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PHILOSOPHIES

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Aliments pour une réflexion philosophique


NATION SANS FRONTIÈRE par Puszta Ranger

Publié par medomai sur 3 Juin 2014, 19:30pm

Catégories : #HONGRIE, #POLITIQUE, #POUVOIR, #NATIONALISME, #FASCISME, #PUSZTARANGER, #FRONTIERES, #ORBAN, #JOBBIK, #UKRAINE

 

 

NATION SANS FRONTIÈRE

 

 

par Puszta Ranger

 

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a appelé à l'autonomie pour les Hongrois ethniques (ethnischen Ungarn) en Ukraine. Cela lui a attiré des critiques, mais il a encore autre chose en tête.

 

 

 

[Publié le 23 mai 2014 sur le site http://pusztaranger.wordpress.com/

Article original : Nation ohne Grenzen est paru la première fois dans la revue Jungle World N°21 du 22 mai 2014.] Traduction de l'allemand par Medomai.

 
Zoom sur la carte d'Europe (source : HistGeo.com)

Zoom sur la carte d'Europe (source : HistGeo.com)

 

 

 

 

 

 

 

 

« En Mars 2014, l'ultra-nationaliste russe et Président-député de de la Douma, Vladimir Jirinovski1, avait offert dans une lettre officielle aux gouvernements de la Pologne, de la Roumanie et de la Hongrie de diviser l'Ukraine occidentale entre eux et la Russie ; la Hongrie obtiendrait [dans cette hypothèse] la Transcarpatie, l'unité administrative la plus occidentale de l'Ukraine. Toujours en mars (NdT : le 2 mars), le parti d'extrême droite hongrois Jobbik2, dans une déclaration commune avec le parti polonais Ruch Narodowy (mouvement nationaliste)3 demandait l'autonomie des Hongrois ethniques et des Polonais ethniques en Ukraine4. Suite à cela, le régime ukrainien réagissait avec inquiétude au discours inaugural de Viktor Orbán devant le nouveau parlement hongrois le 10 mai, et convoquait l'ambassadeur hongrois. Le Premier ministre hongrois avait demandé dans son discours l'autonomie, des droits communautaires (Gemeinschaftsrechte), et la double nationalité pour les Hongrois ethniques de Transcarpatie. Même le Premier ministre polonais Donald Tusk, collègue d'Orbán au PPE (Parti Populaire Européen, alliance des droites), a estimé cette déclaration malencontreuse ; et il a déclaré dans les médias hongrois : « on ne peut pas aider ainsi les séparatistes et la Russie à détruire l'Etat ukrainien ».

 

2  Le jobbik est désormais la première force d'extrême droite en Europe : https://fr.news.yahoo.com/lextr%C3%AAme-droite-hongroise-se-veut-un-mod%C3%A8le-en-144658700.html

3  L'unique fiche wikipédia sur ce parti est en polonais : http://pl.wikipedia.org/wiki/Ruch_Narodowy

4  Dès février, ils demandaient des droits spécifiques pour ces minorités en Ukraine : http://www.hungarianambiance.com/2014/02/joint-statement-by-jobbik-and-ruch.html

La région ukrainienne de Transcarpatie (source : wikipédia / medomai)

La région ukrainienne de Transcarpatie (source : wikipédia / medomai)

 

Le gouvernement hongrois se hâta, comme d'habitude, d'arrondir les angles auprès de l'étranger. Le ministre des Affaires étrangères János Martonyi déclara qu'Orbán ne parlait pas de l'autonomie territoriale ; un porte-parole du ministère des Affaires étrangères souligna qu'Orbán n'avait rien dit de nouveau, la position hongroise sur cette question restait inchangée depuis 25 ans ; le vice-président de la Fédération démocratique hongroise en Ukraine (UMDSZ) évoqua dans les médias ukrainiens une erreur de traduction.

Victor Orbán (né en 1963)

Victor Orbán (né en 1963)

 

Voici ce qu'Orbán a dit : « La question hongroise est restée sans solution (ungelöst) depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous considérons la question (Sache) hongroise comme une affaire (Angelegenheit) européenne. ( ... ) Tout ceci conduit à la situation des 200 000 Hongrois en Ukraine à ce jour, qui doivent obtenir la double nationalité (doppelte Staatsbürgerschaft), des droits communautaires (Gemeinschaftrechte) et la possibilité de l'auto-gouvernement (die Möglichkeit der Selbstverwaltung). C'est notre claire attente envers la nouvelle Ukraine en voie de construction. » En réponse à l'irritation internationale, il précisait le 16 mai à la télévision d'État hongroise : « C'est notre intérêt qu'existe une Ukraine stable et démocratique ( ... ). Mais l'Ukraine ne peut être ni stable ni démocratique, si elle ne donne pas aux minorités qui y vivent, aux communautés nationales, y compris aux Hongrois, ce qu'ils méritent. » Il revenait alors aux Hongrois de Transcarpatie de rechercher une solution spécifique basée sur l'autonomie, « mais vous comme l'État ukrainien devez savoir que l'État hongrois soutient entièrement les revendications d'autonomie des Hongrois de Transcarpatie », ajouta Orbán. Malgré la situation tendue, c'était le bon moment pour ça. Dans le même temps, il assurait à l'Ukraine, dont l'intégrité territoriale avait été transgressée par la Russie en violation des règles internationales, le soutien de la Hongrie.

 

Orbán affirma ensuite que l'approvisionnement énergétique de la Hongrie sur le long terme était garanti, tandis que les approvisionnements en gaz de l'Ukraine devaient être réglés par le conflit. Il a à ce sujet rencontré le président du conseil de Gazprom et passé les accords nécessaires. Selon les informations actuelles des médias russes, la section hongroise de South Stream doit entrer en service en 2017.

 

Les critiques ont fait remarquer que jamais jusqu'à présent, dans la politique hongroise, n'avait été remis en question, comme c'est le cas dans la fameuse phrase d'Orbán «  La question hongroise est restée sans solution (ungelöst) depuis la Seconde Guerre mondiale », le Traité de paix de Paris ratifié par la Hongrie le 10 février 1947 dans lequel l'Etat hongrois reconnaît que les hongrois à l'extérieur du pays sont redevenus des citoyens des pays voisins1. Le traité de paix ne contenait pas de dispositions préparant une autonomie (keine Autonomieregelungen).

 

Le gouvernement hongrois - comme le parti Jobbik - milite dans la campagne électorale européenne pour une « Europe des nations ». Ici, de toute évidence, État et nation ne coïncident pas (sind nicht deckungsgleich). En ce qui concerne la « nation », celle-ci est identifiée à la « communauté » ethnique et culturelle transfrontalière (grenzübergreifende ethnisch-kulturelle « Gemeinschaft ») de la Hongrie, [et c'est] ainsi que la définit depuis cette année sa propre représentation politique dans l'État hongrois, y compris au sein de l'UE. Ainsi, le parti Fidesz au pouvoir a d'abord intégré sous le slogan « l'unification de la nation » des candidats en provenance des pays voisins dans sa liste pour les élections européennes : des candidats venant d'Ukraine (Andrea Bocskor, Rang 9)2, de Serbie (Andor Deli, Rang 10)3 et de Slovaquie (László Gubík, Rang 21) (mais aussi de Roumanie : László Tőkés, Rang 3, NdT). Même le Jobbik possède, avec un représentant du parti polonais Ruch Narodowy sur sa liste, pour la première fois un candidat étranger, bien qu'il ne présente aucun candidat hongrois de l'étranger (Auslandsungarn). Dans le même temps, le gouvernement hongrois dans les pays voisins continue à recruter de nouveaux citoyens hongrois : on en comptera un million en 2018.

 

Depuis 2010, le Fidesz n'a publié aucun programme électoral, sur le principe qu'Orbán devait se laisser quatre ans et, pour son exécution, le temps du gouvernement. Mais les principaux points concernant les Hongrois vivant à l'étranger dans le programme électoral de 2010 du parti Jobbik ont été pour la plupart mis en œuvre par le parti Fidesz. Le Jobbik appelait en 2010 à l'introduction de la citoyenneté hongroise « sans agitation et sans délai » pour chaque Hongrois à l'étranger - l'un des premières lois adoptées en 2010 grâce au Fidesz. Le Jobbik appelait en 2010 à « l'unification culturelle et économique de la nation hongroise » considérée comme « une nécessité économique », et voulait « encourager et développer la coopération régionale au-delà des frontières ». En 2012, le Parlement [hongrois] adoptait sans concertation avec les gouvernements concernés une « stratégie de croissance de l'économie hongroise dans le bassin des Carpates », [une politique de] développement économique ciblé sur les petites et moyennes entreprises de personnes d'ethnie hongroise vivant dans les pays voisins. En 2014, Orbán parle d'une politique de « l'unification de la nation » et d'un « renforcement supplémentaire de notre présence économique dans le bassin des Carpates ».

 

Le Jobbik concevait la Hongrie en 2010 comme une « mère patrie qui pense (denkt... in), en nation hongroise de 15 millions d'individu, et prend le statut de puissance protectrice ». En 2013, László Tőkés, président du Conseil national hongrois de Transylvanie en Roumanie et eurodéputé roumain, a demandé, suivant Orbán (von Orbán), que la Hongrie puisse assumer le rôle de protecteur des Hongrois de Transylvanie. En 2014 Tőkés est candidat aux élections européennes pour la première fois en Hongrie sur la liste du Fidesz (Rang 3).

 

1  Dans le texte même du traité UN n°644 signé par Jànos Gyöngyössy (volume 41 du Recueil des Traités des Nations Unies, p.169 et suivantes, https://treaties.un.org/doc/Publication/UNTS/Volume%2049/v49.pdf), articles 1 et 2 (p.171sq) et article 32 §3 (p.205), la Hongrie s'engage à reconnaître les frontières d'avant 1938 avec la Roumanie, l'Autriche, la Yougoslavie, ainsi que les modifications de 1947 avec la Tchécoslovaquie et l'URSS. L'article 5 (p.175) est prémonitoire puisque la Hongrie s'engage « à résoudre la problème des habitants d'origine ethnique magyare habitant en Tchécoslovaquie » ; tout comme l'article 4 d'ailleurs qui précise que « la Hongrie, qui conformement à la convention d'Armistice, a pris des mesures en vue de dissoudre toutes les organisations politiques, militaires ou paramilitaires de caractère fasciste existant sur le territoire hongrois, ainsi que toutes autres organisations faisant une propagande hostile aux Nations Unies, y compris une propagande révisionniste, s'engage à ne pas tolérer à I'avenir l'existence et l'activité d'organisations de cette nature qui ont pour but de priver le peuple de ses droits democratiques... ». Les frontières définies ou non en 1947 sont précisées sur la carte (russe) en annexe p.271.

2  Historienne universtaire spécialiste de la Transcarpatie, Mme Bocskor est corédactrice d'un texte sur la représentation politique de la minorité ethnique hongroise en Transcarpatie (Ukraine) et plaide pour un statut spécifique des minorités vis-à-vis d'un « Etat-parent » (« kin-state », par opposition à l'Etat-majoritaire « majority state », c'est-à-dire identifié à sa majorité ethnique) : http://bgazrt.hu/_dbfiles/blog_files/0/0000004040/Andrea%20Bocskor%20%E2%80%93%20Karolina%20Darcsi%20-%20Hungarian%20parties%20in%20Subcarpathia.pdf

3  Vice-Président à l'Education, à la Gouvernance et aux Minorités ethniques en Voïvodine depuis 2012 : http://en.wikipedia.org/wiki/Government_of_Vojvodina

László Tőkés (né en 1952), homme politique et pasteur roumain, doyen de l'église réformée de Transylvanie,  député européen depuis 2007 et vice-président du Parlement européen entre 2010 et 2012  (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A1szl%C3%B3_T%C5%91k%C3%A9s)

László Tőkés (né en 1952), homme politique et pasteur roumain, doyen de l'église réformée de Transylvanie, député européen depuis 2007 et vice-président du Parlement européen entre 2010 et 2012 (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A1szl%C3%B3_T%C5%91k%C3%A9s)

 

Le Jobbik voulait en 2010 fournir « un soutien particulier aux souhaits à d'autodétermination des Hongrois vivant à l'étranger ». Le régime Orbán soutient les aspirations à l'autonomie des Sicules de Transylvanie en Roumanie : depuis février 2013, le drapeau des Sicules flotte sur le parlement hongrois et presque sur chaque mairie hongroise en signe de protestation contre son interdiction par la Roumanie, tandis que le drapeau de l'Union Européenne a disparu depuis la semaine dernière de la salle de réunion et de l'édifice du Parlement hongrois.

 

L'objectif n'est pas simplement de sécuriser les votes pour le Fidesz à court terme, d'enrayer le déclin démographique, ou de compenser les problèmes intérieurs. Orbán planifie à long terme. Dans le moyen terme, la Hongrie reste dans l'UE en raison des subventions, et laisse celle-ci travailler pour elle, le concept de « réunification de la nation » étant vendu comme conforme à la régionalisation (Regionalisierung) de l'UE. La question est seulement de savoir comment la relation entre la Hongrie et la Russie (« ouverture à l'est (Ostöffnung) de l'économie hongroise »), ainsi que le désir d'autonomie des partis et organisations des Hongrois de l'étranger, politiquement, idéologiquement et financièrement développés, mais aussi financièrement soutenus par Orban, vont se développer jusqu'au centième anniversaire du Traité de Trianon en 2020. »

Les frontières de la Hongrie de 1990 comparées à celles de la Hongrie de 1920 avant le Traité de Trianon : on comprend aisément pourquoi des minorités de langue et culture hongroise se trouvent presque partout aux franges des frontières du pays actuel. (source : http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/trianon1920.htm)

Les frontières de la Hongrie de 1990 comparées à celles de la Hongrie de 1920 avant le Traité de Trianon : on comprend aisément pourquoi des minorités de langue et culture hongroise se trouvent presque partout aux franges des frontières du pays actuel. (source : http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/trianon1920.htm)

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