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PHILOSOPHIES

PHILOSOPHIES

Aliments pour une réflexion philosophique


LA POLITIQUE DE LA DESILLUSION par John KEANE

Publié par medomai sur 27 Mai 2014, 20:16pm

Catégories : #KEANE, #DEMOCRATIE, #ROY, #MENCKEN, #CRISE, #POLITIQUE, #POUVOIR, #BADIOU, #ANTICIPATION, #ZIZEK

LA POLITIQUE DE LA DESILLUSION par John KEANE

John KEANE, d'origine australienne, est professeur de sciences politiques à l'Université de Sydney et au Wissenschaftszentrum de Berlin (WZB). Il est le directeur du réseau Sydney Democracy Network (SDN) nouvellement créé. Il plaide pour un renouvellement et une défense de ce qu'il appelle monitory democracy, la démocratie de contrôle. Les sites ou intervient M. Keane :

www.johnkeane.net
www.thelifeanddeathofdemocracy.org
www.theconversation.com/columns/john-keane-267

animographe : HATEPLOW sur Tumblr.

animographe : HATEPLOW sur Tumblr.

 

 

La politique de la désillusion :

 

la démocratie peut-elle survivre ?

 

 

Par John KEANE

 

 

 

Article traduit par Medomai avec l'aimable autorisation du professeur Keane. Cette "note de terrain" a été publiée le 27 mars 2012. Notre traduction fait partie, avec la précédente (sur les banques et la démocratie), de la série des "NOTES DE TERRAINS SUR LA DEMOCRATIE" (Fieldnotes on democracy series) de M. KEANE, dont nous nous proposons de traduire certaines sur ce blog.

 

https://theconversation.com/the-politics-of-disillusionment-can-democracy-survive-6073

 

***

 

 

 

« Inquiétude et mécontentement, comme un essaim rapide de criquets, se répandent dans les champs asséchés de la démocratie. Regardez autour de vous, au-delà des frontières dans lesquelles vous vivez. Le désenchantement du public envers les politiciens et la "politique" officielle s'accroît de toutes parts, entretenu par les luttes intestines entre factions et les méfaits des populistes.

 

 

Demandez aux citoyens de Grèce, de Hongrie ou d'Irlande ce qu'ils pensent de la démocratie : une nette majorité disent que c'est un bel idéal qui semble désormais corrompu et presque détruit. D'importantes minorités de citoyens dans des démocraties par ailleurs aussi différentes que l'Espagne et le Chili, l'Italie, le Japon, l'Inde, disent la même chose.

 

 

Certaines soi-disant démocraties - Israël ou l'Ukraine en font partie – cultivent activement la désillusion envers les idéaux démocratiques (are breeding active disillusionment with democratic ideals). Et aux États-Unis, un sondage réalisé en 2010 par Opinion Dynamics pour Fox News a révélé que près de deux-tiers des Américains (62 % avec une marge d'erreur d'échantillonnage de plus ou moins 3 points de pourcentage) pensent que leur propre démocratie impériale (their own imperial democracy) est en déclin. Les chiffres n'ont pas changé depuis. Et maintenant, ces mêmes citoyens se demandent : la démocratie est-elle parvenue en Irak , ou en Afghanistan ? Parviendra-t-elle en Syrie ?

 

 

Les réponses à ces questions semblent superflues. Pas étonnant que les sceptiques de la démocratie se sentent encouragés. « Le mariage entre démocratie et capitalisme est terminé », écrit Slavoj Žižek, le Lénine auto-proclamé (the self-styled Lenin) de notre époque. « Démocratie égale abstraction monétaire égale un désir de mort organisée », écrit son ami le philosophe français Alain Badiou. « L'Occident est devenu très prétentieux », affirme Fu Ying, vice-ministre chinoise des Affaires étrangères. « À la fin de la journée, la démocratie toute seule est incapable de mettre le repas sur la table. C'est çà, la réalité. »

 

Slavoj Žižek, philosophe et psychanalyste slovène (né en 1949, source : wikipédia et exicarus.com)

Slavoj Žižek, philosophe et psychanalyste slovène (né en 1949, source : wikipédia et exicarus.com)

Alain Badiou, philosophe, romancier et dramaturge français (né en 1937, source : wikipédia et telerama.fr)

Alain Badiou, philosophe, romancier et dramaturge français (né en 1937, source : wikipédia et telerama.fr)

Fu Ying (prénom occidental "Theresa", née en 1953 en Mongolie), actuelle Vice-ministre des affaires étrangères chinoise depuis 2009, ex-ambassadrice de Chine auprès des gouvernements indonésien, phillipin, australien, puis du gouvernement britannique (présidence Hu Jintao 2007-2010) (source : http://en.wikipedia.org/wiki/Fu_Ying).

Fu Ying (prénom occidental "Theresa", née en 1953 en Mongolie), actuelle Vice-ministre des affaires étrangères chinoise depuis 2009, ex-ambassadrice de Chine auprès des gouvernements indonésien, phillipin, australien, puis du gouvernement britannique (présidence Hu Jintao 2007-2010) (source : http://en.wikipedia.org/wiki/Fu_Ying).

 

 

Percevant que les tendances politiques (political tides) évoluent en leur faveur, elle et d'autres critiques mettent l'accent sur les fondations sociales en ruine de la démocratie. Ici, ils marquent un point. Parmi les principales leçons politiques [que l'on peut tirer] de la grande stagnation atlantique (the great Atlantic stagnation) engendrée par l'éclatement d'une bulle bancaire, il y a la profonde dépendance structurelle envers les marchés des méthodes démocratiques pour la gestion du pouvoir (democratic ways for the handling of power). Les défaillances du marché ont engendré des défaillances de la démocratie, avec des conséquences sociales douloureuses. Des sociétés en forme de sablier prennent forme. Les coefficients de Gini et les inégalités de richesse se creusent.

 

Dans un nombre non négligeable de démocraties, les riches sont désormais hyper-riches (hyper-rich). Les angoisses de la classe moyenne se multiplient ; une nouvelle classe précaire (a new precarious class) composée de personnes semi-salariées et de chômeurs permanents est née ; la xénophobie et le nationalisme sont à la hausse ; et avec des chiffres du chômage élevé et en hausse chez les jeunes (30 % en Italie, 50 % en Espagne, 5,5 millions dans la seule Union européenne), de nombreux jeunes citoyens se sentent exclus du jeu démocratique.

 

Qui peut les en blâmer ? Les jeunes citoyens regardent autour d'eux et voient peu de dirigeants politiques intelligents parlant leur langue, représentant leurs intérêts, et en mesure de changer les choses. Obama symbolise les promesses non-tenues. Pour eux, la démocratie électorale (electoral democracy) est une démocratie fantôme. Elle ressemble à un jeu (a game) joué par des hommes riches et puissants. Les partis politiques n'intéressent personne. Les politiciens donnent la nausée.

 

Les parlements sont, eh bien..., pire que les gens parlant de boulot en dehors du boulot. Ce qui est particulièrement préoccupant, de nombreux jeunes le disent, c'est actuellement le bond spectaculaire dans l'utilisation des pouvoirs exécutifs (executive powers). Sur toute une série de questions, allant des drones et des armes nucléaires à l'austérité budgétaire imposée et à la protection de l'environnement, les décisions d'importance fondamentale pour l'existence de millions de personnes sont prises (ou bloquées) arbitrairement (arbitrarily), souvent derrière des portes closes dans des lieux transfrontaliers éloignés (in remote cross-border settings).

 

Il est possible que les plaintes de la jeune génération soient des signaux d'alerte précoce, des alarmes annonçant que le pire est à venir. Nul ne peut le dire, mais les parallèles avec la grande crise qui a mis la démocratie à genoux durant les années 1920 et 1930 paraissent fort crédibles.

