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PHILOSOPHIES

PHILOSOPHIES

Aliments pour une réflexion philosophique


LE FANATISME A TOUJOURS ATTAQUÉ L'ART selon Laurent GAUDÉ

Publié par medomai sur 23 Mai 2017, 06:53am

Catégories : #FANATISME, #ART, #GAUDÉ, #LAURENT, #LE UN, #VIOLENCE, #POLITIQUE, #LIBERTÉ, #TERRORISME, #ESTHÉTIQUE, #PHILOSOPHIE

 

***

Pour les victimes de Manchester et de Londres, une pensée, et un extrait d'un article récent de Laurent Gaudé dans l'hebdomadaire Le un (semaine du 6 avril 2017).

Une fois de plus le fanatisme s'attaque à la liberté d'aimer et d'apprécier ce qu'il nous plaît d'apprécier et d'aimer, de jouir de la vie sans nuire à personne, de vivre tout simplement.

***

Laurent GAUDÉ

« L'art est un immense continent

qui met en son centre le choix

individuel »

 

 

« [...] Nous avons vu, ces dernières années, à quel point il y a dans l'art des caractéristiques intrinsèques qui le rendent inacceptable aux yeux des forces de l'obscurantisme. S'interroger sur ce que nos ennemis détestent en lui, c'est définir ce qui nous est cher.

 

L'art dit sans cesse la pluralité des sources. Il souligne l'importance du mélange, de l'emprunt et de l'influence. La pratique artistique bat en brêche l'idée d'une source unique. Or les régimes totalitaires - qu'ils soient politiques ou religieux - ont toujours tenté d'imposer l'unicité de la source et des origines. Cela explique pourquoi Daech et les talibans s'en sont pris aux vestiges archéologiques. Faire sauter les bouddhas géants de Bâmiyân1 ou le site de Palmyre, c'est vouloir gommer la pluralité des origines de notre monde. L'art encourage également la pluralité des regards. En accueillant plusieurs personnages qui pensent chacun différemment, le roman se fait réseau de points de vue. Dès lors, le relativisme n'est jamais loin, ni le doute, ni même la critique. C'est une menace.

 

En tant que spectateur et auditeur, nous recherchons dans l'art le plaisir de l'émotion, et donc une certaine forme de sensualité. Qu'il déclenche les pleurs ou le rire, l'art est lié à la volupté. L'art est un immense continent qui met en son centre le choix individuel. Un livre n'a pas de cadenas, il n'interdit pas qu'on le lise. Tout est question de curiosité ou de désir. C'est le lecteur qui choisit. Vais-je préférer lire Alexandre Dumas ou Faulkner ? Chacun se crée sa bibliothèque personnelle et intime. Or, là encore, les totalitarismes n'ont jamais tellement aimé cette souveraineté individuelle... L'art n'est pas non plus l'endroit de la politesse, ni celui des règles sociales. Sade, Bataille, Pasolini ne sont pas « convenables ». Il faut se resouvenir de la liste des mots dont ses ennemis affublent l'art pour réaliser à quel point il est dérangeant : « indécent », « dégénéré », « décadent »... D'une certaine manière, c'est un hommage à sa puissance subversive.

 

Enfin, l'art est un endroit de liberté. En littérature, cette liberté peut raisonner pendant des siècles. On découvre aujourd'hui des objets artistiques qui n'ont pas été fabriqués dans le but d'un combat, mais qui deviennent sulfureux parce qu'ils portent trop de liberté. Les Onze Mille Verges de Guillaume Apollinaire2, par exemple, n'est ni un pamphlet ni un texte engagé. Mais imaginons ce texte dans les mains d'un taliban ! À chaque page, ces lignes nous disent « liberté » ; à chaque page, elles nous disent « plaisir ». C'est cela la puissance de l'art. Le fanatisme a toujours attaqué l'art sur trois fronts : il s'en prend aux artistes dont il rend la vie impossible, il entrave la diffusion des oeuvres et il punit ceux qui veulent se constituer en public. Il faut rester vigilant sur ces trois points. [...] »

 

1. Statues d'une province montagneuse du centre-est de l'Afghanistan, dynamitées en mars 2001 par les Talibans (la plus grande des trois mesurait 55 mètres de haut).

2Roman pornographique et d'humour noir, publié en 1907, et signé des seuls initiales de l'écrivain : "G.A."

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