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PHILOSOPHIES

PHILOSOPHIES

Aliments pour une réflexion philosophique


APPRENDRE À ARGUMENTER selon Stephen TOULMIN

Publié par medomai sur 13 Mai 2017, 13:06pm

Catégories : #PHILOSOPHIE, #ARGUMENTATION, #DÉBAT, #CONTRADICTOIRE, #MÉTHODE, #TOULMIN, #LOGIQUE, #SCIENCE, #ÉPISTÉMOLOGIE, #DROIT, #JUSTICE, #PROCÈS, #RAISON, #HISTOIRE, #TRIBUNAL, #ÉDUCATION, #PÉDAGOGIE, #ARISTOTE, #PROCÉDURE

 

Argumenter, cela s'apprend-il ?

Suffit-il d'apprendre la logique pour savoir débattre correctement ?

Peut-on discuter de la même manière un problème pratique et un problème scientifique ?

En quoi une discussion ressemble-t-elle (et ne ressemble-t-elle pas) à un procès ?

Pourquoi un bon débat est-il un "débat contradictoire", et qui plus est "préparé" ?

Peut-on dire en suivant Descartes (cf Discours de la méthodeMéditations IV) que philosopher, c'est apprendre à bien juger, c'est-à-dire à distinguer le vrai d'avec le faux ?

...

Quelques éléments de réponse grâce au philosophe britannique Stephen Toulmin :

 

***

 

Stephen Edelson TOULMIN (1922-2009)

Stephen Edelson TOULMIN (1922-2009)

***

 

 

« La question : « Quelle sorte de science la logique est-elle ? » nous conduit dans une impasse [...]. Pour rompre le pouvoir des anciens modèles et des analogies, nous pouvons nous munir d'un nouveau modèle. La logique s'occupe de la justesse des affirmations que nous émettons - de la solidité des motifs que nous apportons à leur appui, de la rigueur avec laquelle nous les étayons - ou, pour utiliser une autre métaphore, du type de cause qui nous sert à défendre nos affirmations. L'analogie juridique qu'implique cette dernière manière de poser le problème peut pour une fois se révéler très utile. Oublions la psychologie, la sociologie, la technologie et les mathématiques, ne prêtons pas attention aux échos du langage de la construction et du collage qu'on discerne dans les termes étayer et motifs [que je viens d'employer], et prenons comme modèle la théorie du droit.

 

Ainsi, nous pouvons dire que la logique est une généralisation de cette discipline : les arguments peuvent se comparer aux procès, et les affirmations que nous émettons et défendons hors du contexte juridique à des prétentions exposées au tribunal, tandis que les arguments que nous présentons pour justifier chaque type d'affirmation peuvent être comparés entre eux. L'une des tâches majeures de la théorie du droit est de caractériser les points essentiels de la procédure : les procédures selon lesquelles une demande est introduite, débattue et décidée, et les catégories en fonction desquelles ceci s'effectue. Notre propre enquête est parallèle : nous chercherons, de manière semblable, à caractériser ce qu'on peut nommer le « processus rationnel », les procédures et catégories que nous pouvons utiliser pour défendre et régler tout type d'affirmation.

 

On peut même se demander s'il s'agit bien d'une analogie. Lorsque nous aurons vu jusqu'où l'on peut pousser le parallèle entre les deux sujets, il est possible que nous estimions le terme analogie trop faible, et le terme métaphore carrément trompeur : voire, que les procès sont simplement un type particulier de discussion rationnelle, au sein duquel les procédures et les règles d'argumentation ont été instituées. On ne s'étonne certes pas qu'un professeur de théorie du droit aborde, en tant que problèmes relatifs à sa propre discipline, des questions auxquelles nous ont habitué les traités de logique - sur la causalité par exemple - et pour Aristote, en tant qu'Athénien, le fossé séparant les arguments au tribunal et les arguments au Lycée ou sur l'Agora aurait semblé plus étroit encore qu'à nos yeux.

 

Le parallèle entre la logique et la théorie du droit possède une vertu particulière : il contribue à maintenir au centre du tableau la fonction critique de la raison. Si les règles de la logique ne sont pas de simples conseils ni des généralisations, elles s'appliquent néanmoins aux hommes et à leurs arguments - pas de la même manière que les lois de la psychologie ou les règles de la méthode, mais plutôt en tant que normes d'excellence auxquelles un individu peut satisfaire ou non, lorsqu'il argumente, et en fonction desquelles on peut juger son argumentation. Un argument solide, une thèse bien fondée ou reposant sur une base ferme résisteront à la critique et l'on pourra présenter à leur appui des éléments justificatifs qui satisfont aux normes requises si l'on veut qu'ils méritent un verdict favorable. Combien de termes juridiques trouvent ici une extension naturelle ! On peut même être tenté de dire que nos affirmations extra-légales doivent être justifiées non pas devant les magistrats de nos cours mais devant le Tribunal de la Raison. »

S. TOULMIN, Les usages de l'argumentation (1958), trad. puf, 1993, Introduction pp.8-11.

 

***

Schéma simplifié du modèle argumentatif de Toulmin (se lit de gauche à droite).

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DATA = DONNÉES, FAITS OU PREUVES SERVANT À PROUVER L'ARGUMENT.

 

CLAIM = THÈSE SOUTENUE, CONCLUSION DE l'ARGUMENT.

 

WARRANT = JUSTIFICATION ou GARANTIE, cad. AFFIRMATION LOGIQUE GÉNÉRALE HYPOTHÉTIQUE (SOUVENT IMPLICITE) SERVANT DE PONT ENTRE LES  DONNÉES ET LA THÈSE.

 

BACKING = FONDEMENT, ARGUMENTS SERVANT À PROUVER LES JUSTIFICATIONS.

 

QUALIFIER = QUALIFICATEUR MODAL, AFFIRMATION QUI LIMITE LA PORTÉE DE L'ARGUMENT OU ÉNONCE LES CONDITIONS SOUS LESQUELLES L'ARGUMENT EST VRAI.

 

REBUTTAL = CONDITION D'EXCEPTION OU DE RÉFUTATION, CONTRE-ARGUMENT OU AFFIRMATION ÉNONÇANT LES CONDITIONS SOUS LESQUELLES L'ARGUMENT N'EST PAS VRAI.

Source : https://web.cn.edu/kwheeler/documents/Toulmin.pdf

 

EXEMPLE (p.129) :

 

 

 

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