Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

PHILOSOPHIES

PHILOSOPHIES

Aliments pour une réflexion philosophique


LE DESSIN SELON FÉLIX RAVAISSON

Publié par medomai sur 21 Septembre 2016, 18:04pm

Catégories : #ART, #DESSIN, #PHILOSOPHIE, #RAVAISSON, #MUSIQUE, #HARMONIE, #LEIBNIZ, #PASCAL, #VINCI, #MICHEL-ANGE

LE DESSIN SELON FÉLIX RAVAISSON

Jean Bein, Estampe d'après une étude de Raphaël pour la fresque de la Dispute du Saint Sacrement.

« Si l’on recherche ce que c’est, au jugement des connaisseurs, qu’un bon dessin, on trouvera que c’est un dessin où le principal, surtout, est à sa place et à sa valeur, et que, dans un tel dessin, selon des termes expressifs, très usités à cette heure, tout est bien « senti » parce que l’essentiel est mis en relief, tout « se tient », tout est « enveloppé », c’est-à-dire que les parties les plus différentes sont dans des relations harmoniques qui les rattachent intimement les unes aux autres ; dans un tel ouvrage, tout s’appelle et se répond, en quelque sorte, concordant et conspirant à un même but ; partout enfin, comme dans un organisme aussi parfait qu’il peut être, partout semble y régner une volonté commune et, mieux encore, un amour qui a produit le tout et auquel participent les plus petites parties.

 

        C’est que le dessin repose, dans son opération la plus élémentaire, à laquelle toutes les autres peuvent être réduites, sur un jugement d’une nature spéciale, entièrement différent de ce jugement dont se servent les mathématiques. Ce jugement spécial est celui que Léonard de Vinci appelle le bon jugement de l’œil. Savoir dessiner, disait Michel-Ange, c’est avoir le compas dans l’œil. Le géomètre a le compas et en sa main, et en sa raison raisonnante, comme on disait jadis ; le peintre et le dessinateur l’ont en leur œil, et en cette haute partie de la raison qui, dans l’œil comme dans l’oreille, estime, juge sans raisonnement. Soit à résoudre ce problème graphique : tracer deux lignes qui soient entre elles comme deux autres lignes qu’on a sous les yeux. Pour le mathématicien, le problème signifie : le rapport mathématique, et en dernière analyse, arithmétique de celles-ci étant d’abord trouvé, tracer ensuite celles-là dans ce même rapport. Pour le dessinateur, le problème signifie : sans aucune évaluation de quantité, sans cette considération arithmétique qui relève du raisonnement, tracer deux lignes qui, intuitivement comparées, impressionnent l’œil de la même manière. Dans le premier cas, il y a un calcul de l’esprit ; dans le second, il y a une intuition immédiate, une opération indivisible concentrée, suivant une expression employée par Pascal, en un seul regard.

 

         Ce regard est un acte où, réunissant les objets en un tout, nous prenons conscience de leur relation harmonique, de même que par l’oreille, en comparant deux sons, nous prenons conscience, dans l’accord qu’ils forment et sans aucune estimation mécanique ni logique, de leur rapport sensible. »

 

Félix RAVAISSON, article "Dessin" du Dictionnaire pédagogique et d'instruction primaire de Ferdinand Buisson, Partie I, tome 1 (1887).

 

Lien vers le texte complet.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents