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PHILOSOPHIES

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Aliments pour une réflexion philosophique


[DOCUMENT : partie 5] LA CRISE SYSTÉMIQUE DE L'EURO - VRAIES CAUSES ET THÉRAPIES EFFICACES par HEINER FLASSBECK et COSTAS LAPAVITSAS.

Publié par medomai sur 3 Mai 2014, 17:08pm

Catégories : #EUROPE, #EURO, #CRISE, #POLITIQUE, #FLASSBECK, #LAPAVITSAS, #ECONOMIE, #ALLEMAGNE

 

LA CRISE SYSTÉMIQUE DE L'EURO - VRAIES CAUSES ET THÉRAPIES EFFICACES

 

CHAPITRE V


 

(Traduction de THE SYSTEMIC CRISIS OF THE EURO - TRUE CAUSES AND EFFECTIVE THERAPIES, Rosa-Luxemburg-Stiftung, Berlin, mai 2013)

 

Par HEINER FLASSBECK et COSTAS LAPAVITSAS.

 

 

DOCUMENT PDF ORIGINAL DISPONIBLE EN ALLEMAND ET ANGLAIS ICI :

http://www.sahra-wagenknecht.de/de/article/1679.eurostudie-in-berlin-vorgestellt.html?sstr=flassbeck

 

 

 

 

VOIR CHAPITRE I

VOIR CHAPITRE II

VOIR CHAPITRE III

VOIR CHAPITRE IV

VOIR CHAPITRE VI

 

 

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SOMMAIRE DU CHAPITRE V : CONCLUSIONS

1. Le problème du transfert et le besoin de comptes extérieurs durables

2. Des choix futurs difficiles pour la zone euro

3. L'équilibre des coûts et des bénéfices de l'appartenance à la zone euro se modifie rapidement.

4. Une sortie ordonnée de la zone euro (UEM) à l'intérieur de l'Union Européenne

INDEX DES AUTEURS ET OEUVRES CITEES

 

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CHAPITRE V : CONCLUSIONS


 

1. Le problème du transfert et le besoin de comptes extérieurs durables (sustainable external accounts) (all. : Das Transferproblem und die Notwendigkeit tragfähiger Außenwirtschaftsbilanzen)


 

Un ajustement efficace et rapide de la valeur des devises en ligne avec les fondamentaux en termes de prix ou de coûts unitaires du travail est cruciale pour un flux régulier (smooth flow) d’échanges et de capitaux et la prévention des déséquilibres insoutenables entre les pays. Telle est la conclusion qui peut être tirée de 40 ans d’expérience avec les différents régimes de taux de change qui ont émergé depuis la fin du système de Bretton Woods. Que ce soit un régime de changes flottant librement (free floating), de façon régulée (managed floating), de façon anarchique (dirty floating), ou fixé pour toujours : dans tous ces systèmes les énormes et grandissants déficits de comptes courants associés à une perte de compétitivité des économies dans leur ensemble ne sont pas viables. Cela est également vrai pour les unions monétaires entre États indépendants. Cependant, la sur- ou sous-évaluation (appréciation ou la dépréciation du taux de change réel) se produisant dans une union monétaire en raison de dumping salarial dans un seul pays (wage dumping in one country) ou d’autres formes de concurrence entre les nations telle que la concurrence fiscale est beaucoup plus difficile à traiter, car la possibilité d’un ajustement du taux de change (exchange rate) n’existe pas.


 

Il y a un problème similaire au niveau mondial. Dans les années précédant la crise financière ont surgi d’énormes déséquilibres dans l’économie mondiale, et il est devenu clair que «les marchés» ne seraient pas en mesure de régler ce problème. Le déclenchement de la crise financière en 2008 – et ses ramifications mondiales depuis – ont propulsé le groupe des 20 pays développés et en développement sur la scène. Le G20 a été conçu pour conduire une réponse politique internationale coordonnée à la fois à la crise financière et aux déséquilibres mondiaux. Les ministres des Finances du G-20 ont souligné la nécessité de déterminer les causes de la persistance d’importants déséquilibres mondiaux et les conditions préalables du rééquilibrage. Au fil du temps, l’inquiétude s’est concentré de plus en plus sur les soldes structurels internes, les politiques fiscales et l’alignement de la monnaie, comme des éléments d’un ensemble de politiques communes pour affronter la prochaine étape de la crise.

 

Le débat du G-20 a ouvert de nouvelles voies pour résoudre le problème de la gouvernance économique mondiale. Il a été reconnu que le mantra de ” laisser les devises au marché “a perdu son pouvoir de persuasion. La contradiction entre attendre que les forces du marché fassent leur travail et l’espoir d’un réalignement des monnaies sur les déterminants fondamentaux de la compétitivité est devenue flagrante. Cette contradiction s’est révélée à nouveau au cours des dernières années où une grande économie émergente, le Brésil, a dû repousser d’énormes flux de capitaux qui causaient une appréciation insoutenable de sa monnaie. Mais cette contradiction ne devrait pas apparaître comme une surprise, l’économie mondiale ayant été dans de semblables situations auparavant. En 1985, par exemple, “les marchés” ont été incapables de résoudre les déséquilibres commerciaux de longue date entre le Japon et les États-Unis, et cela s’est finalement terminé par les accord historiques du Plaza. Après que toutes les autres approches aient échoué, une intervention coordonnée entre les membres du G-5 a finalement obtenu une dévaluation de 50% du dollar américain.

 

Le nouvel élan pour la coopération multilatérale afin de résoudre le problème des déséquilibres persistants au niveau mondial, et le fait que des propositions concrètes ont été établies de mécanismes pour réduire la volatilité monétaire et financière mondiale, devrait aussi servir de sonnette d'alarme pour l'Union. Les déséquilibres qui sont apparus à l'intérieur de l'union monétaire font partie d'un problème plus vaste de mauvais alignement des taux de change et devront éventuellement être abordés au niveau mondial.

 

Les conclusions pour le monde réel basés sur une simple identité comptable (mere accounting identity) sont généralement douteuses. Il n'y a aucun lien de causalité direct entre un déficit du compte courant et le comportement de l'épargne ("saving deficiency", déficit d'épargne) de certains secteurs de l'économie. Selon les règles de comptabilité générale, aucun pays ne peut effectuer un déficit de compte courant qui n'est pas financé par "l'épargne" nette (the net "savings") d'autres pays. Le "déficit d'épargne" est le résultat visible d'un processus macro-économique, mais pas nécessairement le résultat d'un manque d'épargne au début de ce processus. L'identité (comptable?) est totalement silencieuse sur les mécanismes économiques conduisant à un tel résultat. La conjecture de la théorie néoclassique est que l'épargne (savings) mène (lead) toujours le processus d'ajustement macroéconomique et est suivie par l'investissement. Cette conjecture est toutefois intenable.


Du point de vue de cette théorie, il apparaît paradoxal que le compte courant de nombreux pays en développement est aujourd'hui excédentaire. Est-ce le résultat d'un excédent de l'épargne au sens propre du terme ? Ou n'est-ce pas plutôt le résultat de politiques destinées à éviter l'émergence de nouveaux déficits du compte courant après l'expérience douloureuse de nombreux pays en développement face à la crise financière et les conditions politiques (policy conditionality) imposées par leurs créanciers ?

 

Les déséquilibres des comptes courants en tant que tels ne devraient pas être l'objectif principal de la politique économique, compte tenu des difficultés de quantifier la marge de variation (band) appropriée pour chaque pays, en dehors de laquelle le déséquilibre devient vraiment un déséquilibre insoutenable (le principal problème portant [the main issue affecting how] sur la façon dont ces déséquilibres naissent). Il y a beaucoup de bonnes raisons pour lesquelles un compte courant peut être en déficit ou en excédent à un certain point du temps. Une des raisons est que l'économie est en croissance plus rapide que celle de ses partenaires commerciaux, ce qui provoque l'augmententation plus rapide des importations que des exportations (un exemple : les États-Unis dans les années 1990). Une autre est que le pays peut être un grand importateur d'un produit primaire dont le prix a tendance à augmenter, ce qui augmente la facture d'importation sans qu'il y ait compensation par la hausse des recettes d'exportation (par exemple, le groupe des « pays à faibles revenus et à déficit alimentaire »). Une raison supplémentaire est encore qu'un pays peut servir de plaque tournante (serve as a hub) pour les entreprises étrangères afin de produire des produits manufacturés à grande échelle, mais qu'il n'a pas encore atteint un revenu par habitant assez élevé pour que la population consomme une quantité de marchandises importées qui équilibrerait les exportations (that would equilibrate exports) (comme en Chine, par exemple).

 

Dans tous ces cas, un amortisseur à court terme (a short term buffer) d'entrées et sorties nettes de capital (net capital inflows or outflaws) est nécessaires pour permettre un fonctionnement harmonieux (a smooth functioning) du système commercial international. En d'autres termes, les déséquilibres du compte courant ne sont pas par eux-mêmes révélateurs d'un problème systémique qui nécessite une intervention coordonnée. En outre, ce qui est important, ce n'est pas tant la position du compte courant d'un pays - certains exportateurs de produits de base peuvent compter sur le maintien de leurs excédents indéfiniment (par exemple l'Arabie Saoudite). Ce qui importe, ce sont les déficits courants qui sont causés par une perte de compétitivité de l'ensemble du secteur manufacturier (et / ou des services) d'un pays, et les excédents courants qui sont causés par des gains de compétitivité pour l'ensemble (in the aggregate). C'est ce type de déséquilibre (imbalance) du compte courant qui est clairement insoutenable.

