleurs et de travailleurs salariés prévus, et sont basés sur les données de Destatis et AMECO. (4) La compensation nominale totale des travailleurs salariés est ajustée (price adjusted) par un taux d'inflation constant de 1,9% et divisé par les heures de travail des travailleurs salariés multipliées par le nombre de travailleurs salariés. Source: base de données AMECO (consultée : novembre 2012) ; base de données de l'OCDE (consultée : avril 2013); calculs des auteurs.

Notes : (¹) Définis comme la rémunération réelle totale des travailleurs salariés divisée par le nombre d'heures de travail des travailleurs salariés multiplié par le nombre de personnes salariées. (²) Définie comme le PIB réel divisé par les heures de travail du nombre total de personnes au travail multipliées par le nombre de personnes ayant un emploi. (³) Les valeurs de 2012 sont pour les heures de travail du nombre total de travailleurs et de travailleurs salariés prévus, et sont basés sur les données de Destatis et AMECO. (4) La compensation nominale totale des travailleurs salariés est ajustée (price adjusted) par un taux d'inflation constant de 1,9% et divisé par les heures de travail des travailleurs salariés multipliées par le nombre de travailleurs salariés. Source: base de données AMECO (consultée : novembre 2012) ; base de données de l'OCDE (consultée : avril 2013); calculs des auteurs.

Dans l'hypothèse d'un taux d'épargne inchangé des ménages qui travaillent, l'augmentation des salaires réels aurait abouti à une augmentation de la demande de ces ménages d'environ 1,7% par an, ce qui aurait conduit à une expansion de la demande des consommateurs allemands à des taux similaires à ceux de pays comparables, comme la France. Dans la réalité, cependant, l'augmentation a été bien moindre. Même si nous incluons les ménages du reste de la société (dont les revenus ont augmenté en raison de la demande d'exportation induite), l'augmentation annuelle moyenne des de la consommation réelle privée en Allemagne depuis le milieu des années 1990 a été bien inférieure à celle de la France. En considérant simultanément la lente croissance de la demande intérieure et la forte croissance des exportations, la question se pose de savoir si une stratégie équilibrée (balanced strategy) n'aurait pas été supérieure pour l'Allemagne, étant donné le poids important de la consommation dans le PIB au point de départ. Compte tenu des secousses de la crise de l'Euro, les dégâts politiques causés à l'Allemagne (political damage caused to Germany) et le danger d'un éclatement de la zone euro, le jugement ne peut être que négatif.

 

Beaucoup de gens sont néanmoins impressionnés par l'expérience allemande, parce que le pays a énormément bénéficié de sa stratégie "appauvris-ton-voisin" ("beggar-thy-neighbour") durant les années précédant immédiatement la crise financière. En effet, les avantages absolus de la compétitivité tels que ceux réalisés par l'économie allemande s'accumulent au cours du temps. Plus l'avantage absolu est grand, plus sont importants les gains de parts de marché dans une économie mondiale en croissance rapide. L'augmentation prodigieuse de la part des exportations et de l'excédent commercial de l'Allemagne reflètent une explosion sans précédent et unique des exportations. Pour de nombreux observateurs, le gain de l'Allemagne en puissance politique après la crise est encore plus impressionnant que sa performance économique elle-même. Mais cela est dû au simple fait que durant les crises financières (quand tout le monde prend en aversion et fuit le risque), un pays débiteur, à cause de sa dépendance aux capitaux étrangers, est habituellement sur la défensive et que le créancier prend le dessus.

 

Il ne fait aucun doute, cependant, que l’extraordinaire succès sur le front externe de l’Allemagne est dû à l’engourdissement de ses voisins (the numbness of Germany’s neighbours) et à la cécité (blindness) des institutions créées afin de guider et de superviser le bon fonctionnement de la zone euro, en particulier la BCE et la Commission européenne. Une banque centrale plus vigilante ou une Commission plus attentive seraient intervenues dès le début, avertissant l’Allemagne des risques de sa stratégie et alertant ses voisins. L’échec à le faire est donc la conséquence directe des piliers idéologiques sur lesquels l’Union européenne a été construite. Au début des années 1980, la Commission a adopté comme religion le néolibéralisme, qui depuis a guidé la plupart de ses décisions et actions. Améliorer la compétitivité a été l’objectif déclaré de l’UE dans son ensemble. Comment la Commission pouvait-elle, dans ces circonstances, empêcher l’Allemagne de faire ce que tout le monde était censé faire ?

 

L’échec institutionnel est encore plus sévère dans le cas de la BCE. Avec les yeux ouverts et sans a-prioris idéologiques (ideological barriers) la BCE aurait saisi dès le début que les coûts du travail (unit labour costs), non la masse monétaire, sont le principal déterminant de l’inflation pour l’Union dans son ensemble, ainsi que pour ses entités nationales. La BCE à échoué à anticiper (failed to address) les évolutions macroéconomiques globales et l’émergence de grands déséquilibres. Elle a également échoué à anticiper le résultat – en termes de pression déflationniste – d’une crise possible. La BCE, en tant qu’institution indépendante, aurait pu éviter l’essentiel de la catastrophe en utilisant son influence politique ou par l’émission d’avertissements publics indiquant que l’Union était sur ​​une voie dangereuse.

 

5. L’ajustement asymétrique est un must

 

Même les observateurs qui sympathisent avec les opinions exprimées ici diraient que pour l’Allemagne, la stratégie visant à contenir la croissance des salaires domestiques n’était pas d’abord (primarily) motivée par la concurrence à l’intérieur de l’Union mais principalement (mainly) par l’augmentation de la concurrence industrielle des économies émergentes, notamment la Chine. Ils ajouteraient que, comme déjà mentionné, cette stratégie a été pleinement en accord avec l’orientation générale que l’Union européenne avait pris quelques années auparavant, quand elle a exhorté ses membres à améliorer leur compétitivité.

 

Bien que ces arguments soient intuitivement séduisants pour beaucoup de gens, ils sont complètement faux, parce qu’une fois de plus ils négligent l’importance cruciale de la relation forte et stable entre le taux de croissance des coûts salariaux unitaires et le taux d’inflation. Une union monétaire essayant d’atteindre un taux d’inflation de 2% ne doit pas autoriser un de ses pays membres (le plus grand en particulier) à suivre sa propre voie en matière de développement des coûts unitaires du travail et d’inflation. Si l’Europe avait été convaincue qu’il y avait un défi des marchés émergents qui devait être relevé au niveau macroéconomique, elle aurait pu choisir un taux d’inflation inférieur (voire la déflation) pour objectif de la politique monétaire commune. En ce cas, cependant, tôt ou tard, le taux de change de l’euro par rapport au yuan chinois ou au dollar américain aurait reflété la baisse de l’inflation en Europe et détruit l’avantage que l’Europe aurait tenté d’obtenir par la poursuite d’une cible d’inflation inférieure.

 

Le message est simple : dans un monde de taux de change variables ou révisables aucun pays ne peut gagner un avantage permanent contre un autre pays qui a la possibilité d’ajuster son taux de change, conformément aux écarts d’inflation. Cela signifie que toutes les tentatives pour améliorer la compétitivité en coupant ou en modérant les salaires dans l’Union dans son ensemble est inutile. Mais c’est exactement cette approche qui a été choisie comme objectif (way forward) depuis la crise. Cette approche est erronée aussi parce que dans la plupart des pays débiteurs européens, les réductions de salaire vont échouer (will backfire) parce que leur demande domestique est plus importante que la demande extérieure. Dans des économies avec une part des exportations rapportées au PIB de loin inférieure à 50%, les stratégies de modération salariale sont contre-productives s'il n’y a aucune perspective de parvenir à un énorme surplus de compte courant sur une période prolongée de temps, et s’il n’est pas possible d’augmenter la part des exportations au-delà de la barre des 50% sans représailles des partenaires commerciaux. Dans des circonstances normales, il serait donc impossible d’imiter avec succès la stratégie suivie par l’Allemagne pendant les dix premières années de l’UEM (Union économique et monétaire : ie la zone euro).

 

Dans une union monétaire, un pays avec une faible part d'exportation, mais un énorme déficit du compte courant, et des problèmes de financement dûs à une surévaluation implicite de la monnaie, se retrouve piégé. L'ajustement à la baisse des salaires, parfois appelé à tort «dévaluation interne», est sans issue, car il détruit la demande intérieure et la production globale avant de pouvoir apporter un soulagement grâce à la hausse des exportations. En particulier, les pays avec un énorme écart de compétitivité par rapport à l'Allemagne doivent en passer par une période de rattrapage en termes de compétitivité-prix. Ce processus ne conduit pas à des gains rapides de parts de marché internationales ni à des améliorations durables dans la situation du compte courant, parce que l'avantage absolu de l'Allemagne restera intact tant que l'écart de compétitivité ne sera pas renversé, c'est-à-dire transformé en un avantage absolu pour les pays déficitaires. La figure 7 montre que les pays devront plonger en dessous de la trajectoire des UCL (coûts salariaux unitaires) allemands pendant une longue période pour reprendre une partie des pertes qu'ils ont subies dans les dix premières années de la zone euro.


 

Figure 7 : ULC(¹) de 1999 à 2012 pour différents pays de la zone euro (1999 = 100)

Note : (¹) ULC = "Coûts salariaux unitaires" (Unit labor costs cf. glossaire de l'OCDE) définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro (gross income per capita in ECU/euro of dependent employees), divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi (divided by real GDP per total number of people in employment). Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

Note : (¹) ULC = "Coûts salariaux unitaires" (Unit labor costs cf. glossaire de l'OCDE) définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro (gross income per capita in ECU/euro of dependent employees), divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi (divided by real GDP per total number of people in employment). Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

 

Le talon d'Achille du processus d'ajustement est sa lenteur. Un pays démocratique ne peut soutenir cinq à dix ans de chute du niveau de vie et de hausse du chômage, ni économiquement, ni politiquement. Le processus entraînerait inévitablement un bouleversement social (social upheaval) et des tentatives désespérées des gens d'utiliser les élections pour empêcher ce qui à leurs yeux serait une attaque frivole (frivolous attack) contre leur bien-être. C'est pourquoi le processus d'ajustement doit être au moins symétrique. Cela signifie que le pays qui est implicitement sous-évalué doit entreprendre aussi énergiquement un effort d'ajustement à la hausse, et cela signifie des augmentations de salaires plus rapides, tandis que les autres pays s'engagent en termes d'ajustement à la baisse. Le critère le plus fiable du succès des efforts d'ajustement des deux côtés est la cible d'inflation. Si l'objectif d'inflation commun n'est pas contesté en tant que tel, la restauration de la compétitivité internationale des pays déficitaires nécessite une augmentation des ULC (coûts unitaires du travail) et de l'inflation dans le pays excédentaire, jusqu'au point où un équilibre extérieure (external balance) des deux côtés, sur toute la durée de l'union monétaire (les dix premières années comprises) est atteint.

 

(fin du chapitre II)

 

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