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PHILOSOPHIES

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Aliments pour une réflexion philosophique


LE PROGRAMME "EMILY HOWELL" : RECOMBINAISONS ET INTELLIGENCE MUSICALE ARTIFICIELLE

Publié par medomai sur 1 Février 2015, 22:47pm

Catégories : #MUSIQUE, #VIDEO, #AUTOMATISATION, #ROBOTS, #EMILY HOWELL, #HOWELL, #COPE, #FUGUE, #BACH, #PIANO

"LAMBEAUX" par Nicolas BOILLOT (Fluate sur Tumblr, 25/02/2013)

"LAMBEAUX" par Nicolas BOILLOT (Fluate sur Tumblr, 25/02/2013)

Traduction par Medomai de la première page d'un site sur l'intelligence musicale artificielle :

Emily Howell est un programme d'ordinateur créé par le professeur David Cope, professeur à l'Université de Californie (Santa Cruz) dans les années 1990. Emily se compose d'une interface interactive qui permet à la fois la communication musicale et linguistique. En décourageant et en encourageant le programme (encouraging and discouraging the program), Cope essaie d'« enseigner » à Emily comment composer de la musique plus à son goût. Le programme utilise seulement l'output d'un programme de composition plus ancien appelé Experiments in Musical Intelligence (« Emmy ») comme base de données-source pour ses choix musicaux. Pour une description complète de la façon dont fonctionne Emily ainsi que du code qui l'accompagne, voir : David Cope Computer Models of Musical Creativity ("modèles informatiques de créativité musicale") (2005), MIT Press.

Ci-dessous un échantillon de composition issue du programme d'intelligence musicale Emily HOWELL piloté par son créateur David COPE et Mary Jane COPE.

On peut aussi écouter le morceau en entier sur Spotify ici, ainsi que d'autres (mais joués par odinateur) ici.

"From darkness, light", IIème partie, Fugue ("Depuis les ténèbres, la lumière")

Le morceau est clairement inspiré par Le clavier bien tempéré  ainsi que par les Préludes, Fugues, Toccatas de Jean-Sébastien Bach. L'extrait est joué par la pianiste Erika ARUL, professeur de théorie musicale et d'analyse pianistique à l'Université de Stanford.

 

Je ne suis pas sûr que M. COPE comprenne tout à fait ce qu'il vient de créer : il vient tout simplement de commencer à ressusciter l'intelligence musicale de Bach.

 

Pour réflexion, je propose ci-dessous une traduction par Medomai d'une page du site du professeur Cope dédiée à ses chers programmes d'intelligence musicale artificielle « Emmy » et "Emily" :

 

 

EXPÉRIMENTATIONS EN INTELLIGENCE MUSICALE par David COPE

 

(Lien vers le site ici. Pour télécharger de la musique [crée avec] Experiments in Musical Intelligence sous forme de fichiers MP3, cliquez ici)

 

« J'ai commencé Experiments in Musical Intelligence en 1981, à la suite d'un blocage de compositeur (as the result of a composer's block). Mon idée initiale consistait à créer un programme informatique qui aurait le sens de mon style global de musique, et la capacité de suivre les idées (track the current ideas) d'un travail en cours, de telle sorte qu'à tout moment, je pourrais [lui] demander une prochaine note, une mesure suivante, dix mesures suivantes, et ainsi de suite. Mon espoir était que cette nouvelle musique ne serait pas seulement intéressante, mais cohérente (relevant to) avec mon style et mon travail actuel. Ayant très peu d'informations à propos de mon propre style, cependant, j'ai commencé à créer des programmes informatiques qui composaient des œuvres complètes dans les styles de différents compositeurs classiques, pour lesquels je sentais que je possédais des connaissances plus concrètes.

 

Ma première exploration avec Experiments in Musical Intelligence impliquait de coder les règles élémentaires de l'écriture des parties telles que je les comprenais, car l'écriture des parties constitue l'un des superstructures primaires de la musique tonale traditionnelle. Après bien des tâtonnements, mon programme a produit un genre de musique banale (a kind of vanilla music) qui respectait essentiellement ces règles. Bien que fondamentalement correcte en termes de mouvement des voix les unes par rapport aux autres, et toujours conforme à l'harmonie triadique classique, cette musique semblait, pour une oreille éduquée tout au moins, privée de vie et peu dense en énergie musicale.