 

Le fait que les taux de change jouent un rôle essentiel pour soldes extérieurs et, par conséquent, les développements macroéconomiques internes, est soutenu par des preuves empiriques. Analysant les facteurs qui influent sur les inversions (reversal) de compte courant, le Rapport sur le commerce et le développement de la CNUCED (2008) a montré que, plutôt que d'être entraînés par les décisions autonomes d'épargne et d'investissement des agents domestiques et étrangers, les inversions de comptes courants ont tendance à être entraînées par des chocs extérieurs provenant des marchés de biens et des marchés financiers. En particulier, les améliorations de la balance courante ont généralement été accompagnés soit par des chocs positifs dans les termes de l'échange, par une dépréciation du taux de change, ou par la panique dans les marchés internationaux de capitaux suivies par des arrêts brusques des flux de capitaux.

 

La raison plus profonde pour laquelle les déséquilibres des comptes courants sont insoutenables tient dans un sophisme de composition (fallacy of composition). Les pays endetté envers leurs partenaires commerciaux sur de longues périodes sont tôt ou tard dans une situation où des questions se posent quant à la durabilité de leur dette extérieure accumulée, en d'autres mots, leur capacité d'honorer et rembourser (service and repay) cette dette. Cependant, un remboursement net de la dette d'un pays débiteur est seulement possible quand il réalise un excédent du compte courant. Cela signifie que le pays créancier doit être prêt à tourner sa position de surplus dans une position de déficit. Les entreprises ou les ménages peuvent être en mesure de réduire leur encours de dette en se «serrant la ceinture» ou en augmentant leurs sources de revenus, ce qui n'a aucune répercussion sur le revenu actuel du créancier. Cependant, ce n'est pas possible dans la plupart des cas de relations créancier-débiteur entre nations. Si un pays créancier défend son excédent du compte courant par tous les moyens, il devient très difficile voire impossible pour le pays débiteur de transformer un déficit du compte courant en un excédent, comme l'exige le remboursement net de la dette extérieure. Ce problème est connu sous le nom de «problème de transfert". Il a été analysé par Keynes (1929) dans le cadre des paiements de réparation imposé à l'Allemagne par le traité de Versailles après la Première Guerre mondiale. Keynes est parvenu à la conclusion frappante que l'Allemagne, étant obligé de payer les réparations en nature, aurait besoin de générer des excédents de compte courant sur une longue période et devrait gagner des parts de marché au détriment des alliés, les bénéficiaires des réparations. Si ces pays se refusaient à donner à l'Allemagne la marge de manœuvre nécessaire, le paiement des réparations serait impossible.

 

Il est tragique qu'aujourd'hui l'Allemagne, qui a été la victime des conditions imposées dans son passé, ne parvienne pas à comprendre la nature de sa relation avec les membres de l'Union. L'Allemagne continue d'insister : "Tout le monde doit améliorer la compétitivité" (Merkel, 2013 et Schäuble, 2011), et elle défend ses parts de marché internationales. Cette attitude est directement ce qui empêche une solution à la crise de l'euro en créant un problème de transfert. Dans la mesure où la compétitivité est un concept relatif et puisque les comptes courants devront être équilibrés pour l'euro zone dans son ensemble (et comme le reste du monde n'acceptera pas les excédents courants d'un énorme bloc et peut s'en garantir en manipulant des taux de change), l'approche allemande viole fondamentalement la logique (violates fundamental logic).

 

2. Des choix futurs difficiles pour la zone euro


Au début de 2013, le taux de chômage dans l'UE se situait à plus de 12%. Dans certains pays d'Europe du sud, le chômage total a dépassé 25% et le chômage des jeunes a atteint un ahurissant 55%, voire 60%. Plus que toute autre chose, ces chiffres montrent l'échec de la zone euro pour lutter contre le problème qui a émergé comme étant la "crise de l'euro". La dramatique baisse de la croissance et de l'emploi a été déclenchée par les retombées de la crise financière mondiale de 2008 et 2009. Cependant, tandis que l'Allemagne et la plupart des grands pays étaient en mesure de revenir à des taux de croissance positifs assez rapidement, les pays débiteurs ont été privés des moyens de lutter contre la récession et ils ont été contraints à des politiques pro-cycliques dans des proportions qui rappellent les années 1930.

 

Le mantra allemand de "l'austérité comme seule solution" (Schäuble, 2011) a été imposé à tous les niveaux à tous les pays qui ont demandé un soutien financier lorsque leur accès aux marchés internationaux de capitaux a cessé ou a été bloqué de facto par des taux d'intérêt très élevés. Une concentration obsessionnelle sur des problèmes budgétaires apparents domine le débat. Les conditions convenues par l'Eurogroupe pour l'accès à l'aide financière des pays créanciers ont été centrées sur la consolidation des budgets publics à tout prix et le plus rapidement possible.

