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PHILOSOPHIES

PHILOSOPHIES

Aliments pour une réflexion philosophique


LE GUIDE DU BON DÉBAT selon l'American Philosophical Association

Publié par medomai sur 29 Septembre 2017, 07:26am

Catégories : #PHILOSOPHIE, #AMERICAN, #PHILOSOPHICAL, #ASSOCIATION, #DISCUSSION, #DÉBAT, #NORMES, #CHARTE, #RÈGLES, #BONNES, #PRATIQUES, #GUIDE, #GOOD, #PRACTICES

 

American Philosophical Association

 

 

L' American Philosophical Association a proposé récemment un "Guide de Bonne Pratique" (document complet à télécharger ici : ⌂).

 

L'appendice A de la section 7 s'intitule : «Quelques normes générales pour la discussion»

 

Il y a de bonnes idées, des recommandations qui semblent un peu superflues, et d'autres assez drôles... Les normes en question relèvent de 3 rubriques : normes de respect (A), de constructivité (B), et d'inclusivité (C).

Pour la réflexion, cher lecteur, Medomai t'en propose ci-dessous la traduction suivie de quelques remarques.

 

 

 

SECTION 7 APPENDICE A :

QUELQUES NORMES GÉNÉRALES POUR LA DISCUSSION

 

En raison de l'importance particulière du débat [discussion] dans le développement d'idées philosophiques et dans la formation de nos étudiants, il pourrait être utile d'avoir une liste de certaines normes générales susceptibles de faciliter ces objectifs. Une telle liste, ou une forme modifiée de celle-ci, pourrait être partagée avec les étudiants et les facultés et constituer la base des réunions en vue d'examiner le climat propice à la discussion [the climate for discussion] dans le département de philosophie, ses entretiens [talks], ses cours et ses séminaires. Mettre à l'ordre du jour la question de l'adoption d'un tel ensemble de normes pourrait encourager à prendre en compte sérieusement le sujet du débat. Les normes ci-dessous sont extraites d'une liste compilée par David Chalmers.

 

A. Normes de respect

 

Soyez sympathique.

N'interrompez pas.

Ne présentez pas vos objections comme des injonctions d'expulsion locative (laissez ouverte la possibilité d'une réponse).

Ne soyez pas incrédule.

Ne roulez pas les yeux, ne faites pas de grimaces, ne riez pas d'un participant, etc., surtout envers ceux de l'autre côté.

Ne commencez pas de conversations parallèles à la discussion principale.

Reconnaissez les idées perspicaces de votre interlocuteur.

Objectez à des thèses, pas à des gens.

 

B. Normes de constructivité

 

Les objections, c'est bien, mais il est toujours toujours également bon d'être constructif, de bâtir en partant des objectifs d'un orateur ou de renforcer sa position. Les objections elles-mêmes peuvent souvent être formulées de façon constructive.

Même lorsqu'une objection est destructive en rapport à une position théorique, elle aide souvent à trouver une perspective positive suggérée par l'objection.

Si vous vous trouvez en train de penser que le projet est sans valeur et qu'il n'y a rien à en tirer, réfléchissez à deux fois avant de poser votre question.

On a le droit de questionner les présuppositions d'un projet ou d'un domaine [area], mais les discussions dans lesquelles ces questions dominent peuvent être inutiles.

Il n'est pas nécessaire de rabâcher la même objection (individuellement ou collectivement) jusqu'à ce que le haut-parleur «demande grâce».

Rappelez-vous que la philosophie n'est pas un jeu à somme nulle. (Version connexe : la philosophie ce n'est pas Fight Club).

 

C. Normes d'inclusivité

 

N'essayez pas de dominer la discussion (ici exception partielle pour le locuteur!).

Soulevez les questions une par une (les questions supplémentaires font la queue comme tout le monde à l'arrière de la file).

Essayez de ne pas laisser se développer à l'infini votre question (ou votre réponse).

Reconnaissez les bons arguments [points made] par les intervenants précédents.

On a le droit de poser une question que vous estimez obtuse ou mal informée.

N'utilisez pas d'exemples inutilement offensants.

 

(Texte original en anglais)

 

Section 7, Appendix A Some general norms for discussion

Because of the distinctive importance of discussion in the development of philosophical ideas and in the training of our students, it might be helpful to have a list of some general norms that can facilitate these goals. Such a list, or a modified form of it, might be shared with students and faculty and form the basis for meetings to consider the climate for discussion in the department, its talks, and its classes and seminars. Placing the question of adopting such a set of norms on the agenda might encourage taking the question of the climate for discussion seriously. The norms below are excerpted from a list compiled by David Chalmers.

 

Norms of respect

Be nice.

Don’t interrupt.

Don’t present objections as flat dismissals (leave open the possibility that there’s a response).

Don’t be incredulous.

Don’t roll your eyes, make faces, laugh at a participant, etc., especially to others on the side.

Don’t start side conversations parallel to the main discussion.

Acknowledge your interlocutor’s insights.

Object to theses, don’t object to people.

 

Norms of constructiveness

Objections are fine, but it’s also always OK to be constructive, building on a speaker’s project or strengthening their position. Even objections can often be cast in a constructive way.

Even when an objection is destructive with respect to a position, it often helps to find a positive insight suggested by the objection.

If you find yourself thinking that the project is worthless and there is nothing to be learned from it, think twice before asking your question.

It’s OK to question the presuppositions of a project or an area, but discussions in which these questions dominate can be unhelpful.

You don’t need to keep pressing the same objection (individually or collectively) until the speaker “cries uncle.”

Remember that philosophy isn’t a zero-sum game. (Related version: philosophy isn’t Fight Club.)

 

Norms of inclusiveness

Don’t attempt to dominate the discussion (partial exception for the speaker here!).

Raise one question per question (further questions go to the back of the queue).

Try not to let your question (or your answer) run on forever.

Acknowledge points made by previous questioners.

It’s OK to ask a question that you think may be obtuse or uninformed.

Don’t use unnecessarily offensive examples.

 

 

L'idée d'une "charte" des bonnes pratiques me paraît intéressante.

 

On pourrait y adjoindre une analyse des procédures susceptibles de former pédagogiquement les participants au "bon débat" tout en diminuant les causes susceptibles de l'empêcher d'être fructueux. Car débattre, discuter de manière fructueuse, n'est pas une aptitude innée chez les mammifères. 

 

En d'autres termes, il faudrait inventer divers EXERCICES pour l'apprentissage de la pensée dialogique. Cela peut passer par des DÉBATS CONTRADICTOIRES PRÉPARÉS (inspirés par la méthode du débat judiciaire), qui permettraient de surmonter les difficultés évoquées par l'APA.

 

Par exemple :

point A.1, A.3, A.4, A.5, A.8 : pour que la discussion porte bien sur les arguments, non les personnes, l'alternative est de tirer au sort la thèse que défendra chaque groupe.

Dans ces conditions, les débatteurs ne sont plus "confondus" avec la thèse qu'ils n'ont pas librement choisie, et le débat se concentre sur l'argument, non la personne. Cela suppose, à titre d'exercice, de se concentrer sur des questions-dilemmes calibrées pour permettre à chaque groupe de développer une argumentation crédible (ne pas choisir pour l'exercice une question où la réponse à première vue la plus raisonnable est trop évidemment d'un côté ou de l'autre).

Il faut également "préparer" la discussion. Chaque groupe doit en amont chercher non seulement les arguments justifiant sa thèse, mais aussi préparer les réponses aux arguments et anticiper les objections adverses : l'attention se porte sur l'argumentation, non sur l'individu qui la soutiendra publiquement. On pourra soutenir cet effort en préparant la recherche d'arguments par la lecture d'extraits choisis d'argumentations philosophiques destinés à donner des idées aussi bien pour défendre la thèse que l'antithèse.

 

points A.2, A.3, A.6, B.1, B.3, B.4, B.5, C.1, C.5, C.6 : pour éviter les interruptions, la remise en question stérile du débat lui-même, la répétition des mêmes objections, ou la domination de la parole par certains, il faut instituer un "meneur de débat neutre" (par exemple le professeur ?).

Chargé de donner alternativement la parole à tous les membres des deux groupes sans exception, et s'interdisant toute attitude partisane pendant l'organisation du débat, ce "meneur" pointe les redites ou interrompt les paroles inutilement offensantes, et fixe le tour de parole en désignant l'interlocuteur volontaire suivant, alternativement dans chaque groupe. Il faut également équilibrer les temps de parole et veiller à ce que les timides argumentent aussi.

 

○ points C.2 et C.3 : pour éviter de s'égarer dans de nouvelles questions ou des développements interminables, mieux vaut fixer une seule question à traiter au départ.

Organiser en deux groupes la recherche d'arguments en amont (thèse versus antithèse) permet aussi d'organiser l'effort argumentatif de façon méthodique, autour de la défense d'une thèse générale unique, sans s'égarer dans de multiples problèmes. Cela suppose une question à traiter correctement choisie par le "meneur", à titre d'exercice.

On peut aussi, si le groupe en a les capacités, effectuer le débat dans une langue étrangère : on évitera les discours fleuves (car même les plus bavards ont leurs limites en langue étrangère) et d'autre part, aucun exercice n'est plus formateur pour l'élaboration d'une pensée claire que d'avoir à la formuler dans une autre langue. Car ici, de façon manifeste, pour bien dire il faut d'abord savoir ce que l'on veut dire.

 

points A.7, B.2, B.6 et C.4 : si l'on veut on peut, à la fin de la discussion, demander à un volontaire de chaque partie de faire une synthèse du résultat du débat, chacun s'efforçant alors de mettre en évidence de manière équilibrée la réponse la plus convaincante, en tenant compte des objections adverses auxquelles il a fallu répondre (et qui ont provoqué des réaménagements ou des révisions argumentatives). On peut aussi, pour rendre plus prononcée encore la distinction entre l'argument et celui qui le défend, nommer dès le début un jury neutre d'un nombre impair de personnes, silencieuses pendant les échanges et indépendantes à l'égard de chaque camp, mais chargées à la fois de prononcer leur propre jugement informé - en expliquant ce qui dans la discussion leur a permis de se former une conviction bien pesée -, et de veiller sur la qualité du débat (équilibre des tour de parole, respect et courtoisie des échanges, neutralité du meneur de débat, etc).

 

 

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