 

Il est vrai que sur le web, une surveillance publique scrupuleuse est en plein essor ; que le suffrage universel est largement considéré comme une question réglée ; et que, au moins sur le papier, il existe un nombre record de démocraties électorales « libres et équitables » (free and fair) (il y en aurait au moins 25 selon l'Economist Intelligence Unit, deux fois le nombre de 1945). Et certes, Mussolini, Hitler, Staline et Hirohito brillent par leur absence ; des personnages calmes les remplacent, comme Mario Monti, Angela Merkel et Yoshihiko Noda.

 

Il faut tenir compte de ces différences. Pourtant, le fait est que nous vivons à une époque où la démocratie parlementaire souffre d'artériosclérose. La richesse (big money) remporte de façon disproportionnée les votes. Encerclés par les lobbyistes, les comités législatifs externalisent (outsource) les décisions politiques capitales, on se défie par conséquent des politiciens, et les mécanismes parlementaires semblent souvent inefficaces (toothless). Les rythmes [de fonctionnement] du gouvernement représentatif sont en complet décalage avec ceux des catastrophes environnementales telles que celles de Bhopal, Deepwater Horizon et Fukushima. La démocratie parlementaire semble détraquée (unhinged), purement réactive, noyée (dragged down) par son incapacité à traiter les grands problèmes nationaux et transfrontaliers... et par son incapacité à les résoudre de façon juste et efficace (fairly and squarely).

 

Ce sont ces tendances qui exigent une pensée politique hétérodoxe, un sens renouvelé de l'urgence concernant les forces et faiblesses de la démocratie, de son destin global passé, présent et futur. Nous devons essayer de sauter par-dessus nos propres ombres, mettre de côté le donné, faire de la place pour de nouveaux défis, comme de savoir si et comment le droit de représentation démocratique peut être étendu à notre biosphère, examiner si la région Asie-Pacifique détient les clés de l’avenir de la démocratie, ou si de nouvelles justifications de la supériorité [de la démocratie] peuvent aller au-delà du cliché de Winston Churchill qui en faisait la moins mauvaise forme de gouvernement. Mais la pensée démocratique renouvelée, de nouveaux imaginaires démocratiques comme disent les philosophes politiques, exigent des méthodes différentes pour exprimer les choses, pour articuler ce qui ne peut facilement être dit, pour mettre en lumière les silences et les évidences non-interrogées.


L'article de revue professionnelle, parsemé de jargon de science politique, publié un an après sa présentation et son acceptation par des pairs relecteurs anonymes, puis étudié par une poignée de ces derniers, n'est pas le bon moyen pour saisir le présent (capture the moment). Livres et chapitres de livres ont encore leur place, mais à cause de leur délai de publication, ils risquent l'obsolescence entre les mains d’une actualité qui change rapidement. Les éditoriaux (op-ed) aléatoires vont et viennent, mais sont facilement oubliés. Donc, ce qu'il faut, c'est quelque chose qui est à la fois plus immédiat et plus durable : de nouvelles manières d’écrire, peut-être mêlées à d'autres médias, des façons vivantes de capturer les idées hétérodoxes, l'importance à long terme des événements, l'immédiateté de personnages, les revers, les scandales politiques, les arrêts et les avancées.


Les carnets de note (notebooks) sont un medium approprié à ce genre de choses. À ne pas confondre avec le film larmoyant du même nom1, ni avec ces ordinateurs portables ultra-minces, ils sont une forme démocratique de l'écriture (a democratic form of writing). Composés de fragments brisés et interrompus, ils refusent les mâles certitudes. Ils ont les pieds sur terre, mais ne prétendent pas la posséder. Les carnets de note refusent de se livrer aux mauvaises habitudes des intellectuels et des politiciens fiers de leur capacité à défendre et promouvoir les grandes abstractions traditionnelles. Les carnets de note exposent les perplexités. Ils posent des points d'interrogation. Partout où c’est possible, ils ajoutent des points-virgules, des blancs et des notes en marge du bluff et des fanfaronnades d’apologistes de la démocratie comme Samuel Huntington Jr. et Francis Fukuyama, ou d’idéologues anti-démocratie comme Alain Badiou et Slavoj Žižek.


La modestie est la qualité la plus frappante des carnets de note. Ils laissent se poursuivre les conversations. C’est Tocqueville qui, le premier, l’a montré dans ses réflexions américaines au début des années 1830, les carnets de note de la démocratie capturent les circonstances (particulars). Ils s'efforcent à la précision, mais ne prétendent pas détenir la «vérité». Ils ont un sens aigu de la contingence des choses, et à cet égard ils expriment l’une des plus importantes spécificités de la démocratie comme forme politique vécue : la façon dont celle-ci exige des citoyens et de leurs représentants qu’ils vivent ouvertement comme des égaux devant les tensions et les fatigues [que produit] l’incertitude politique.

 

1  “Notebook” de Nick Cassavetes (2004), sorti en France sous le titre “N'oublie jamais”...

Arundhati ROY (écrivaine militante indienne, née en 1961), ici à l'Université de Westminster, Londres, juin 2011.

Arundhati ROY (écrivaine militante indienne, née en 1961), ici à l'Université de Westminster, Londres, juin 2011.

 

Des réflexions libres transformées en carnets de note pour le Web, rédigées pour des lecteurs anonymes de contrées inconnues : la tâche n'est pas simple, comme vous le constaterez dans les prochains jours, semaines et mois. C'est une entreprise (art) étrange et difficile, avec peu de repères, mais deux exemples importants me viennent à l'esprit. L'un d'eux est Listening to Grasshoppers : Fieldnotes on democracy (2009, traduit en français en 2011: La démocratie : notes de campagne En écoutant les sauterelles, coll. Essais, Gallimard) de Arundhati Roy.1

 

1  Voir aussi ce bel article de Mme Roy, Qu'avons-nous fait de la démocratie ? : http://www.legrandsoir.info/Qu-avons-nous-fait-de-la-Democratie.html. Article original reproduit ici : http://www.tomdispatch.com/blog/175125/tomgram%3A_arundhati_roy%2C_is_democracy_melting

LA POLITIQUE DE LA DESILLUSION par John KEANE
LA POLITIQUE DE LA DESILLUSION par John KEANE

Roy affirme que ce dont nous avons besoin aujourd'hui, pour le bien de la survie de la planète, c'est d'une vision à long terme. Elle pose la question : les gouvernements dont la simple survie dépend de l'extraction d'un gain immédiat, à court-terme peuvent-ils nous en fournir une ? Se pourrait-il que la démocratie, cette réponse sacrée (the sacred answer) à nos espoirs et à nos prières à court terme, cette protectrice de nos libertés individuelles et cette nourricière de nos rêves cupides, doive un jour se révèler être la fin de partie (endgame) pour l'espèce humaine ?

 

Les notes de terrain de Roy souffrent à mon goût d'une suffisance critiquable (carping self-importance). Manquant d'ironie, elles négligent toutes les contre-tendances « brutes de décoffrage » (rough-and-rumble) de la « démocratie du banian » (banyan democracy)1 à l'indienne. La dialectique de fait pas partie de ses mots préférés. Les épines n'accompagnent jamais les roses. Autrement dit, ses réflexions sont borgnes et unilatérales ; infidèles à la modestie de leur propre forme littéraire, elles captent certaines tendances inquiétantes dans la démocratie indienne (l'occupation militaire du Cachemire et le soulèvement des Naxalites, par exemple) mais en ignorent d'autres qui sont importantes, telles que la liberté pour les sans-pouvoir (the powerless) d'organiser publiquement des syndicats, ou de protester et voter contre la grande corruption (big-time corruption).