 

De toute évidence, les différences de rendement des obligations d'État entre les pays créanciers et débiteurs étaient le premier signal donné par les marchés financiers indiquant une scission entre les nations «solides» et les nations «dévergondées» (profligate) dans la zone euro. Mais les rendements obligataires n'indiquent pas forcément, comme beaucoup le croient, un problème avec le déficit du budget actuel ou le stock de la dette publique dans le pays concerné. Un regard en arrière à l'époque d'avant la création de l'UEM révèle que les rendements obligataires n'ont aucunement sanctionné les pays ayant une dette publique élevée de manière systématique. Les rendements obligataires nominaux ont divergé dans un large mesure, mais cela reflétait principalement la différence de niveau global de taux d'intérêt entre les pays. En termes réels, toutefois, la situation était très différente (Figure 19).

 

 

Figure 19: Rendements obligataires nominaux à 10 ans

Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calcul des auteurs.

Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calcul des auteurs.

 

Les rendements corrigés de l'inflation des obligations du gouvernement italien ou belge ne sont pas beaucoup plus élevés que ceux sur les obligations allemandes, en dépit du fait que la dette publique italienne et belge était près de trois fois la taille de la dette publique allemande (Figure 20).

 

Figure 20: Rendements réels des obligations à 10 ans (¹)

(¹) Remarque : les rendements réels des bons sont égaux aux rendements obligataires nominaux moins le taux d'inflation du PIB. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

(¹) Remarque : les rendements réels des bons sont égaux aux rendements obligataires nominaux moins le taux d'inflation du PIB. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

 

Cela montre que dans le passé les marchés n'ont pas estimé que les obligations d'État des pays de l'UE portaient un risque de défaut. Au contraire, ils ont pris en compte le risque d'une dévaluation de la monnaie dans laquelle l' obligation d'État était libellée. Le fait que les rendements ont aussi convergé parfaitement pendant la première décennie de l'UEM confirme fortement ce point : tant que le danger d'un éclatement de la zone euro a été considéré comme négligeable, la convergence des rendements obligataires nominaux paraissait parfaitement logique. Toutefois, lorsque la crise de l'euro est apparue, la sortie du pays en difficulté ne pouvait plus être exclue, de sorte que les marchés perçurent un risque croissant que les obligations de ces pays pourraient ne pas être remboursées en euros, de sorte que les rendements obligataires ont commencé à diverger. La BCE a fait plusieurs tentatives majeures pour contenir l'ampleur de la divergence, telles que les deux opérations de refinancement à long terme (LTRO), ou les signaux du président de la BCE envoyés aux marchés financiers que la BCE ferait "tout ce qu'il faut pour préserver l'euro". Grâce à ces tentatives les divergences se sont réduites, mais elles n'ont pas complètement disparu.

 

Avec l'échec patent des programmes d'ajustement à produire ce qui était attendu, à savoir «l'ajustement» en fonction d'une réduction à la fois des déficits budgétaires des Etats et du stock de la dette publique, l'incertitude sur l'avenir de l'euro reste élevée. Jusqu'à présent, la situation a été stabilisée grâce à l'énorme puissance de la BCE capable d'intervenir et de maîtriser la hausse (cap) des rendements obligataires. Toutefois, cela signifie simplement que le feu est temporairement sous contrôle, mais il est encore bien loin d'être éteint.

 

Afin de tirer les bonnes conclusions pour l'avenir de l'euro, il est important de bien comprendre ce qui s'est passé dans les pays en difficulté jusqu'à présent. Les programmes d'ajustement prescrits par la troïka ont deux composantes principales. La première est l'ajustement fiscal, les coupes dans les dépenses publiques et les taux d'imposition plus élevés. Dans un environnement de forte récession, les politiques budgétaires de ce genre aggravent inévitablement la situation. Leur impact négatif sur l'activité économique implique, en règle générale, une baisse des recettes fiscales de l'État et augmente les dépenses publiques en raison de ses obligations (standing obligations) dans le domaine de la sécurité sociale et de l'aides aux chômeurs.

