Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

PHILOSOPHIES

PHILOSOPHIES

Aliments pour une réflexion philosophique


L'INTÉRÊT selon FLASSBECK et SPIECKER

Publié par medomai sur 31 Mai 2014, 10:27am

Catégories : #ECONOMIE, #TAUX D'INTERET, #BANQUES, #FLASSBECK, #SPIECKER, #ECHANGE, #EUROPE, #MONNAIE, #ANTICIPATION, #HISTOIRE

L'INTÉRÊT selon FLASSBECK et SPIECKER

(source : www.flassbeck-economics.de)

M. Heiner FLASSBECK (né en 1950) est diplômé en économie de l'Université de Sarre, en Allemagne, Ph.D. de l'Université libre de Berlin (1987), professeur honoraire à l'Université de Hambourg, membre du Secrétariat de la CNUCED (Nations Unies) à Genève depuis 2000 ; depuis 2003 directeur de la division sur la mondialisation et les stratégies de développement ; chef de l'équipe qui prépare le Rapport sur le commerce et le développement. Ancien vice-ministre des Finances en Allemagne auprès d'Oskar Lafontaine (oct.1998-avr.1999) et économiste en chef de l'Institut allemand de recherche économique (DIW) de Berlin depuis 1990 (Source supplémentaire : Wikipédia, consulté le 24/05/2013). M. Flassbeck a crée un cabinet de consultant en économie et un site internet dédié : http://www.flassbeck-economics.de/

 

Mme Friederike SPIECKER est diplômée en économie de l'université de Constance (Bavière). En 1993 elle commence à travailler à l'institut DIW de Berlin sous la direction de Heiner Flassbeck. Elle est membre du secrétariat de la CNUCED (Nations Unies) à Genève depuis 2000, et travaille en freelance dans la recherche économique et comme consultante économique pour les partis politiques, les syndicats, et d'autres organisations. Elle rejoint le cabinet de conseil Flassbeck-economics en 2013. Le site de Mme SPIECKER : http://www.fspiecker.de/.

---------

 

 

 

 

 

 

 

NOTRE SYSTEME MONETAIRE

 

chapitre XVI : l'intérêt

 

Introduction au document (payant dans son intégralité), publiée le 30 mai 2014 par Heiner Flassbeck et Friedericke Spiecker

 

http://www.flassbeck-economics.de/abo-preview-unser-geldsystem-xvi-der-zins-1/

(Cet article ne peut être lu en intégralité que par les abonnés. Une version payante existe indépendament de l'article)

***

 

 

« La question de savoir si le taux d'intérêt est un prix tout à fait à part (ganz besondere Preis) fut violemment débattue durant de nombreux siècles, au sein de la société et parmi les économistes politiques (in der Volkswirschaftslehre). En Islam, l'intérêt est interdit, de même que dans les sociétés chrétiennes, les taux usuraires (Wucherzinsen) se trouvent au centre de nombreux conflits. Ce n'est pas pour rien si l'usure était interdite par la loi dans les sociétés occidentales ; par ailleurs, dans la oh!-tellement-libre économie de marché (ach so freien Marktwirschaft), que l'Allemagne a introduit après la Seconde Guerre mondiale, le taux de prêt (der Habenzins) que les banques versaient sur les dépôts, était fixé par la loi (gesetzlich vorgeschrieben) jusqu'aux années 60.

 

De même, dans les débats sur le lointain avenir de notre économie, le taux d'intérêt joue un rôle crucial. Si l'intérêt et l'intérêt composé n'existaient pas, il n'y aurait aucune obligation (Zwang) de continuer à croître (wachsen) et à détruire l'environnement, soutiennent de nombreux groupes engagés, qui tiennent pour impossible la croissance perpétuelle de l'économie gouvernée par des humains sur une planète finie. La charge croissante du remboursement des intérêts (Zinslast) découlant de la dette nationale, qui repose sur les générations futures, occupe une place essentielle dans le débat public sur la politique budgétaire.

 

L'exemple des dix euros (ou n'importe quelle somme d'une autre monnaie), qui avec un pourcentage d'intérêt très faible depuis la naissance du Christ jusqu'à nos jours finissent par donner une somme incroyablement élevée (à deux pour cent d'intérêt annuel, l'intérêt composé attendrait un montant de l'ordre du trillion échelle longue : un milliard de milliards, soit un certain nombre avec 19 chiffres = 1 000 000 000 000 000 000), un tel exemple est devenu presque un symbole de l'impossiblité de conserver [durablement] un système basé sur les intérêts. En outre, des idées concernant une interdiction générale de l'intérêt comme en Islam, ou bien le concept d'une monnaie fondante (Schwundgeld) (c'est-à-dire de l'argent qui perd automatiquement et progressivement sa valeur) sont actuellement en vogue.