 

Bien qu'une partie de la musique composée en utilisant cette approche se soit avérée assez bien réussie, l'essentiel de la production était aussi inintéressante qu'insatisfaisante. Qu'un intermédiaire - moi-même - forme des ensembles de règles abstraites pour la composition semblait artificiel, et inutilement prémédité (premeditative). En outre, avoir à coder de nouveaux ensembles de règles pour chaque nouveau style rencontré semblait [une entreprise] démesurée. J'ai donc révisé le programme, pour créer un nouvel output de musique stockée dans une base de données. Mon idée était que chaque œuvre musicale contient un ensemble d'instructions pour créer des réplications de soi-même différentes, mais fortement apparentées (every work of music contains a set of instructions for creating different but highly related replications of itself). Ces instructions, correctement interprétées, peuvent conduire à des découvertes intéressantes sur la structure musicale ainsi que, je l'espère, créer de nouvelles propositions (instances) d'une musique stylistiquement fidèle (stylistically-faithful music).

 

Mon raisonnement pour découvrir ces instructions se fondait, en partie, sur le concept de « recombinaison »1 (recombinancy). La recombinaison peut être définie simplement comme un procédé de production de musique nouvelle par recombinaison de musique existante dans de nouvelles successions logiques (recombining extant music into new logical successions). Je décris ce processus en détail dans mon livre Experiments in Musical Intelligence (1996). Je soutiens là que la recombinaison apparaît partout comme un processus évolutif et créatif naturel (appears everywhere as a natural evolutionary and creative process). Tous les grands livres en langue anglaise, par exemple, sont construits à partir de recombinaisons des vingt-six lettres de l'alphabet. De même, la plupart des grandes œuvres de la musique occidentale existent en tant que recombinaisons des douze notes de la gamme à tempérament égal et de leurs équivalents à l'octave. Le secret ne réside pas dans l'invention de nouvelles lettres ou de nouvelles notes, mais dans la subtilité et l'élégance de leur recombinaison.

 

Bien sûr, casser simplement une œuvre musicale en fragments plus petits, puis les combiner au hasard en de nouveaux ordres produit presque certainement du charabia. Une recombinaison efficace exige une vaste analyse musicale et une recombinaison très prudente, pour être efficace à un niveau même élémentaire, et davantage encore au niveau très musical dont je rêvais.

 

Pour plus de détails sur la façon dont ce processus fonctionne, reportez-vous s'il vous plaît à mes livres sur le sujet aux éditions « AR Editions » :

 

Computers and Musical Style

Experiments in Musical Intelligence

The Algorithmic Composer

Virtual Music (from MIT Press)

 

Fondamentalement, Experiments in Musical Intelligence fonctionne en utilisant trois principes de base :

 

(1) la déconstuction (analyser et séparer en plusieurs parties)

(2) les signatures (l'ordinarité (commonality) - ce qui signifie conserver le style)

(3) la compatibilité (recombinaison - recombiner vers de nouvelles œuvres)

 

Depuis les premiers jours de Experiments in Musical Intelligence, un public nombreux a écouté ses productions dans les styles des compositeurs classiques. Ces travaux ont ravi, mis en colère, provoqué, ou terrifié ceux qui les ont entendus. Je ne crois pas que les compositeurs et le public de l'avenir auront les mêmes réactions. En fin de compte, l'ordinateur n'est qu'un outil avec lequel nous étendons nos esprits (Ultimately, the computer is just a tool with which we extend our minds). La musique que nos algorithmes composent est tout autant la nôtre que la musique créée par nos plus belles inspirations personnelles.

 

Pour une bibliographie complète des livres, articles, CD, etc concernant Experiments in Musical Intelligence, cliquez ici. »

 

NOTE :

1   Nous proposons cette traduction de l'anglais recombinancy, qui a un petit côté de « ritournelle » deleuzienne, non ? (cf. Gilles DELEUZE, Différence et répétition...)

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