 

L'idée exprimée par des membres de la troïka et le gouvernement allemand que le secteur privé pourrait réagir positivement à cette politique budgétaire restrictive est une position proche de l'absurde. Les soi-disant effets non-keynésiens, qui sont fondés sur le "théorème d'équivalence ricardienne" et la théorie du choix rationnel, sont une fiction théorique que tous citoyen raisonnable tiendrait pour un parfait non-sens. Les coupes dans les dépenses publiques à un moment où l'incertitude parmi les entreprises au sujet de la demande, et parmi les ménages au sujet de leurs revenus, est déjà élevée, et qui amènent le secteur privé à réduire les dépenses, ne servent qu'à augmenter davantage l'incertitude. L'hypothèse selon laquelle le ménage moyen forme une anticipation parfaite (has perfect foresight) quant à ses flux de revenus et sa charge d'impôt futurs revient à supposer le problème résolu (assuming the problem away) avant même qu'une analyse sérieuse ait commencé. L'incertitude dans le secteur privé devrait être pour les gouvernements une raison de dépenser plus ou de réduire les impôts, afin d'inverser et améliorer (turn around) les perceptions dans le secteur privé et d'inciter davantage de consommation privée et d'investissement. Les gouvernements faisant exactement le contraire montrent que leur politique est basée sur un modèle absurde de l'économie, un modèle que les décideurs tentent d'implanter dans le cerveau de la majorité des citoyens.

 

Le second élément de la stratégie d'ajustement, ce sont "les réformes structurelles", ce qui signifie principalement les réformes du marché du travail ou, dans un langage clair, des réductions de salaire. Selon le ministre des finances allemand (Schäuble, 2013) le moyen de sortir de la crise consiste en une amélioration de la compétitivité de tous les pays de la zone. Dans ce raisonnement, un rajeunissement (rejuvenation) de l'UE et un avenir meilleur pour tous pourra être atteint quand tous les pays qui sont maintenant en crise copieront le modèle allemand. Au-delà des problèmes concernant la notion de compétitivité mentionnés ci-dessus, « les réformes structurelles » visant à réduire les salaires sont vouées à l'échec (bound to fail). Poursuivies dans de nombreux pays en même temps, les coupes de salaires auront pour résultat une baisse spectaculaire de la demande intérieure dans toutes ces pays et l'effondrement des flux commerciaux entre eux. Comme indiqué ci-dessus, en Allemagne, les réductions de salaires ont directement réduit la demande domestique, mais dans tous les Pays européens la demande domestique constitue de loin la plus grande part de la demande totale, et donc des réductions de salaire provoqueraient une augmentation du chômage supplémentaire (figures 21-26).

 

Figure 21: ULC1 et PIB réel - France (1999 = 100).

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" (Unit labor costs cf. glossaire de l'OCDE) définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro (gross income per capita in ECU/euro of dependent employees), divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi (divided by real GDP per total number of people in employment). Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" (Unit labor costs cf. glossaire de l'OCDE) définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro (gross income per capita in ECU/euro of dependent employees), divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi (divided by real GDP per total number of people in employment). Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012) ; calculs des auteurs.

 

Figure 22: ULC1 et PIB réel - Italie (1999 = 100).

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

 

Figure 23: ULC1 et PIB réel - Espagne (1999 = 100).

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

 

Figure 24: ULC1 et PIB réel - Portugal (1999 = 100).

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

 

Figure 25: ULC1 et PIB réel - Grèce (1999 = 100).

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

 

Figure 26: ULC1 et PIB réel - Irlande (1999 = 100).

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

 

Cela ne fait aucun doute : l'aggravation de la crise dans le sud de l'Europe est étroitement corrélée avec l'application des politiques déflationnistes d'ajustement (austérité budgétaire et réduction des salaires) imposées par la troïka. Alors que la France et l'Italie ont connu une forte décélération de la croissance, même avec une croissance identique (unchanged) des salaires (et respectivement des coûts salariaux unitaires), dans tous les pays qui ont suivi le "traitement troïka" d'une manière ou d'une autre, la baisse de la croissance depuis 2009 est impressionnante.

 

La Grèce, le pays qui a fait baisser les coûts unitaires du travail plus que tout autre pays a connu une dépression et a perdu environ 20% de son PIB par rapport à 2009. Cependant, malgré ces «succès» ("achievements"), elle n'a pas atteint un niveau de compétitivité qui pourrait lui permettre de tirer certains avantages, en termes de hausse des exportations, de cet ajustement extrêmement douloureux (voir Figure 7).

 

Rappel Figure 7 : ULC1 (Coûts unitaires du travail) de 1999 à 2012 pour un choix de pays de la zone euro (1999 = 100)

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

Note: ULC = "Coûts salariaux unitaires" définis comme le revenu brut per capita des travailleurs salariés en ECU/euro, divisé par le PIB réel par personnes ayant un emploi. Source: base de données AMECO (Consultée : Novembre 2012); calculs des auteurs.

 

En tenant compte de l'évolution sur toute l'histoire de la zone euro, l'ajustement de l'économie grecque reste en deçà de ce qui est nécessaire pour restaurer sa compétitivité internationale.

 

Paradoxalement, ces pays qui sont allés assez loin afin d'améliorer leur compétitivité donnent la démonstration qu'il s'agit de la mauvaise route à emprunter pour tous les autres. Si la France et l'Italie poursuivaient des ajustements similaires aux petits pays européens de la périphérie, le résultat serait une dépression et une déflation profonde et de longue durée dans l'ensemble de la zone euro. Une telle évolution renforcerait très probablement les mouvements politiques radicaux et mettrait la démocratie en danger (such a development would most likely strengthen radical political movements and put democracy in jeopardy/ all. Eine solche Entwicklung würde wahrscheinlich radikale politische Bewegungen stärken und die Demokratie gefährden). Cela conduirait également l'opinion publique à devenir hostile à l'union monétaire et à l'idée de l'intégration européenne en général (it would also lead public opinion to shift against monetary union and the idea of European integration more generally/ all. Sie würde außerdem eine Verschiebung der öffentlichen Meinung gegen die Währungsunion und die Idee der europäischen Integration im weiteren Sinn bewirken). Par contre, sans ajustement de la France et de l'Italie, elles perdraient en compétitivité, de sorte qu'un rééquilibrage de leur commerce extérieur deviendrait impossible. Aucun de ces itinéraires n'est faisable. Cela montre que la solution de la crise de l'Union européenne ne peut résider que dans un effort de coopération internationale, y compris un ajustement majeur dans les pays excédentaires, en particulier l'Allemagne.


 

3. L'équilibre des coûts et des bénéfices de l'appartenance à la zone euro se modifie rapidement.

 

Avec la domination allemande sur les marchés d'exportation et la réticence du pays à modifier son modèle de politique économique, le type de conditions d'octroi rattachées aux programmes d'ajustement dans les économies en crise et l'ajustement dysfonctionnel lui-même signifient que, pour ces économies, le choix de rester un membre de la zone euro devient de plus en plus coûteux. Comparé à cela, les avantages d'être membre, tels que décrits au début de cette étude, sont peu importants et se rétrécissent peu à peu.

 

La désintégration des marchés de capitaux dans la zone euro après la crise financière a rapidement réduit l'avantage d'être membre de l'union monétaire et soumis à la politique monétaire commune. La BCE s'est engagé dans un effort pour contenir la divergence des taux d'intérêt à long terme, en introduisant le programme LTRO et par une intervention verbale visée dans la dernière section. Bien que cela ait permis de stabiliser la situation pendant un certain temps, les écarts de taux d'intérêt entre les pays ont subsisté, venant s'ajouter à la situation défavorable de la compétitivité externe. Le résultat, ce sont des conditions monétaires (taux d'intérêt réels et taux de change) qui sont pires en termes absolus dans les pays déficitaires, où la situation économique exige un stimulus beaucoup plus fort que dans les pays excédentaires. Dans le même temps, la faiblesse record des taux d'intérêt sur les obligations d'État dans les pays excédentaires prépare le terrain pour une consolidation facile de leurs budgets, étant donné que les conditions monétaires bienveillantes stimulent l'économie globale.

 

Cela implique que la divergence d'origine et la direction générale des programmes d'ajustement déstabilisent l'union monétaire d'une telle façon que la survie de l'Union elle-même est sérieusement remise en question (Das bedeutet, dass die ursprüngliche Abweichung und die generelle Ausrichtung der Anpassungsprogramme die Währungsunion so stark destabilisieren, dass ein Überleben der Union selbst ernsthaft in Frage gestellt ist). Cependant, les responsables politiques européens ne semblent pas reconnaître ce fait (Die politischen Entscheidungsträger in Europa scheinen jedoch weder diese Tatsache zu erkennen). Ils ne sont pas prêts à s'engager dans un effort politique pour améliorer l'économie globale et stopper la divergence croissante. Par conséquent, la désintégration et l'effondrement final de l'Union doivent être considérés comme une éventualité sérieuse (disintegration and eventual collapse of the union have to be considered seriously / Deswegen müssen ein Zerfall und schließlich der Zusammenbruch der Union ernsthaft in die Überlegungen mit einbezogen werden).

 

La BCE, en particulier, devrait suivre de façon bien plus conséquente une approche politique qui empêche la divergence des taux d'intérêts à long terme. Mais jusqu'à présent, elle a agi mollement. D'un côté, la BCE a mis en évidence la possibilité de prendre des mesures rigoureuses et cruciales ("quoiqu'il en coûte ..."). D'un autre côté, elle a évité de mettre en œuvre réellement de telles mesures. Pire encore, au cours des négociations avec Chypre, la BCE a obligé directement le gouvernement de Chypre à accepter les conditions imposées par l'Eurogroupe en menaçant d'arrêter la fourniture de liquidité aux banques les plus vulnérables du pays. C'était une grave erreur et une violation du rôle de la banque centrale dans une union monétaire. La banque centrale doit être la banque centrale pour chaque pays de façon absolument non partisane, et ne devrait pas commencer à faire du chantage aux gouvernements. Les conditions politiques attachées aux fonds de renflouement fournis par es autres pays européens est une chose ; c'est le résultat de négociations entre Etats souverains, au moins dans le sens formel du mot «souverain». Mais l'apport de liquidités par la banque centrale est une autre affaire.