 

Le jugement (account) de Roy sur le modèle en usage (working model) qui prévaut à l'échelle mondiale, la « démocratie libérale occidentale », repose sur de fausses représentations du même type. Ses réflexions reviennent à un « hurlement sauvage » (feral howl). Ce sont ses propres mots et ils reposent carrément sur une vision vague, mais jamais définie, de « la véritable démocratie ». Est-elle nostalgique de la vision gandhienne des républiques villageoises autonomes (self governing village republics) ? A moins qu'elle ne soit une fan de la démocratie d'assemblée grecque (Greek assembly democracy) ? C'est ce qu'elle ne [nous] dit pas.

 

Cett ambiguïté m'oriente vers les « Notes sur la démocratie »2 de H. L. Mencken sur la démocratie. Là c'est un autre son de cloche (it's different fare). Publiées en 1926, et rédigées par un écrivain américain qu'on appelle désormais « le Sage de Baltimore », les notes de Mencken dénoncent la démocratie comme une forme organisée de l'ignorance politique. Enclines à la raideur (rigidity), elles donnent l'impression de lire Nietzsche contre le New Deal, et (de façon moins aiguë) Nietzsche contre le fascisme. Avec des démocraties comme l'Italie, la Pologne, et la République de Weimar chancelant sur ​​le bord de l'auto-destruction, ou du démocide (democide), les notes de Mencken avait pour objectif de jeter purement et simplement de la falaise et dans l'abîme la notion de démocratie.

 

1  Le figuier des Banians est un arbre indien. Le concept semble appartenir à M. Keane lui-même, analysant l'évolution de la démocratie indienne. Voir l'article suivant de 2007 : http://johnkeane.net/52/topics-of-interest/banyan-democracy

2  Notes on Democracy (1926), NY, Octagon Books, 1977. Des extraits sont traduits dans : « Préjugés », traduction et notes de Régis Michaud, Paris, Boivin, 1929. Pour avoir une idée des remarques acides et pas nécessairement nuancées de H. L. Mencken : « si l’expérience nous enseigne une chose, c’est celle-ci: dans une démocratie, un bon politicien est aussi impensable qu’un voleur honnête. Son existence même est une subversion continuelle du bien public dans tous les sens rationnels du terme. Ce n’est pas quelqu’un qui est au service du bien public, c’est tout simplement un prédateur du bien public ». H. L. Mencken, “The Politician” Prejudices : A Selection (4th Series, 1924).

 

Henry Louis Mencken (1880-1956)

Henry Louis Mencken (1880-1956)

 

Si Roy est laborieusement non-ironique, Mencken était sauvagement sarcastique. Couvrant de mépris la démocratie représentative sous tous les angles, il n'a jamais une remarque terne. Anecdotique, plein d'esprit et irrévérencieux, la démocratie est [pour lui] « incomparablement idiote », un système mal conçu et inapplicable, dans lequel les hommes inférieurs dominent leurs supérieurs. La démocratie est la béatification de la médiocrité. Elle donne libre-cours à une populace ignorante gouvernée par des démagogues. Les élections ressemblent à de vastes geysers d'hormones. « Le gouvernement sous la démocratie est donc le gouvernement par l'orgie, presque par l'orgasme ».

 

Vous voyez le tableau. Face à un choix entre Arundhati Roy et H.L. Mencken, l'un et l'autres prononçant, en juges saisis de l'affaire, des verdicts faussés (warped verdicts) sur les fausses ambitions et les hypocrisies de la démocratie, il est temps de progresser. Rejoignez-moi dans l'aventure du carnet de notes de terrain. Mais rappelez-vous : personne n'a de cartes IGN, il n'y a aucune destination ni horaire fixé, et nulle garantie que la chemins seront sûrs. »

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