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PHILOSOPHIES

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Aliments pour une réflexion philosophique


LA CALIFORNIE N'A QU'UN AN DE RÉSERVE EN EAU : ET MAINTENANT, ALLEZ-VOUS RATIONNER ? par Jay FAMIGLIETTI

Publié par medomai sur 30 Mars 2015, 22:13pm

Catégories : #FAMIGLIETTI, #EAU, #ÉCOLOGIE, #RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE, #SÉCHERESSE, #MÉTÉO, #SCIENCE, #POLITIQUE, #AGRICULTURE, #CONSOMMATION

James S. 'Jay' Famiglietti
James S. 'Jay' Famiglietti

James S. Famiglietti, hydrologue, est Senior Water Scientist au Jet Propulsion Laboratory de la NASA / Caltech et professeur de Sciences du système terrestre à l'université de Californie-Irvine.

Ce qu'il dit semble de bon sens mais, en creux, souligne aussi l'inertie de nos systèmes économiques lorsque des paramètres fondamentaux viennent à manquer.

Après tout, Jared Diamond a été on ne peut plus clair sur cet aspect des sociétés humaines dans son livre "Effondrement".

Notre source pour cet article : le post de Simon Ritz, en lien ci-dessous.

Rapport mensuel du US Drought Monitor sur la sécheresse, mars 2015 (source : http://droughtmonitor.unl.edu/Home/StateDroughtMonitor.aspx?CA)

Rapport mensuel du US Drought Monitor sur la sécheresse, mars 2015 (source : http://droughtmonitor.unl.edu/Home/StateDroughtMonitor.aspx?CA)

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Un article publié le 12 mars 2015 sur le site du Los Angeles Times.

 

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« Compte tenu des températures historiquement basses et des chutes de neige qui ont recouvert l'Est américain cet hiver, il peut être facile d'oublier à quel point l'hiver en Californie a été lui aussi dévastateur.

 

Comme notre saison 'humide' tire à sa fin, il est clair que les dérisoires précipitations et chutes de neige n'ont presque rien fait pour améliorer des conditions de sécheresse épiques. Le mois de janvier a été le plus sec en Californie qui ait jamais eu lieu depuis le commencement des relevés, en 1895. Les niveaux des eaux souterraines et du manteau neigeux sont à des plus bas historiques. Ici, en Californie, nous ne sommes pas juste 'sur la rivière et privés de pagaie' (up a creek and without a paddle) : nous avons perdu la rivière aussi.

 

Les données-satellite de la NASA montrent que la quantité totale d'eau stockée dans les bassins fluviaux de Sacramento et de San Joaquin - soit toute l'eau de fonte des neiges, des rivières et du réservoir, l'eau dans les sols et les eaux souterraines combinées – s'élevait à 34 millions d'acres-pieds sous la normale en 2014 [NdT : un acre-pied = 1233 m³]. Cette perte représente près de 1,5 fois la capacité du lac Mead, le plus grand réservoir de l'Amérique.

 

Á l'échelle de l'État, nous avons été en baisse de plus de 12 millions d'acres-pieds de l'eau total annuelle depuis 2011. Environ les deux tiers de ces pertes sont attribuables au pompage des eaux souterraines pour l'irrigation agricole dans la Central Valley. Les agriculteurs ne peuvent guère faire autre chose que de pomper davantage d'eau souterraine pendant les sécheresses, surtout lorsque leurs allocations d'eau de surface ont été réduites de 80% à 100%. Mais ces taux de pompage sont excessifs et insoutenables. Les puits s'assèchent. Dans certains secteurs de la Central Valley, le pays s'enfonce d'un pied [ 30 cm] ou plus par an.

 

Aussi difficile que cela puisse être à regarder en face, le fait est tout simplement que la Californie est à court d'eau - et le problème a commencé avant notre sécheresse actuelle. Les données de la NASA révèlent que le stockage total de l'eau en Californie est en baisse constante depuis au moins 2002, lorsque la surveillance par satellite a commencé, tandis que l'épuisement des eaux souterraines est en cours depuis le début du 20e siècle. Actuellement, l'État n'a qu'environ un an d'approvisionnement en eau dans ses réservoirs, et notre alimentation de secours stratégique, les eaux souterraines, est en train de disparaître rapidement. La Californie n'a pas de plan d'urgence pour une période de sécheresse persistante comme celle-ci (sans parler d'une méga-sécheresse (mega-drought) de plus de 20 ans), sauf, apparemment, en restant en mode 'alerte' et en priant pour qu'il pleuve.

 

Bref, nous n'avons pas de pagaie pour naviguer sur cette crise.

 

Plusieurs mesures doivent être prises dès maintenant. Premièrement, un rationnement obligatoire immédiat de l'eau devrait être autorisé dans tous les secteurs [consommateurs d']eau de l'État, depuis [la demande] domestique et municipale jusqu'au secteur agricole et industriel. Le Metropolitan Water District de Californie du Sud envisage déjà le rationnement de l'eau d'ici l'été, sauf si les conditions s'améliorent. Il n'est pas nécessaire pour le reste de la Californie d'hésiter encore. Le public est prêt. Un récent sondage de terrain a montré que 94% des Californiens interrogés estiment que la sécheresse est grave, et un tiers soutiennent un rationnement obligatoire.

 

Deuxièmement, la mise en œuvre du Sustainable Groundwater Management Act (« Loi sur la gestion durable des eaux souterraines ») de 2014 devrait être accélérée. La loi exige la formation de nombreuses agences régionales de gestion durable des eaux souterraines d'ici 2017. Ensuite, chaque agence doit adopter un plan d'ici 2022, et « assurer la durabilité » dans les 20 ans qui suivent. À ce rythme, 30 ans aurons passé avant que nous sachions simplement ce qui fonctionne. D'ici là, il n'y aura peut-être plus aucune eau souterraine à pérenniser.

 

Troisièmement, l'État a besoin d'un groupe de travail des leaders d'opinion qui commencent, dès maintenant, à se remue les méninges pour jeter les bases des stratégies de gestion de l'eau à long terme. Bien que plusieurs groupes de travail de l'État aient été formé en réponse à la sécheresse, aucun n'est axé sur la satisfaction des besoins à long terme d'une Californie exposée à la sécheresse et perpétuellement en stress hydrique.

 

La gestion de l'eau de notre État est complexe, mais la technologie et l'expertise existent pour gérer ce futur angoissant. Il nécessitera des changements majeurs dans la politique et les infrastructures qui pourraient prendre des décennies à identifier et à transformer. C'est aujourd'hui, pas demain, que cela doit commencer.

 

Enfin, le public doit s'approprier cette question. Cette crise nous concerne tous - et pas seulement une poignée de décideurs. L'eau est notre ressource la plus importante, détenue en commun, mais le public reste déconnecté des discussions et décisions.

 

Ce processus fonctionne très bien lorsque l'eau est abondante. Mais en temps de crise, nous devons exiger que la planification de la sécurité en eau (water security) pour la Californie soit un processus honnête, transparent et tourné vers l'avenir. Et plus important encore : nous devons simplement nous assurer qu'il y ait un plan.

 

Appelez-moi ringard si vous voulez, mais je voudrais vivre dans un État qui ait une pagaye pour pouvoir aussi avoir une rivière. »

 

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