 

Si le business model des banques s'avère de ne plus être viable, ces banques doivent être démantelées par les autorités de surveillance d'une façon ordonnée, ce qui inclut la protection des déposants, il comme prévu dans les règles et réglementations européennes. Mais si les modèles d'entreprise des banques concernées sont soumis à des négociations entre gouvernements, si la banque centrale se tient aux côtés de ces gouvernements et met une pression supplémentaire sur les banques pour les restructurer ou les fermer dans un très court laps de temps, cela crée un très grave précédent et détruit la confiance des déposants dans la monnaie commune. L'égalité de traitement des clients des banques dans toute l'Union monétaire, identique pour les déposants et les investisseurs, est une condition préalable pour un ordre monétaire qui fonctionne. Cette règle a été violée dans le cas de Chypre.

 

4. Une sortie ordonnée de la zone euro (UEM) à l'intérieur de l'Union Européenne


Chypre est le premier cas d'un pays qui est détaché de la convertibilité généralement convenue à l'intérieur de la zone euro. Des restrictions sur les mouvements de capitaux ont été imposées par les autorités de Chypre, mais ces restrictions ont été approuvées par la troïka. Cela signifie que l'union monétaire a effectivement cessé d'exister comme une entité unique, car elle ne respecte pas pleinement ses obligations. En outre, le choc provoqué à Chypre et l'obligation imposée au pays d'abandonner sa stratégie économique nationale, pratiquement du jour au lendemain, ont conduit à de profondes inquiétudes quant à l'avenir de Chypre à l'intérieur de la zone euro. Pour la première fois dans l'histoire de la crise européenne, les citoyens ont été choqués à un tel point qu'il n'est plus tabou de parler d'une sortie de l'union monétaire.

 

En effet, comme les coûts économiques de l'adhésion sont en augmentation et que les avantages diminuent, plusieurs pays doivent envisager l'option de la sortie. Il n'y a cependant aucune manière facile de sortir d'une union monétaire telle que la zone euro. Dévaluer une monnaie qui est déjà en circulation et briser sa convertibilité fixe à une autre monnaie, comme en Argentine en 2002, est aisé comparé à l'énorme logistique et aux défis politiques de l'introduction d'une nouvelle monnaie.

 

La plus grande difficulté, et de loin, consiste à préparer la population. Il serait extrêmement difficile de maintenir une étape aussi importante secrète, ou de l'exécuter du jour au lendemain, même si certaines actions devraient avoir lieu rapidement. Mais dans le cas de l'euro, la crainte de perdre une partie de leur économies inciteraient les déposants à retirer leurs dépôts dans les banques nationales et à les transférer à l'étranger. Le résultat serait une panique bancaire qui menacerait d'effondrement le système bancaire. Pour éviter un effondrement du système bancaire, il serait nécessaire d'imposer de sévères contrôles administratifs sur les banques ainsi que sur les flux de capitaux. Dans le cas de Chypre, cependant, la troïka a déjà imposé d'énormes pertes aux déposants des deux plus grandes banques. En outre, la troïka et les autorités chypriotes ont déjà imposé des restrictions sur les transactions bancaires et sur les flux de capital. Le choc pour la population est déjà presque équivalent à une complète sortie hors de la zone euro.

 

Outre le choc immédiat et la nécessité d'imposer des contrôles sur les flux de capitaux bancaires, sortir de l'euro créerait aussi des problèmes de circulation monétaire, d'autant plus que les billets prennent du temps à imprimer. La monnaie électronique pourrait être convertie rapidement, selon la loi régissant les contrats particuliers. Il serait néanmoins nécessaire, probablement, pour l'Etat de dynamiser la monnaie crée (fiat money) avec la circulation locale de reconnaissances de dettes (IOUs) de différentes sortes, - souvent émises par les autorités locales - pour répondre aux besoins de liquidité jusqu'à ce que la nouvelle monnaie soit fermement en place. Pendant quelques temps, il y aurait des turbulences monétaires et les systèmes parallèles de tarification à celui en vigueur.

 

Le problème technique le plus complexe pour revenir à une monnaie nationale, cependant, serait de trouver une solution viable de nouveau régime de change. La nouvelle monnaie pourrait être introduite à un taux officiel de 1:1 par rapport à l'euro, mais il se déprécierait évidemment rapidement sur les marchés FX. Pour un petit pays comme Chypre, qui dépend vitalement des importations, l'ampleur de la dévaluation de la nouvelle monnaie nationale serait cruciale. Si la nouvelle monnaie était entièrement laissée au marché, il y aurait un risque significatif d'une baisse de la valeur qui irait loin au-delà de ce qui serait justifié pour restaurer la compétitivité des exportations du pays. Une telle dévaluation profonde causerait des pressions sur le plan des importations qui seraient à peine supportables. La perspective de devoir faire appel au FMI, peu de temps après que la troïka ait perdu le contrôle du pays, serait un cauchemar. Mais cette perspective ne pourrait pas être exclue, dans la mesure où les aléas d'une sortie et l'incertitude quant à l'avenir du pays peuvent faire baisser la demande de monnaie de manière significative à court terme. Pour empêcher un tel résultat, il serait utile d'envisager un filet de sécurité fourni par d'autres pays de l'UE.

 

Les pays dans une situation similaire à celle de Chypre et qui envisagent la sortie de la zone euro pourraient y songer à deux fois avant de sortir eux aussi de l'Union européenne. Le maintien dans l'UE pourrait s'avérer important pour préserver des liens avec le marché commun européen, et donc les bénéfices de l'accès aux marchés d'exportation une fois la compétitivité restaurée. L'UE a l'obligation morale et pratique de se préparer à une telle situation, permettant ainsi aux pays prêts franchir cette étape cruciale de le faire d'une manière sûre. L'UE pourrait facilement fournir un filet de sécurité sous forme d'un mécanisme monétaire relié à la zone euro. Il serait même possible de faire revivre certains aspects du SME utilisé avant la création de la zone euro, et qui existe encore de manière formelle (formally). Le nouveau SME pourrait permettre à ces pays d'arrimer leur nouvelle monnaie à l'euro à un taux raisonnable, réduisant ainsi le risque de devenir un punching-ball pour les marchés financiers internationaux. Une telle "sortie ordonnée" (orderly exit) aiderait à préserver quelques-unes des réalisations et de l'esprit du partenariat européen (the spirit of European partnership), sans tenir des pays dans le carcan de l'union économique et monétaire. La crise a démontré que cette dernière a tendance à détruire les relations amicales (the amicable relations/den Geist europäischer Partnerschaft) établies entre les nations européennes au cours de ces cinq dernières décennies (Die Krise hat gezeigt, dass letztere tendenziell die freundschaftlichen Beziehungen zerstört, die in den letzten fünf Jahrzehnten zwischen den europäischen Nationen aufgebaut wurden).

 

5. Ni un une union politique ni une union de transfert ne sont la solution.

 

Beaucoup de gens rêvent d’une Europe entièrement unifiée politiquement qui aiderait à surmonter les difficultés actuelles rencontrés par la zone euro. À notre avis, ce rêve ne devrait pas guider la politique. Compte tenu de l’incapacité manifeste de l’Union européenne à gérer l’union monétaire, les observateurs réalistes doivent admettre le fait que l’Union était un objectif trop ambitieux. La tentative d’avancer rapidement sur le chemin de l’union politique au moyen d’une union monétaire n’a pas fonctionné. Maintenant, paradoxalement, l’Europe doit se faire un pas en arrière si elle veut avancer à nouveau (has to retreat if it is to progress again). Au cœur de l’échec de la zone euro se trouvent le modèle mercantiliste allemand et l’incapacité des autres pays européens de mettre en doute ce modèle ouvertement et de convaincre l’Allemagne que ce n’est pas même dans son propre intérêt d’opter pour la concurrence plutôt que la coopération entre les nations, en particulier entre les membres de l’union monétaire. La reconnaissance du manque d’esprit de coopération sera une renaissance (fact of life) dans la mesure où (for) l’avenir prévisible doit réformer les arrangements institutionnels pour une division pacifique du travail en Europe. Cela ne nécessite pas nécessairement une union monétaire. Sans chercher une union monétaire, il redeviendrait possible d’utiliser la dévaluation monétaire comme instrument de politique économique et de contenir (fend off) les tentatives faites par certains pays pour occuper économiquement les autres (economically occupy others). La dévaluation a en effet été le mécanisme le plus fréquemment utilisé dans l’histoire moderne pour répondre aux attaques des partenaires commerciaux agressifs plutôt que de s’engager dans le protectionnisme pur et simple. Un système de dévaluation ordonnée (et réévaluation de l’autre côté) pourrait préserver beaucoup mieux le principe (the core idea) sur lequel l’intégration économique en Europe a été fondée, à savoir le libre-échange, plutôt que les arrangements actuels (CNUCED TDR 2010). Une union de transfert, qui est considérée par certains comme une autre solution, n’est pas possible entre des nations indépendantes et souveraines. Aucun membre de l’Union européenne ne veut devenir dépendant d’un seul pays, l’Allemagne, qui pourrait transférer de l’argent à ses voisins pour leur permettre d’acheter ses produits, ce qui conduirait à un diktat allemand sur les conditions de la vie quotidienne en Europe.


FIN DU CHAPITRE V

 

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VOIR CHAPITRE IV

VOIR CHAPITRE VI

 

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