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PHILOSOPHIES

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Aliments pour une réflexion philosophique


Que suggèrent le dernier rapport 2014-2015 du BIT et son avalanche de chiffres ? par Medomai

Publié par medomai sur 21 Août 2014, 21:44pm

Catégories : #TRAVAIL, #CRISE, #ECONOMIE, #SALAIRES, #SALARIAT, #ALLOCATION UNIVERSELLEE, #REVENU UNIVERSEL$, #STIEGLER, #ARS INDUSTRIALIS, #BIT

Bernard STIEGLER
Bernard STIEGLER

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D'abord que la protection sociale est devenue en un siècle un concept universel.

 

Plus une économie est a-régulée ou dé-régulée, plus les crises violentes et l'insécurité s'y propagent, plus on y voit augmenter avec force - renforcé par la mémoire et l'expérience des chocs -  le désir de sécurité et de protection sociale.

 

Or l'appétit, le désir de quelque chose, lorsqu'il est partagé par des foules d'êtres humains, est le moteur de l'histoire (son "conatus" dirait Spinoza).

 

De ce point de vue, chaque nouvelle crise violente du système économique mondial animée par l'excès d'épargne et de capitaux financiers en peine de rendements et provoquant des phénomènes de "bulles" sur n'importe quel marché (fictif ou non), augmente et renforce partout l'intérêt, la recherche, la poursuite de politiques instaurant une sécurité économique individuelle.

 

Que suggèrent le dernier rapport 2014-2015 du BIT et son avalanche de chiffres ? par Medomai

 

Je remarque aussi que la notion de "salaire minimum" est presque absente des données et schémas sur la protection sociale du BIT. Mais ce n'est peut-être qu'une question de temps, quand on voit ce qui se passe en Allemagne  et en Chine récemment, deux pays qui avaient pourtant basé une grande partie de leur stratégie récente sur la compétitivité de leur coût du travail.

 

De quoi veut protèger le "salaire minimum", sinon par des moyens légaux du sous-salariat, du travail pauvre ?

 

Le rapport du BIT nous montre que la protection sociale prend des formes différentes aux différents âges de la vie, comme un filet de sécurité élémentaire pour tous les aléas (accidents, chômage) ou événements (maternité, retraite) qui mettent en danger la sécurité économique de l'individu.

 

Le concept de protection sociale est donc la contrepartie de la notion de salariat : elle ne peut exister que dans un monde où un revenu sous forme de salaire signifie par définition la sécurité économique. C'est quand cette sécurité basique est menacée que l'on a recours au palliatif d'une "protection" assurée par des organisations et législations collectives.

 

Mais que devient la protection sociale dans un monde où disparaît la forme, la structure historique du salariat ? Un monde où avoir un travail à temps plein mais ne pas pouvoir en retirer de quoi vivre est une situation qui se banalise ?

 

Si le salariat ne signifie plus - ou de moins en moins - la sécurité d'un revenu qui assure de pouvoir fonder une famille, élever des enfants, prendre une retraite, et s'il signifie de plus en plus l'insécurité économique, donc physiologique, psychologique, sociale, alors le déclin du salariat classique n'implique-t-il pas une transformation de la protection sociale ?

 

La protection sociale de ce néo-salariat instable ne peut se constituer qu'autour d'un noyau de revenu de survie, élémentaire mais stable. Une allocation universelle de base constituée par un socle de biens et services élémentaires garantis, que l'on ait un salaire stable ou non.

 

Le salariat deviendra le surplus à cette allocation, le complément de revenu de ceux qui créent et travaillent.

 

En ce sens, l'allocation universelle dont débattent Bernard STIEGLER et les intervenants d'Ars Industrialis dans la passionnante discussion filmée ci-dessous, est d'une certaine façon DEJA là : elle est en germe dans ce que le BIT nomme "protection sociale à tous les âges de la vie".

 

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