 

Mais le taux de l'intérêt n'est pas seulement crucial pour l'avenir lointain, il est également, et de loin, le prix le plus important dans le débat actuel sur le sauvetage de l'économie européenne (dans ce cas, il est fixé ensemble par la banque centrale). Pour les banques centrales, la tâche la plus importante est de déterminer le taux de l'intérêt, que les banques ont à payer pour la fourniture de monnaie de banque centrale (Zentralbankgeld), et les banques centrales adoptent de plus en plus (übernehmen mehr und mehr) la politique économique active (die aktive Wirtschaftspolitik).

 

Comme presque toujours, la théorie dominante s'est constituée de manière simple (einfach) parmi les économistes. Pour eux, le taux d'intérêt est tout simplement le prix de l'argent ou du capital (der Preis für Geld oder für Kapital). Là où l'offre et la demande se rencontrent, le demandeur est disposé à payer un certain taux d'intérêt pour l'argent et le capital, pour s'offrir plus (donc pour débourser plus) aujourd'hui qu'il ne gagne ; et le fournisseur est prêt à renoncer à cet intérêt pour le consommateur, intérêt dont il pourrait profiter, s'il n'épargnait pas aujourd'hui, donc s'il ne dépensait pas moins que ce qu'il gagne. Le taux d'intérêt du marché, qui résulte de cette interaction des forces du marché est, pour ainsi dire, le prix de la renonciation à la consommation (Konzumversicht) de l'épargnant (le prix de l'attente – der Preis der Wartens -, comme on l'appelle parfois).

 

Que ce n'est pas si simple, on peut d'ores et déjà s'en apercevoir dans le fait qu'en réalité, le taux d'intérêt n'est pas le prix payé lorsque l'argent vous tombe dans les mains. Dans la majorité des contrats qui sont conclus entre les investisseurs et les emprunteurs, le taux d'intérêt convenu est d'abord une promesse de payer quelque chose plus tard, pour la fourniture du capital (eine Versprechen, für die Überlassung des Kapitals künftig ewas zu zahlen). Cette promesse (Versprechen) ne peut être tenue que si, grâce au capital, des gains sont réalisés, qui permettent d'effectuer les remboursements de l'intérêt (Zinsdienst). C'est ce qu'exprime le mot « crédit » (Kredit) lat. credere = croire) : le créancier (der Glaubiger)1 croit l'emprunteur, [croit] qu'il remboursera le capital emprunté et qu'il payera également des intérêts en supplément.

 

Le fait que la conception du taux d'intérêt esquissée [par les économistes], en tant que prix résultant (Preisergebnis) [du jeu de l'offre et de la demande sur] le marché des capitaux, est trop simpliste, se manifeste aussi dans la considération suivante : dans un système où l'argent est créé (geschaffen) par les banques (y compris la banque centrale) et se trouve à la disposition des investisseurs, on n'a pas besoin de renoncer à quelque chose quand l'autre veut investir (muss niemand auf etwas versichten, wenn ein anderer investieren will). Mais de quoi alors l'intérêt est-il le prix (Wofür aber ist der Zins dann der Preis ?) ? Celui du seul rendement des services bancaires (Für die einmalige Dienstleistung der Banken), qui se résument aujourd'hui en pratique à seulement quelques clics d'ordinateur ? Comment se fait-il qu'il y ait un prix pour l'argent et le capital qui sont créés à partir du néant (aus dem Nichts) ? Pourquoi ne pas fournir cet argent à la société ou à l'État gratuitement, afin qu'ils puissent faire quelque chose de rationnel (etwas Vernünftiges), sans devoir supporter des coûts inutiles ?

 

Beaucoup de questions, peu de réponses. Nous voulons essayer d'apporter un peu de lumière dans l'obscurité. C'est particulièrement nécessaire à une époque où l'intérêt positif (der positive Zins) semble en passe de disparaître. Jamais il n'y a eu, dans l'histoire récente, une si longue période où le taux d'intérêt soit resté si faible qu'il ne l'est aujourd'hui. Donc oui, on va parler de taux d'intérêt négatifs, et on réfléchit sérieusement à la possibilité de distribuer de l'argent à la masse du peuple par hélicoptère (ou par chèque individuel de la banque centrale). »

 

NOTES :

1  En allemand, "croire" se dit : glauben. Le créancier peut donc aussi bien se traduire : le croyant.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents